‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 91 sur 173 · Édition G de Chénier · texte numérisé non relu

Édition G de Chénier

Français, notre salut n'a point d'autre espérance; Français, nous périssons si vous n'aimez la France J

Si vous ne l'aimez plus que

Si le bonheur commun n'est pas votre bonheur. Rien, rien que cet amour fraternel et sublime Sous nos pas raffermis pourra combler l'abîme. Que la France, partout, du jeune homme pieux Occupe à tout moment et le cœur et les yeux; Qu'il la voie et lui parle et l'écoute sans cesse ; Qu'elle soit son trésor, son ami, sa maîtresse; Que même au sein des nuits, d'un beau songe charmé. Il serre dans ses bras ce simulacre aimé.

0 chose sinistre! quand un peuple s'abandonne et est indifférent à la chose publique!... 0 honte! ô douleur! quand il admii'e follement ses ennemis et se méprise luimême.

Français, rougirez-vous de cette humble infamie? Faudra-t-il voir toujours une race ennemie

Qui vous a fait tout le mal possible, etc.. faudra-t-il voir toujours vos théâtres stupides retentir d'inepties aussi indignes du goût que da bon citoyen?...

Il faut être juste, il est beau d'admirer les vertus même d'un ennemi; mais il faut qu'il les ait, ces vertus; et il est honteux d'inventer à sa gloire des mensonges pompeux... J'ai habité parmi ces Anglais... Français, votre jeunesse n'apprend rien de bon chez eux... qu'à faire courir des chevaux, des paris ruineux... un jeu!... Laissons là les Anglais.

Laissons leur jeunesse. . . mélancolique Au sortir du gymnase, ignorante et rustique,

De contrée eu contrée aller au monde entier Offrir sa joie ignoble et son faste grossier; Promener son ennui, ses travers, ses caprices; A ses vices, partout, ajouter d'autres vices; Et présenter aux ris du public indulgent Son insoient orgueil fondé sur son argent^.

Ils ont une bonne constitution, il faut riraiter... pourvu que nous n'imitions pas son indifférence à la chose publi. que... Quand tous les membres sont vendus, les citoj'ens se partagent en factions; l'un est pour celui-ci, pour celuilà, nul n'est pour la patrie... l'argent effronté, la corruption ouverte et avouée...

Nation toute à vendre à qui peut la payer.

... 0 puissions-nous... 6 puissé-je \'ivre assez pour voir la France... les provinces les plus éloignées se tenir par la main, par une douce opulence et un commerce de frères! Mais si cela ne doit pas arriver, ô que ce moment m'ouvre le tombeau!

Voyez rajeunir d'âge en âge L'antique et naïve beuuie De ces muses dont le langage Est brillant, comme leur visage, De force, de douceur, de grâce et de fierté.

l. Ce morceau, depuis ces raols : J'ai habité parmi ces Anglais, a paru dans la licvue de Paris, 1830.

1 Revue de Paris, 1S30.

De ce cortège de la Grèce Suivez les banquets séducteurs ; Mais fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyant Permesse Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs.

Belles, le ciel a fait pour les mâles cerveaux

L'infatigable étude et les doctes travaux.

Pour vous sont les talents aimables et faciles.

0 le sinistre emploi pour les grâces badines -

De poursuivre une sphère en ses cercles nombreux,

Ou du sec A plus B les sentiers ténébreux !

Quelle bouche immolée à leurs phrases si dures

Aura jamais la nuit les suaves murmures,

Et pourra s'amollir à soupirer : mon cœur,

Mon âme, et tous ces noms d'amoureuse langueur?

Page 1