‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 12 sur 232 · XXIV ANDRE CHENIER · texte numérisé non relu

XXIV ANDRE CHENIER

Chacune autour de nous s'ouvre; et de toute part Nous y pouvons au loin plonger un long regard »

Belle image que celle du philosophe ainsi dans l'ombre, au carrefour du labyrinthe, comprenant tout, immobile. 3Iais le poète n'est pas immobile longtemps :

a En poursuivant dans toutes les actions humaines les causes que j'y ai assignées, souvent je perds le fil, mais je le retrouve :

Ainsi dans les sentiers d'une forêt naissante A grands cris élancée, une meute pressante, Aux vestiges connus dans les zéphyrs errants, D'un agile chevreuil suit les pas odorants. L'animal, pour tromper leur course suspendue, Bondit, s'écarte, fuit, et la trace est perdue. Furieux, de ses pas cachés dans ces déserts Leur narine inquiète interroge les airs, Par qui bientôt frappés de sa trace nouvelle, Ils volent à grands cris sur sa route fidèle. »

La pensée suivante, pour le ton, fait songer à Pascal : la brusquerie du début nous représente assez bien André en personne, causant :

L'homme juge toujours les choses par les rapports qu'elles ont avec lui. C'est bête. Le jeune homme se perd dans un tas de projets comme s'il devait vivre raille ans. Le vieillard qui a usé la vie est inquiet et triste. Son importune envie ne voudrait pas que la jeunesse l'usât à son tour. II cric : Tout est vanité! — Oui, tout est vain sans doute, et celle manie, celle inquiétude, celte fausse philosophie, venue malgré loi lorsque tu ne peux plus remuer, est plus vaine encore que tout le reste. »

PAR SAINTE-BEUVE \.\v

tt La terre est éleniellemeut en mouveniciit. Cliaque chose naît, meurt et se dissout. Celte particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, uu roi. Le moude est une braiiloire perpétuelle, dit Montaigne (à celle occasion, les conquérants, les bouleversements successil's des iavasions, des conquêtes, d'ici, de là...). Les hommes ne font altentioa à ce roulis perpétuel que quand ils en sont les victimes : il est pourtant toujours. L'homme ne juge les choses que dans le rapport qu'elles ont avec lui. AfTecté d'une telle manière, il appelle un accident un bien ; affecté de telle autre manière, il l'ai)pcllera un mal. La chose est pourtant la même, et rien n'a changé que lui.

Et si le bien existe, il doit seul exister ! m

Je livre ces pensées hardies à la niédilatio!i et à ia sentence de cb.acuu, sans commentaire. Andié Chénicr rentrerait ici dans le système de l'optimisme de Poi»e, s'il faisait intervenir Dieu ; mais comme il s'en abstient absolument, il faut convenir que celle morale va plutôt à l'éthique de Spiuosa, de même que sa physiologie corpusculaire allait à la philosophie zoologique de Lamarck.

Le poète se proposait de clore le morceau des sens par le développement de cette idée : a Si quelques générations, quelques peuples, donnent dans un vice ou dans une erreur, cela n'empêche que l'âme et le jugement du genre humain tout entier ne soient portés à la vertu et à la vérité, comme le bois d'un arc,

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