‹ Œuvres poétiquesChapitre 139 sur 168 · ACTE II. 24i · texte numérisé non relu

ACTE II. 24i

TouJQivs de son amonr votre ame est embrasée.

PHEDRE

Oui , prince , je languis , je brûle pour Thésée : Je l'aime , non point tel que l'ont vu les enfers , Volage adorateur de mille objets divers , Qui va du dieu des morts déshonorer la couche; Mais fidèle, nwiis fier, et même un peu farouche , Charmant, jeune, trflinant tons les cœurs après soi, Tel qu'op dépeint nos dieux , ou tel que je vous voi. Il avoit votre port , vos yeux , votre langage ; Cette noble pudeur coloroit son visage Lorsque de notre Crête il traversa les flots, Digne sujet des vœux des filles de Minos.

Que faisiez-vous alors? Pourquoi, sans Hippolyte , De» héros de la Grèce assembla-t-il l'élite?

Pourquoi , trop jeune encor, ne pûtes-vous alors Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos^ords? Par vous auroit péri le monstre de la Crète , Malgré tous les détours de sa vaste retraite : Pour en développer l'embarras incertain , Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.

Mais non : dans ce dessein je l'aurois devancée ; L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée :

C'est moi, prince, c'est moi, dont l'utile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours. Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante ! Un fil n'eût point assez rassuré votre amante : 3. 16

242 PHÈDRE. . I

Compagne du pérH qu'il vous falloit chercher. Moi-même devant vous j'aurois voulu marcher; Et Phèdre au labyrinthe avec vous desceDdoe Se seroit avec vous retrouvée ou perdue.

HIPPOK.TTE.

Dieux! qu'est-ce que j'entends? Madame, oubltes-vous Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux?

PHBDRE.

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire, Prince? Âurois-je perdu tout le soin de ma gloire?

HIPPOLYTE

Madame , pardonnez : j'avoue, en rougissant.

Que j'accusois à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue; Et je vais...

PHÈDRE

Ah , cmel ! tu m'as trop entendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.

Hé bien ! connois donc Phèdre et toute sa fnreor : J'aime. Ne pense pas qu'an moment que je t'aime. Innocente à mes yeux , je m'approuve moi-même ; Ni que du fol araonr qui tronble ma rais<Hi Ma lâche complaisance ait nourri le pcMson ; Objet infortuné des vengeances célestes , Je m'abhorre encor pins que tu ne me détestes. Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc Ont allumé le feu fetal à tout mon sang ;

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