SUR LA MORT DE LA ROYNE MERE DU FEU ROY
Henry III.
ue n'est ma voix semblable à celle d'vn tonnerre |ui parlant fait trembler tout le rond de la terre, ^>u bien à ceste trompe effroyable aux mortels Dont le son pénétrant es funèbres hostels De ceux que le trespas logera dans la cendre, Se doit faire en sursaut aux morts mesmes entendre, Quand nostre Dieu séant pour iuger l'vniuers Ranimera la pouldre et les restes des vers ! le courrois maintenant dessus quelque montagne Qui verroit d'vn costé l'Italie et l'Espagne, Et de l'autre les champs Allemans et François, Et plus loin l'Angleterre et le sceptre Escoçois : Puis d'vne voix d'airain qui frapperoit les Pôles, Aux peuples estonnez ie crierois ces paroles.
Peuples, ceste Princesse à qui depuis trente ans Mille flots de malheur la France tourmentans Ont seruy de tesmoins en l'honneur qu'on luy donne D'auoir forcé l'orage et sauué la couronne : Cet astre Florentin par tout resplendissant, Qu'vn grand astre Royal vnit à son croissant. Et dont les feux conjomts par les feux d'Hymenee, A trois de nos soleils la naissance ont donnée : Cet illustre ornement du sano^ de Medicis, Qui rendoit de son los les plus clairs obscurcis : Cette Rovne immortelle, autant que la mémoire Peut rendre vn nom viuant par l'ame de la gloire, Femme du plus grand Roy, mère des plus grands Rois, Dont le genoùil fléchisse à l'honneur de la Croix, 0 peuples, elle est morte, et semble qu'auec elle Soit morte en mesme lict la paix vniuerselle,
1^0 ŒVVRES POKTIQ^VES
Qui calmant ceste Europe enchainoit de ses fers La rage de la guerre au profond des enfers.
Maintenant ce grand monstre, effroyable aux Cieux niesm Suiuy de cent fureurs, des meurtres, des blasphèmes, Du sac, et du pillage à ses ailes marchans, Commence à cneminer parmy nos tristes champs. Cent bouches de canon vomissans vne foudre. Qui réduit les chasteaux et les villes en poudfe, Rendent sa teste horrible, et font de toutes parts Tresbuscher deuant luy les plus fermes remparts.
Il porte fièrement ses ailes hérissées De picques au long-bois et de lances dressées : Et traînant son grand corps rudement escaillé De fer qu'en mille endroits le sang a tout souillé. Cache dessous ses flancs les proumces entières : Démembre les humains de ses griffes meurtrières : Perd tout, saccage tout, despeuple les citez. Et transforme en déserts les champs plus habitez.
Desja par tous les lieux oii l'emporte sa rage. Le Ciel ne voit plus rien que meurtre, que rauage, Que laboureurs destruits gemissans et pleurans Par horreur de leurs maux à la mort recourans, Que maisons et chasteaux saccagez par les fiâmes. Qu'horribles forcemens de filles et de famés, Et bien tost le suiuront (si la sage valeur Et l'heur de nostre Roy ne vainc nostre malheur) Les grands torrens de sang ondoyans par les plaines, La famine et la peste aux verges mhumaines. Dont la fureur des Cieux iustement courroucez, Chastiera les fureurs des François insensez.
Vous donc qui receuez du profit de nos pertes. Vous qui voudriez ^ bien voir nos prouinces désertes. Vous qui depuis le cours de vingt ou de trente ans Auec nos propres mains nostre gloire abattans,
I Voudriez compte pour deux syllables, comme bouclier, sanglier, etc.
DE M. BERTAVT. I^I
Fournissez d'aliment aux flammes de la guerre,
Par qui tout est destruit en cette pauure terre,
Si de vos fiers esprits soulans l'inimitié
Nos maux n'ont point changé vostre enuie en pitié,
Faites des feux de joye, et rendez tesmoignage
Par vos chants redoublez du dueil qui nous outrage,
Car si iamais la France esprise des fureurs
Qui rauissent le sceptre aux plus grands Empereurs,
Baignant dedans son sang sa dextre impitoyable
A vos yeux a fourny de spectacle agréable,
Ce sera désormais que vos cruels désirs
Auront pour passetemps ces tragiques plaisirs.
Désormais vous verrez cent nouueaux petits Princes Démembrer en cantons nos rebelles prouinces : Le peuple violant son deuoir et sa foy, Armer ses bras mutins contre son propre Roy, Voire en oser aux pieds fouler le diadème, Et luy, l'en chastiant, se destruire soy-mesme : Nos plus riches citez rester sans habitans : Nos champs réduits en frjche, et comme lamentans En vestemens de dueil ces terres saccagées, Maudire incessamment nos fureurs enragées : Bref (si contre ces maux Dieu n'auance sa main) La cauerne d'Enfer ne couuer en son sein Espèce de malheur dont elle arme son ire, Pour renuerser l'orgueil d'vn grand et riche Empire, Que le fatal arrest du céleste courroux Ne luy face respandre et vomir entre nous.
Et quel homme icy bas est si veuf de prudence. Qu'il n'aperçoiue point la maudite semence Dont tant d'horribles maux doiuent estre produits. En auancer par tout les misérables fruits? Desja depuis long temps l'audace mercenaire Des clairons de la guerre embouchez de Megere, Rappellant des enfers l'ire de nos destins. Aux armes a semond la fureur des mutins. Et voila de nouueau, les plus sanglans outrages Qui puissent des mortels vlcerer les courages,
1^2 ŒVVRES POÉTIQ^VES
Rcccus de part et d'autre en des coups mutuels, Viennent de ranimer aux meurtres plus cruels Que la haine conseille à l'esprit qu'elle attise, L^vn et l'autre party qui la France diuise. Rompant tous les liens dont le saint souuenir Les eust peu quelque iour en vn corps reiinir.
Ce fameux Duc de Guise à qui toute la France Sembloit deuoir prester la mesme obeïssance. Qu'elle rendoit jadis sous l'empire des loix Aux Maires plus vantez du Palais de nos Rois, Il n'est plus, c'en est fait : six mortelles attaintes Le despoùillant de vie, et son Prince de craintes, L'ont fait choir sur la pouldre où son corps detranché De la chambre Royale a rougy le planché. Son frère à qui le pourpre enuironnoit la teste, Foudroyé des esclats de la mesme tempeste En a suiuy la trace, et tallonné ses pas Dans le sanglant chemin qui conduit au trespas.
Le peuple forcenant de douleur et de rage. Pour ces Princes esteins, poursuit, voile, saccage Tous ceux qui pour seruir de vengeance à leur mort Ne veulent point prester la main à son effort, Ny fausser pour cela le vœu d'obeïssance. Qui nous lie à nos Rois presque dés la naissance.
Paris ^ en ces fureurs rallumant le flambeau Qui des grandes citez met la gloire au tombeau. Voire en fin les réduit en campagnes de cendre, S'est tellement laissée à ses flammes esprendre, Que sans aucun respect de la grandeur des Rois, Vénérable et sacrée es plus barbares loix. Elle a trainé par terre au plus vil de la fange Les images du sien, et d'vne rage estrange Déchiré, poignardé, par le feu consumé Tout ce qu'elle a peu voir de ses traits animé.
Le frère des deux morts, à qui parmy les larmes La crainte et la douleur ont fait prendre les armes,