‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 173 sur 232 · AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE · texte numérisé non relu

AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE

Amis, couple chéri, cœurs formés pour le mien,

Je suis libre. Camille à mes yeux n'est plus rien.

L'éclat de ses yeux noirs n'éblouit plus ma vue ;

Mais cette liberté sera bientôt perdue.

Je me connais. Toujours je suis libre et je sers;

Être libre pour moi n'est que changer de fers.

Autant que l'univers a de beautés brillantes.

Autant il a d'objets de mes flammes errantes.

Mes amis, sais-je voir d'un œil indifTérent

Ou l'or des blonds cheveux sur l'albâtre courant,

Ou d'un flanc délicat l'élégante noblesse.

Ou d'un luxe poli la savante richesse?

Sais-je persuader à mes rêves flatteurs

Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs?

Qu'une bouche où la rose, où le baiser respire,

Peut cacher un ser[)ent à l'ombre d'un sourire?

Que sous les beaux contours d'un sein délicieux

Peut habiter un cœur faux, parjure, odieux?

Peu fait à soupçonner le mal qu'on dissimule.

Dupe de mes regards, à mes désirs crédule,

Elles trouvent mon cœur toujours prêt à s'ouvrir.

Toujours trahi, toujours je me laisse trahir.

Je leur crois des vertus dès que je les vois belles.

Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles !

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