‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 170 sur 232 · X\XIV · texte numérisé non relu

X\XIV

0 nécessité dure! ô pesant esclavage !

0 sort! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs, Dans ce flux et reflux d'espoirs et de douleurs!

Souvent, las d'être esclave et de boire la lie

De ce calice amer que l'on nomme la vie.

Las du mépris des sots qui suit la pauvreté.

Je regarde la tombe, asile souhaité;

Je souris à la mort volontaire et prochaine;

Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma cliaîiie;

i. Éciitiuii 1819. Ce morceau avait rh- en p:irlie mis au jour en 4802, par Chateaubriand dans une noie du Cenie du Christia7tisme 2« partie, liv. m, cli. 0.

Le fer libérateur qui percerait mon scia

Déjà frappe mes yeux et frémit sous ma main;

Et puis mon cœur s'écoule et s'ouvre à la faiblesse :

Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,

Mes écrits imparfaits ; car, à ses propres yeux,

L'homme sait se cacher d'un voile spécieux.

A quelque noir destin qu'elle soit asservie,

D'une étreinte invincible il embrasse la vie.

Et va chercher bien loin, i)lutôt que de mourir.

Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir.

Il a souffert, il souffre : aveugle d'espérance,

Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance,

El la mort, de nos maux ce remède si doux.

Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous

Je vis. Je souffre encor ; battu de cent naufrages,

Tremblant, j'affronte encor la mer et les orages.

Quand je n'ai qu'à vouloir pour atteindre le port!

Lâche! aime donc la vie, ou n'attends pas la mort',

XXXV î

Allons, l'heure est venue, allons trouver Camille, Elle me suit partout. Je dormais, seul, tranquille ; Un songe me l'amène, et mon sommeil s'enfuit. Je la voyais en songe au milieu de la nuit; Elle allait me cherchant sur sa couche (idèle,

1. Ces quatre derniers vers ne sont que dans l'édilion de G. de Chénier.

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