‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 45 sur 173 · SYSTEME DU MONDE · texte numérisé non relu

SYSTEME DU MONDE

Quand plusieurs observations astronomiques eurent été faites et confirmées par les sages qui étaient toujours les prêtres des dieux, dans l'Orient, on en fit des représentations dans les temples. C'est-à-dire que dans des danses sacrées on imita la direction, la figure et les diverses évolutions de cette danse céleste... Depuis il y a eu de même les chœurs des tragédies grecques et la danse des derviches.

Mais ces soleils assis dans leur centre brûlant, Et chacun roi d'un monde autour de lui roulant, Ne gardent point eux-même une immobile place. Chacun avec son monde emporté dans l'espace, Ils cheminent eux-même : un invincible poids Les courbe sous le joug d'irrésistibles lois, Dont le pouvoir sacré, nécessaire, inflexible. Leur fait poursuivre à tous un centre irrésistible.

L'océan éternel où bouillonne la vie.

Ainsi, quand de l'Euxin la déesse étonnée Vit du premier vaisseau son onde sillonnée. Aux héros de la Grèce, à Colchos appelés, Orphée expédiait < les mystères sacrés

1. Le poète a cassé un trait sur ce mot. mais sans le remplacer.

(G. de Chénicr )

Dont sa mère immortelle avait daigné l'instruire. Près de la poupe assis, appuyé sur sa lyre, Il chantait quelles lois à ce vaste univers Impriment à la fois des mouvements divers ; Quelle puissance entraîne ou fixe les étoiles; D'où le souffle des vents vient animer les voiles; Dans l'ombre de la nuit quels célestes flambeaux Sur l'aveugle Araphitrite éclairent les vaisseaux. Ardents à recueillir ces merveilles utiles, Autour du demi-dieu les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient suspendus. Et l'écoutaieiit encor quand il ne chantait plus.

Dans nos vastes cités, par le sort partagés,

Sous deux injustes lois les hommes sont rangés :

Les uns, princes et grands, d'une avide opulence

Étalent sans pudeur la barbare insolence ;

Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands.

Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans,

Admirer ces palais aux colonnes hautaines

Dont eux-mème ont payé les splendeurs inhumaines,

Qu'eux-mème ont arrachés aux entrailles des monts.

Et tout trempés encor des sueurs de leurs fronts.

Moi, je me plus toujours, client de la nature,

A voir son opulence et bienfaisante et pure.

Cherchant loin de nos murs les temples, les palais

Où la Divinité me révèle ses traits,

Ces monts, vainqueurs sacrés des fureurs du tonnerre.

Ces chênes, ces sapins, premiers-nés de la terre ;

Les pleurs des malheureux n'ont point teiut ces lambris.

D'un feu religieux le saint poète épris

Cherche leur pur éther et plane sur leur cime.

Mer bruyante, la voix du poète sublime

Lutte contre les vents, et tes flots agités

Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.

A l'aspect du volcan, aux astres élancée.

Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée.

Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand : Seul, il rêve en silence à la voix du torrent Qui le long des rochers se précipite et tonne ; Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne. Là, je vais dans mon sein méditant à loisir Des chants à faire entendre aux siècles à venir; Là, dans la nuit des cœurs qu'osa sonder Homère, Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire. Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon, Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton, La ceinture d'azur sur le globe étendue. Je vois l'être et la vie et leur source inconnue, Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants, Je poursuis la comète aux crins étincelants, Les astres etleurs poids, leurs formes, leurs distances ; Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses. Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux; Dans l'éternel concert je me place avec eux : En moi leurs doubles lois agissent et respirent ; Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent. Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour. Les éléments divers, leur haine, leur amour,

POEMES iti

Les causes, l'infini s'ouvre à mon œil avide. Bientôt redescendu sur notre fange humide, J'y rapporte des vers de nature enflammés, Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés. Écoutez donc ces chants d"Hermès dépositaires. Où l'homme antique, errant dans ses roules premières. Fait revivre à vos yeu,\ l'empreinte de ses i)as. Mais dans peu, m'élançant aux armes, aux combats. Je dirai l'Amérique à l'Europe montrée; J'irai dans cette riche et sauvage contrée Soumettre au Mançanar le vaste Maranon ^. Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom. Celui de cette Europe en grands exploits féconde, Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde- Emblèmes antiques, dont on peut choisir quelques-uae pour les employer in A. (dans ^e»"??'! es.)

Apollo pacifer in inscript, antiq. (V. Broukus. in Tib.. p. 269-2.)

Apollon bâtisseur de villes. (Spanhehn dans ses Commentaires sur Callimaque, p. 8 3.

Bacchus, fils de Cérès, dans les vers orphiques. Id , p. 705 i.

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