‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 149 sur 232 · Quatre vers perdus · texte numérisé non relu

Quatre vers perdus

De chaume et de filets armer les arbrisseaux, Et soulager leurs troncs des blanches inutiles, Pour leur faire adopter des rameaux plus fertiles. 3Iais alors que du haut des célestes déserts L'astre de la nature embrasera les airs, Tantôt dans ma maison plus commode que belle, Tantôt sur le tapis dont se pare Cybèle, Où des feux du midi le platane vainqueur Entretient sous son ombre une épaisse fraîcheur. J'aurai quelques amis, soutiens de ma vieillesse. Le plaisir, qui n'est plus celui de ma jeunesse, Est encor cependant le dieu de mes banquets : L'œillet, la tubéreuse y brillent en bouquets. L'automne sur ses pas y conduit l'abondance Et la douce gaîté, mère de l'indulgence ; Et, tel que dans l'Olympe à la table des dieux, De pampres et de fruits et de fleurs radieux, Donne à tous les objets offerts à son passage Ce ris pur et serein qui luit sur son visage.

L'idée de ce long fragment m'a été fournie par un beau morceau de Properce, livre III, élégie 3. Mais je ne me suis point asservi à le copier. Je l'ai étendu ; je l'ai souvent abandonné pour y mêler, selon ma coutume, des morceaux de Virgile et d'Horace et d'Ovide, et tout ce qui me tombait sous la main, et souvent aussi pour ne suivre que moi. Voici comme il commence:

Me juvat in prima coluissc Helicona juventâ, Musarumque choris implicuissc manus,

11 me semble qu'il n'est guère possible de traduire autrement ni mieux que je ne l'ai fait ce second vers, qui est chaimant. Les anciens reirardaienl la danse non-seuleir.cnt

oomiiie l'art de faire des pas gracieux, mais encore de Toutes les attitudes du corps et surtout des hrâs. Si molUa irachia, salta. — Ovide ^.

Me juvat et multo mentnn vincire Lyœo, Et caput in vernâ semper habere rosà.

J'ai étendu ce texte pour y faire entrer plusieurs détails qui m'ont paru neufs dans notre poésie. Ce distique-là est bien beau : mentem vincire Lyœo !

Reine de mes banquets, que ma déesse y vienne.

Je ne sais si l'arrangement de ce vers serait approuvé. 11 me paraît précis, naturel et plein de liberté.

Que des fleurs de sa tète elle pare la mienne.

L'image agréable que présente ce vers est tirée dun distique de Properce dans une autre élégie qui est la S<' du livre l'î'". Le voici:

Et modo solvebain nostrâ de fronte coroUas, Ponebamque tuis, Cinthia, temporibus.

Amis, que ce bonheur, elc...

Le seus de ce morceau est celui de mille endroits d'Ovide et d'Horace.

Un jour, tel est des dieux, etc..

Ce vers et ceux qui suivent ne valent peut-être pas tous ensemble les deux vers de Properce :

A tque ubi jani venerem gravis interceperit œtas Sparserit et nigras alba senecta comas.

Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes Respirent près de nous leur haleine de roses.

Page 1