‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 22 sur 232 · Pages 10-2 et · texte numérisé non relu

Pages 10-2 et

XLii ANDRÉ CHÉNIER

Disant ces mots, il sort... Elle était interdite; Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite; Nous l'avons consolée, et ses ris ingénus, Ses chansons, sa gaité, sont bientôt revenus. Un jeune Thurieni, aussi beau qu'elle est belle (Son nom m'est inconnu), sortit presque avec elle : Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier Le grave Pythagore et son grave écolier 2.

Parmi les ïambes inédits, j'en trouve un dont le début rappelle, pour la forme, celui de la gracieuse élégie; c'est un brusque reproche que le poète se suppose adressé par la bouche de ses adversaires, et auquel il répond soudain en l'interrompant :

« Sa langue est un fer chaud ; dans ses veines brûlées

Serpentent des fleuves de fiel. »

J'ai douze ans, en secret, dans les doctes vallées,

Cueilli le poétique miel :

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout eiUière ;

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma muse naquit haineuse eb meurtrière.

Frustré d'un amoureux espoir,

Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur ; Moi, ce n'est point au col d'un perfide Lycambe

Que j'apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injures. La patrie allume ma voix ;

1. Thurii, colonie grecque fondée aux environs do Sybaris, dans le golfe de T aronto, par les Athéniens.

Page 1