‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 66 sur 94 · A JAQUES RAP P IN · texte numérisé non relu

A JAQUES RAP P IN

Aumonnier ordinaire de la Reine ODE XXI I I I

DEVANT le dur front de l'envie Remettant la louable vie Dont heureux le Ciel t'a velu, Sans que de moi aucun fard sorte, H faut, Rappin, que mon vers porte Temognage de ta vertu,

Combien que la connue épreuve Ja par tout publiquement preuve Quel est ton esprit, par l'effet, Et la pennible diligence Que, pour notre pais, en France, Envoie au Roi tu as fet.

Cellui, aux troubles plus contraires, Qui meine à chef grandes affaires.

N'est pas digne de peu d'honneur, Et meint son sçavoir i consomme, Et tout ce qui peut faire un homme, Qui toutefois n'a ce bon heur.

En vain, dessus les eaux profondes, La nef va refendant les ondes.

Pour prendre le port bien souvent.

Et pour néant dresse la teste Le mast encontre la tempeste, S' elle n'a la faveur du vent.

Outre la vertu tant soit grande.

En tout ne sçai quel heur commande, Qui, bridant haut notre dessein, Le bien dont aucuns il dévoie Aux autres de grâce il octroie, Tenans la fortune en la main.

Toutefois les Dieux inculpables Ne versent leurs dons favorables Qu'à l'esprit au beau incité.

Et qui, par une étroitte trace.

Pour les aller trouver, embrasse La vertu seule et F équité. ,

Meint d'avant toi, qui avoit prise Ta charge, de son entreprise Souvent s'est trouvé devoié ; Mais onques tu ne fis demande Au besoin, tant fut elle grande.

Que le Roi ne t'ait octroie.

Pour autant la vertu ornée Qu'en faveur le Ciel t'a donnée S'est ja fet voir au jour, si bien Que la Reine, à ton heur propice, En t'honnorant de son service, Desja t'a retenu pour sien.

Et, à ta prudence estimée Ouvrant son oreille fermée, Si un fet tu lui vas contant, Sachant combien tes propos pèsent {Tant tes meurs bien nées lui plaisent), Voluntiers te va écoutant.

Or, si ceux qui pour la patrie Se perdaient regagnaient la vie Ça bas en immortel séjour, Bien plus que ceux là ta dais plaire, Qui d'une audace téméraire.

Eteignaient follement leur jour.

Et mérites mieux de revivre Par une statue de cuivre. Qui tasche faire front aux ans; Mais pour toi ces euvres peu vivent.

Et, maugré la mémoire, suivent La longue inconstance du tens.

Reçoi donq' mes vers qui plus valent (Si ne suis trompé), car ils parlent, Et des ans hurtés ne cherront; Ainçois, aux oreilles étranges, Faisans présent de tes loiianges, Vaincueurs par les bouches courront.

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