‹ Œuvres poétiquesChapitre 17 sur 168 · MITHRIDATE, MONIME · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, MONIME

MITHRIDATE

Madame , enfin le ciel près de vous me rappelle ,

Et, secondant du moins mes plus tendres souhaits ,

Vous rend à mon amour plus belle que jamais.

Je ne m'attendois pas que de notre hyménée

Je dusse voir si tard arriver la journée ;

Ni qu'en vous retrouvant , mon funeste retour

Fît voir mon infortune , et non pas mon amour.

C'est pourtant cet amour, qui , de tant de retraites ,

Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes;

Et les pi us grands malheurs pourront me sembler doux.

Si ma présence ici n'en est point un pour vous.

C'est vous en dire assez , si vous voulez m'entendre.

Vous devez à ce jour dès long-temps vous attendre ;

Et vous portez , madame , uo gage de ma foi

Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.

Allons donc assurer cette foi mutuelle.

Ma gloire loin d'ici vous et moi nous appelle ;

Et , sans perdre un moment pour ce noble dessein ,

Aujourd'hui votre époux , il faut partir demain.

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MONIME

Seigneur, vous pouvez tout : ceux par qui je respire Vous ont cédé sur moi leur souverain empire ; Et , quand vous userez de ce droit tout puissant , Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant.

Ainsi , prête à subir un joug qui vous opprime , Vous n'allez à l'autel que comme une victime ; Et moi , tyran d'un cœur qui se refuse au mien, Même en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah, madame ! est-ce là de quoi me satisfaire? Faut-il que désormais , renonçant à vous plaire , Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser?

Mes malheurs, en un mot, me font-ils mépriser? Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes , Quand je ne verrois pas des routes toutes prêtes , Quand le sort ennemi m'auroit jeté plus bas.

Vaincu , persécuté , sans secours , sans états , Errant de mers en mers , et moins roi que pirate , Conservant pour tous biens le nom de Mithridate , Apprenez que , suivi d'un nom si glorieux , Par-tout de l'univers j'attacherois les yeux; Et qu'il n'est point de rois , s'ils sont dignes de l'être , Qui , sur le trône assis , n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé , Que Rome et quarante ans ont à peine achevé.

Vous-même , d'un autre œil me verriez-vous, madame.

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