‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 64 sur 94 · CONTRE UN POETE INJURIEUX · texte numérisé non relu

CONTRE UN POETE INJURIEUX

LE Ciel, pour punir ton outrage.

Te plante au cerveau une rage, Qui plus et plus croissant tousjours, Ainsi qu'Hecube malheureuse, Forcera ta gueule hideuse Tous les soirs par les carrefours.

Va, mâtin, et ne me hasarde : Bien que d'envie ton cueur arde, Cherchant sur moi ficher ta dent, Et que ce vilain groin tu tordes, Je n'ai point peur que tu me mordes, Me resuivant d'un œil ardent.

Si tu ne veux que je t'accoutre De coups, laisse-moi passer outre; Es-tu bien pour me forvoier?

Mais, si ta rage encor te happe.

Approche-toi, gronde, urle, jappe:

Tu ne me peux rien qu'abboier.

PAR Venus, qui t'est favorable, Marguerite, di-moi, Di-moi pourquoi, trop mal traittable.

Tu pers mon Lambert tant aimable, Cuit de l'amour de toi?

Pourquoi, rechangeant de nature.

Plus parler on ne l'oit Que de sa Marguerite dure, Et n'a plus de ses amis cure,

Ainsi comme il souloit ?

Le bal, les festins et les tables,

Et sa propre maison, Les ris et les jeux délectables.

Et les lieux plus accompagnables.

Il hait comme poison.

Plus à m'appeller il ne tasche, Pour entrefeuilleter

Son cher Ciceron, qui lui fâche ;

Ainçois pensif l'amour remâche,

Qjii le vient îormenter.

Plus, pour les tors dont tu lui uses.

Entre rochers connus, Entre vaux et forests recluses, N'allons revoir les saintes Muses,

Ni les Faunes cornus.

Plus, las ! plus n'enfonce sa dextre L'arc droit, au blanc visant :

Un Dieu-archer, trop, trop adextre.

Ingrate, l'a fet ta proie estre, D'un trait bien plus nuisant.

Sa dure peine cotumiere

L'a forcé d'un tel pli Que, rompant son ardeur première, Pour toi il jette tout arrière,

Voire soi en obli.

Dedans ta maison importune

ÇNon soûl d'i séjourner) Aussi tôt n'anuite la brune Que pour te gémir sa fortune

Il va s'emprisonner.

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Ainsi le damoiseau Achille

Secret se cachetait En la vierge trouppe gentile, Pour n'estre à Vassaut de la ville

Où on le souhetoit.

0 petit dieu, pour une enfance,

Qjie grands sont tes effors !

Quand mieux estre armé on se pense, Lors tu fais sentir ta puissance Auxfoibles et aux fors.

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