XXIV
S'ils n'ont point le bonheur, en est-il sur la terre?
Quel mortel, inhabile à la félicité.
Regrettera jamais sa triste liberté,
Si jamais des amants il a connu les chaînes ?
1. Édition 1819. Le lireinier éditeur a fait une soudure aux vers 44 et 15.
Leurs plaisirs sont bien doux, et douces sont leurs peines * ;
S'ils n'ont point ces trésors que l'on nomme des biens,
Ils ont les soins touchants, les secrets entretiens;
Des regards, des soupirs la voix tendre et divine,
Et des mots caressants la mollesse enfantine.
Auprès d'eux tout est beau, tout pour eux s'attendrit.
Le ciel rit à la terre, et la terre fleurit.
Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ;
Une douleur plus tendre anime Philomèle.
Flore embaume les airs : ils n'ont que de beaux cieux.
Aux plus arides bords Tempe rit à leurs yeux.
A leurs yeux tout est pur comme leur âme est pure,
Leur asile est plus beau que toute la nature.
La grotte, favorable à leurs embrassements,
D'ûge en âge est un temple honoré des amants.
0 rives du Pénée ! antres, vallons, prairies.
Lieux qu'Amour a peuplés d'antiques rêveries ;
Vous, bosquets d'Anio; vous, ombrages fleuris.
Dont l'épaisseur fut chère aux nymphes du Liris ;