‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 15 sur 173 · Ce titre n'est pas de la main Je l'auteur · texte numérisé non relu

Ce titre n'est pas de la main Je l'auteur

Qui diable irait si loin les déceler ?

Pour les connaître il faut leur ressembler.

Si vers ceux-là nous dirigions nos armes,

Je trouverais fort justes vos alarmes.

Interrogés par eux, nous serions pris.

Et nous n'aurions que honte et que mépris.

Mais songez-vous que tout Paris abonde

D'autres savants connus de tout le monde?

Gens qui sans choix, sans but, aveuglément,

Par ton, par air, et par désœuvrement.

Font à grands frais essais, expériences,

Savent le nom de toutes les sciences;

Sur tous sujets toujours parlant, citant,

Jugeant, tranchant, arguant, régentant.

Et savourant la douce conscience

De leur mérite et de leur importance.

Par vanité, chacun fait le semblant

D'apprécier leur prétendu talent,

Et les exalte, et veut avoir la gloire

D'être cité parmi leur auditoire.

De tout savoir ministres déclarés.

Penseurs en titre, ennuyeux révérés.

Comme l'oracle on les écoute dire.

On vient en foule, on bâille et Ton admire.

Or, ces savants qui, tous, en bonne foi,

Sont ignorants autant que vous et moi.

Nous les aurons pour nous fort à notre aise :

Nous bercerons leur vanité niaise;

Nous leur dirons qu'ils sont de grands esprits;

Qu'on ne pourrait sans eux vivre à Paris;

Que c'est sur eux que la sagesse, en France,

La vérité, fondent leur espérance.

Ils le croiront. De nous ils parlerom.

Bien admirés, ils nous admireront;

Ils écriront. Car ils lassent la poste

A voiturer et missive et riposte,

Proposant plans, problèmes, questions,

A tous docteurs, à toutes nations.

De là, de là, nos hérauts, nos apôtres;

Ils prêcheront pour nous en gagner d'autres,

Et nous aurons, par leur soin diligent,

Beaucoup d'honneur et beaucoup plus d'argent.

Entendez-vous, ou quelque peur nouvelle

Obscurcit-elle encor votre cervelle ?

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