Le poète a mis badin»», qni ne rime pas, en attendant
3. Édition de G. de Chémer. Ces fragments pourraient bien se ratta cher au poème d'Hermès.
Vomit du haut des cieux ses brûlantes haleines, Sent Tamour eu fureur, dans ses flancs consumés, Verser au lieu de sang des poisons allumés; Jamais de plus de morts, de meurtres, de carnages L'Afrique n'abreuva ses infâmes rivages.
Dieux ! que je plains alors l'étranger oublié Qu'à ces bords ... la mer retient lié ! Chaque jour, d'un sommet élancé dans la nue, Sur la vaste Amphitrite il promène sa vue. A ses vœux enflammés prompt à se décevoir, Son œil avide vole au-devant de l'espoir. Un nuage lointain qui se penche sur l'onde, Un roc où, se brisant, Téthys écume et gronde, Un monstre qui surnage et des flots fend le cours, Tout lui semble un vaisseau qui vole à son secours. Mais quand du haut Atlas la cime dévorée De rayons presque éteints est à peine éclairée, Vers l'astre fugitif, sur son sommet assis. Il tourne ses regards de larmes obscurcis. Bientôt de mille cris l'air ébranlant les nues, De rugissements sourds les cavernes émues. Des tigres, des lions, les fureurs, les combats. Dans le creux des rochers précipitent ses pas. Là, pâle, anéanti, palpitant, hors d'haleine, N'osant ni se mouvoir, ni respirer qu'à peine,
Verse une sueur froide et dresse ses cheveux. Dans les convulsions d'une angoisse éternelle. Il ne voit que la mort, et que la mort cruelle; Et quand le jour renaît dans les champs azurés, Ses yeux, de pleurs amers sans cesse dévorés.
POESIES DIVERSES 2l'J
N'ont point connu ce baume ami de la nature, Qui des cœurs ulcérés assoupit la blessure.
Et du pôle endurci les immenses glaçons. Cybèle s'épouvante, et sur ces noirs rivages. Tremble aux vastes clameurs des baleines sauvages.
Vois dans les champs de Thrace un coursier échappé; De quel frémissement tout son corps est frappé, Sitôt que dans les airs une trace semée A porté jusqu'à lui l'odeur accoutumée.
Le fouet vengeur alors et la voix et le frein veulent s'armer en vain.
Au travers des écueils, des rocs, des précipices, Rien ne l'arrête, il vole; au delà des vallons. Et des vastes forêts, et des fleuves profonds, Et des lacs tortueux qui pressent les montagnes. Son cri fait tressaillir ses superbes compagnes. U arrive; il les voit; avec grâce à leurs yeux Il déploie, en courant, ses pas harmonieux.
L'éclair part de ses yeux d'amour étincelants; Une chaude vapeur s'exhale de ses flancs ; De ses naseaux ouverts il respire la flamme.
XIIP
Finir un ouvrage ainsi :
Salut, hommes vertueux... puissent dans le tombeau vos cendres se réjouir de ce que le Grec de Byzance a osé vous chanter.
Tel que tenant en maia la coupe étincelante,
Où la vigne bouillonne en rosée odorante,
Un père triomphant et de fleurs couronné
Boit, et puis la piésente au gendre fortuné
A qui ce doux présent donne, avec des richesses,
D'une vierge aux yeux noirs le lit et les caresses;
Ainsi, quand des mortels que la vertu conduit
Brillent comme une étoile au milieu de la nuit,
Dans une coupe d'or la chaste poésie
Leur verse par mes mains l'immortelle ambroisie,
Boisson qui fait des dieux
Puissent vos saintes ombres se réjouir en écoutant ce qu'a chanté sur vos tombeaux la lyre byzantine, lyre au cœur noble et fier, qui n'a jamais loué que la vertu.
XIV
D'un coeur moins agité la mère chaque jour. Du soigneux Esculape attendant le retour,
(. Édition de G. de Chénier. i. Édition de G. de Chénier.
Avec moins de terreur et moins de défiance Consulte ses regards, ses discours, son silence. — 0 sois heureux! Sur toi que les dieux bienfaisants Versent tout ce qu'ils ont de plus riches présents !
Et si ton lit connut les dons de l'hyménée, Que tes fils, à travers les biens et les douceurs, D'une longue vieillesse atteignent les honneurs; Que longtemps, de leur père antique et vénérable, Leur cohorte brillante environne la table ' Mortel égal aux dieux, dont les savantes mains Font obéir la vie aux désirs des humains, Tu reprends au tombeau son innocente proie; Dans la maison du deuil tu ranimes la joie; D'un corps débile et lent tu chasses les douleurs, Dans les j^eux maternels tu sais tarir les pleurs.
XV
J'erre au sommet des montagnes... et comme de là ja vois loin sous mes pas
Aux efforts du fleuve tortueux,
De ces vallons étroits s'ouvrir les avenues. Sur la mousse d'un roc élancé dans les nues. Ou sur un tronc que l'âge ou la foudre a brisé,
Assis et écrivant ■
i. Éditioo de G. de Chcnier.
J'ouvre enfin un passage aux flots de mes pensées, En torrents orageux dans mon sein amassées.
Allons, allons, mes beaux coursiers, courez, volez, l'aurore est belle, le ciel est pur, un vent frais agite le feuillage, la terre respire une odeur balsamique.
L'aurore est belle et pure et le ciel sans nuage; Un souffle doux et frais caresse le feuillage.
Courez, volez, mes beaux coursiers.
Elle vole, les coursiers volent, elle passe comme uq éclair.
Ils volent, le char vole, elle vole, elle fuit Comme l'agile éclair qui brille dans la nuit. Tous les yeux sont sur elle
L'envie assise derrière elle l'accompagne d'un œil oblique et sinistre, l'admiration la contemple avec des cris de joie, l'amour secret et silencieux la suit d'un long regard. Elle n'ose rencontrer l'œil de l'amour, elle ignore celui de l'envie, elle sourit à celui de l'admiration qui la contemple.
L'envie, au front paré d'un sourire d'apprêt. D'un œil oblique et faux l'accompagne et se tait.
1. Édition G. de Chéoier, mais cette pièce est ici reconstituée. Chaque partie du cansTas en prose qui a été exécutée est suivie immédiatement des vers qui la reproduisent.
En tête de cette pièce, l'auteur a écrit ; Sollo il quadro in Ingles.
L'admiration rit, la contemplant si belle, Et d'un cri l'applaudit et s'élance après elle. L'amour mystérieux, dans le bois à l'écart. Seul, timide, muet, la suit d'un long regard. Elle n'ose point voir l'œil de l'amour timide; Elle ignore l'envie à l'œil faux et livide; Elle sourit aux cris du tumulte joyeux Qui l'applaudit de loin, le plaisir dans les yeux*.
Debout sur son char elle élève sa tête divine, ses cheveux sont relevés négligemment et flottent derrière elle sous un casque couvert de plumes agiles, son fouet frappe les airs, elle agite les rênes, elle anime ses coursiers orgueilleux d'un si beau fardeau.
Courez, volez, mes beaux coursiers.
Quoi! (un nom de cheval) tu te ralentis. C'est donc en vain que tu as des jambes si fines... C'est donc en vain que je t'aimais... Tes yeux roulaient du feu quand tu me voyais venir te caresser... Va, je n'irai plus moi-même présenter à ta bouche le frein qui doit te conduire ; mes doigts n'iront plus s'envelopper dans ta crinière dorée, et ma main caressante ne fera plus retentir tes flancs ni ta poitrine. Et vous (d'autres noms de chevaux), redoublez d'ardeur. Je vous ferai faire de beaux harnais ; j'entrelacerai moi-même des rubans dans vos crinières flottantes; vous mangerez du pain dans ma belle main.
Courez, volez, mes beaux coursiers.
Ils reconnaissent la voix de l'héroïne. Ils frémissent, ils bondissent, leurs yeux s'enflamment, leurs oreilles se dres-
1. Ce vers peut rappeler celui de Malherbe, dans l'ode sur la prise de ilarseille :
Du plaisir de sa chute a fait rire les yeux.
sent devant eux, le feu sort de leurs naseaux, leurs harnais sont blanchis de sueur et leur frein d'écume. Ils volent, le char vole, elle vole, elle passe comme un éclair, le vent ne peut les suivre.
Ils reconnaissent tous la voix de l'héroine;
Ils tressaillent, saisis à cette voix divine;
Roulent leurs pieds dans l'air, lèvent leurs fronts ardents;
L'or du frein tortueux résonne entre leurs dents.
Courbant leur col nerveux, tous, en chutes pareilles
Précipités; leurs yeux s'enflamment; leurs oreilles
Se dressent devant eux; hérissés et fumants.
Leur narine bondit en longs frémissements.
Mors et harnais sont blancs de sueur et d'écume.
La roue échappe aux yeux, l'axe bouillant s'allume.
Ils volent, le char vole, elle vole, elle fuit
Comme l'agile éclair qui brille dans la nuit.
Le vent ne peut les suivre
et le ciel répète au loin tout à la fois les hennissements, les pieds frappant la terre, les roues de fer, le fouet et la ibelle vois qui excitent les coursiers, les seize pieds ferrés, la bruyante narine et les cris de l'admiration qui s'élancent après la belle héro'ine.
Sous la dent de l'acier aux pointes lumineuses, Joignant d'un velours noir les bandes sinueuses, Un camée éclatant, sur l'argile d'azur.
Presse contre son flanc le basin frais et pur.