‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 11 sur 232 · XXII ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

XXII ANDRÉ CHÉNIER

brcs des grands animaux primitifs errant au gré des ondes, et leurs os, déposés en amas immenses sur les côtes des continents. Il ne voyait dans les pagodes souterraines, d'après le voyageur Sonnerai, que les habitacles des Septentrionaux qui arrivaient dans le midi et fuyaient, sous terre, les fureurs du soleil. Il eût expliqué, par quelque chose d'analogue peut-être, la hase impie de la religion des Éthiopiens et le vœu présumé de son fondateur :

Il croit (aveugle erreur!) que de l'ingratitude Un peuple tout entier peut se faire une étude, L'établir pour son culte, et de Dieux bienfaisants Blasphémer de concert les augustes présents.

A ces époques de tâtonnements et de délires, avant la vraie civilisation trouvée, que de vies humaines en pure perte dépensées! « Que de générations, l'une sur l'autre entassées, dont l'amas

Sur les temps écoulés invisible et flottant

A tracé dans cette onde un sillon d'un instant! »

démontre. — Alors, plus ils ont d'esprit, de pénétration, de savoir, plus ils sont habiles à se faire iiUision, à inventer, à unir, à colorer les sophismes, à tordre et à défigurer tous les faits pour en otayer leur échafaudage... lit pour nu citer qu'un exemple et un grand exemple, il est bien clair que, dans tout ce qui regarde la métaphysique et la religion, Pascal n'a jamais suivi une autre méthode. > Cela est beaucoup moins clair pour nous aujourd'hui que pour André, qui ne voyait Pascal que dans ratraas[)!ière d'alors, et, pour ainsi dire, à travers Cendorcet. — Dans les fragments de mémoires manuscrits de Chènédollé, qui avait beaucoup vécu avec des amis da notre poète, je trouve cette noie isolée et sans autre explication: < André Chénier était athée avec délices. »

M. Gabriel de Chénier combat vivement cette allégation de Chènédollé. L. M.

PAR SAINTE-BEUVE xxiii

Mais le poêle veut sortir de ces ténèbres, il en veut tirer l'humanité. Et. ici se serait placée probablement son étude de l'homme, l'analyse des sens et des passions, la connaissance approfondie de notre être, tout le parti enfin qu'eu pourront tirer bientôt les habiles et les sages. Dans l'explication du mécanisme de l'esprit humain, gît l'esprit des lois.

André, pour l'analyse des sens, rivalisant avec le livre IV de Lucrèce, eût été le disciple exact de Locke, de Condillac et de Bonnet : ses notes à cet égard, ne laissent aucun doute. Il eût insisté sur les langues, sur les mots : a Rapides Prêtées, dit-il, ils revêtent la teinture de tous nos sentiments. Us dissèquent et étalent toutes les moindres de nos pensées, comme un prisme fait les couleurs. »

Mais les beautés d'idées ici se multiplient ; le moraliste profond se déclare et se termine souvent eu poète :

<t Les mêmes passions générales forment la constitution générale des hommes. Mais les passions, modifiées par la constitution particulière des individus , et prenant le cours que leur indique une éducation vicieuse ou autre, produisent le crime ou la vertu, la lumière ou la nuit. Ce sont mêmes plantes qui nourrissent l'abeille ou la vipère ; dans l'une elles font du miel, dans l'autre du poison. Un vase corrompu aigi it la plus douce liqueur.

oc L'étude du cœur de l'homme est notre plus digue étude :

Assis au centre obscur de cette forêt sombre Qui fuit et se partage ea des routes sans nombre,

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