‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 43 sur 173 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

Les écrits des sages, des législateurs, guident leurs descendants dans l'étude du cœur humain. Comme un jour les pilotes auront la carte marine de leurs prédécesseurs qui leur indiqueront la route. Là est un courant dangereux, là un banc de sable, et là un écueil... C'est cette l'orme qu'il faut suivre.

Quand les mœurs ont pris un mauvais cours, moyen de les changer imperceptiblement... Cela demande des efforts, mais ensuite cela va tout seul comme un fleuve que l'on l'ait changer de lit.

Il faudrait, quand les temps et les circonstances ont changé, changer quelque chose de la loi. C'est en suivre l'esprit. Comme les fleuves font des circuits quand ils rencontrent des angles.

Gardez que dans votre république il ne puisse s'élever

des citoyens plus grands que les autres Gouffres usurpateurs qui dépeuplent, affament, engloutissent un Etat... Comme dans des forêts plantées de diverses sortes d'arbres, les chênes sucent la substance des arbrisseaux, les affament, les engloutissent, et sur leur ruine élèvent jusqu'au ciel d'ambitieux rameaux usurpateurs.

Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,

Ces héros conquérants, meurtrières idoles ;

Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs,

De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.

Venez tomber aux pieds de plus nobles images :

Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,

Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants.

Ont éclairé la terre et mérité l'encens ;

Qui, dépouillés d'eux-même et vivant pour leurs frères.

Les ont soumis au frein des règles salutaires.

Au joug de leur bonheur ; les ont faits citoyens ;

En leur donnant des lois leur ont donné des biens.

Des forces, des parents, la liberté, la vie ;

Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.

Et que de fois pourtant leurs frères envieux

Ont d'affronts insensés, de mépris odieux.

Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,

Comme dans leurs maisons ces animaux stupides

Dont la dent méfiante ose outrager la main

Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim !

Mais n'importe ; un grand homme au milieu des supplices

Goûte de la vertu les augustes délices.

Il le sait : les humains sont injustes, ingrats.

ÔO POÈMES

Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas ;

Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure

D'insectes ennemis une nuée obscure ;

N'injporte, il les instruit, il les aime pour eux.

Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.

Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence.

Doit être son ouvrage et non sa récompense.

Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,

De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau.

Au loin dans l'avenir sa grande âme contemple

Les sages opprimés que soutient son exemple;

Des méchants dans soi-même il brave la noirceur :

C'est là qu'il sait les fuir ; son asile est son cœur.

De ce faite serein, son Olympe sublime,

Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime

Agite ses pensers, vit dans son cœur brûlant,

Travaille son sommeil actif et vigilant.

Arrache au long repos sa nuit laborieuse.

Allume avant le jour sa lampe studieuse.

Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits,

Indompté dans la guerre, opulent dans la paix.

Son beau nom remplissant leur cœur et leur histoire.

Les siècles prosternés au pied de sa mémoire.

Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît. En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit, En vain le seul présent les frappe et les entraîne, En vain leur raison faible et leur vue incertaine Ne peut de ses regards suivre les profondeurs, De sa raison céleste atteindre les hauteurs ; U appelle les dieux à son conseil suprême.

Ses décrets, confiés à la voix des dieux même, Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui Pense adorer les dieux en n'adorant que ' 'i. Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage. C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage Un buisson enflammé receler l'Éternel ; C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel, De la montagne ardente et du sein du tonnerre, La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre ; Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois Une nymphe l'appelle et lui trace des lois, El qu'un oiseau divin, messager de miracles:, A son oreille vient lui dicter des oracles. Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air, Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair; Tout. Il prend à témoin le monde et la nature; Mensonge grand et saint! glorieuse imposture, Quand au peuple trompé ce piège généreux Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux!

11 n'y a qu'un peuple vertueux qui puisse être et rester libre. Pour goûter la liberté, il ne faut pas aimer le repos et la mollesse. L'esclavage est plus paisible que la liberté.

11 serait même dangereux de donner des lois à un peuple qui ne serait pas mûr. On nourrit Tenfant avec du lait d'abord, et le lourd boucher ne charge point son bras. Après le morceau sur les législateurs, il faut observer qu'il est impossible d'avoir une bonne constitution sitôt qu'on est réuni en société ; qu'il serait nuisible qu'un grand législalateur naquit alors ; que cela est même impossible, attendu qu'il ne naît point d'hommes d'un génie sublime et éclairé parmi des hommes absolument aveugles. Il y a un rapport...

11 faut que tout un peuple se perfectionne et s'éclaire pour produire un individu plus parfait et plus éclairé.

Le fisc insatiable engloutit les fortunes ;

Les lois

Leurs décrets sont la toile où l'avide Arachné Arrête un faible insecte au passage enchaîné. Un insecte plus fort, bravant son stratagème, Vole, brise sa trame, et l'emporte elle-même.

Tels des insectes vils, la nuit, sortent sans nombre Des retraites du bois d'un lit muet et sombre. Et sur l'homme endormi, sur ses bras, sur son flanc. Rampent, courent en foule, et lui sucent le sang.

Imprudent et malheureux l'État où il se fait différentes associations, différents corps dont les membres, en y entrant, prennent un esprit et des intérêts différents de l'esprit et de l'intérêt général. Heureux le pays où il n'y a d'autre association que l'Etat, d'autre corps que la patrie, d'autre intérêt que le bien commun ; où toutes les institutions rapprochent les hommes, sans qu'aucune les divise ; où chaque citoyen, à la fois sujet et souverain, portant tour à tour la balance des lois, l'sncensoir et l'épée, ne transmet à ses enfants que l'exemple d'être citoyen'.

. . . Comme celui qui va s'endormir, . . il a déjà la tête sur son oreiller, il va s'endormir ; une foule de pensers

i. Vient ensuite la comparaison suivante, qui se rattache K un morceau que l'auteur aymt alors dans l'esprit et qu'il n'a point écrit.

(G. de Chénier.j

voltigent dans son cerveau. Tout à coup il se réveille, il veut les rattraper ; mais ils ont disparu sans laisser aucune trace. Il les cherche, les cherche, les poursuit; mais il ne peut les atteindre ; et il s'endort, et elles sont perdues pour jamais *.

Soyons lents à décider qu'une chose est impossible. Je me suis souvent occupé d'une rêverie... Si, lorsque les humains, mêlés avec les animaux et entièrement leurs égaux, rampaient et ne s'élevaient pas au-dessus de l'instinct le plus brute, si, dis-je, alors un ange, un esprit immortel était venu faire connaître à l'un d'eux que la terre où il était n'était pas une table, mais un globe qui faisait telle ou telle révolution, et, enfin, lui apprendre toutes les vérités phj-siques dont la nature a depuis accordé la découverte aux Ifravaux des plus beaux génies...

Puis, s'il eût ajouté : ce Tu vois tous ces secrets

Que toi-même étais né pour ne savoir jamais;

Uu jour tout ce qu'ici ma voix vient de te dire,

D'eux-mêmes, sans qu'un dieu soit venu les instruire.

Tes pareils le sauront. Tes pareils les humains

Trouveront jusque-là d'infaillibles chemins.

Ces astres que tu vois épars dans l'étendue,

Ces immenses soleils si petits à ta vue,

Ils sauront leur grandeur, leurs immuables lois.

Mesurer leur distance, et leur cours, et leur poids;

1 . Tout ce qui concerne la politique devait être terminé par un morceau sur la paix générale ; mais avant, l'auteur devait employer le fragment qui suit, en tête duquel il a écrit entre parenthèses : Ce morceau doit être placé immédiatement avant le dernier sur la paix générale,

(G. de Chénier.)

Ils traceront leur forme, ils eu feront l'histoire ; » Jamais, je vous le jure, il ne l'eût voulu croire.

Oh! puisse-t-elle donc venir cette paix, etc....

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