ACTE IV
Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée. Allez ; et que Les Grecs , qui vont tous immoler, Reconnoisseot mon sang en le voyant couler.
GLTTEMNESTRE.
Vous ne démentez point une race funeste ; Oui, TOUS êtes le sang d'Âtrée et de Thyeste : Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin Que d'en faire à sa mère un horrible festin.
Barbare ! c'est donc là cet heureux sacrifice Que vos soins préparoient avec tant d'artifice ! Quoi ! l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas , en le traçant, arrêté votre main !
Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse? Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse? Où sont-ils, ces combats que vous avez rendus? Quels flots de sang pour elle avez- vous répandus? Quel débris parle ici de votre résistance?
Quel champ couvert de morts me condamne an silence? Voilà par quels témoins il falloit me prouver, Cruel ! que votre amour a voulu la sauver.
Un oracle fatal ordonne qu'elle expire !
Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire?
Le ciel, Je juste ciel , par le meurtre honoré. Du sang de l'innocence est-U donc altéré?
Si du crime d'Hélène on punit sa famille, Faites chercher à Sparte Hermione sa fille :
Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix
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Sa coupable moitié , dont il est trop épris.
Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime?
Pourq[uoi vous imposer la peine de son crime?
Pourquoi , moi-même enfiu me déchirant le flanc ,
Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?
Que dis-je? Cet objet de tant de jalousie ,
Cette Hélène , qui trouble et l'Europe et l'Asie ,
Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits?
Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois !
Avant qu'un nœud fatal l'unît à votre frère ,
Thésée avoit osé l'enlever à son père :
Vous savez , et Calchas mille fois vous l'a dit ,
Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit ;
Et qu'il en eut pour gage une jeune princesse
Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.
Mais non ; l'amour d'un frère et son honneur blessé
Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé :
Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre ,
L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre.
Tous les droits de l'empire en vos mains confiés ,
Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez ;
Et , loin de repousser le coup qu'on vous prépare ,
Vous voulez vous en faire un mérite barbare :
Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,
De votre propre sang vous courez le payer;
Et voulez , par ce prix , épouvanter l'audace
De quiconque vous peut disputer votre place.