ODE III I IG
Des noveaux lauriers à la jeune Muse Dieu ne refuse.
Mets l'amour tousjours de la belle en estre^ Fai que ton luth d'or resonne en ma dextre, Et que l'ord Python de sa langue inique Plus ne me pique.
A L'AMALTHEE
ODE V
SI tu hevois la froide Tane, Femme à quelque cruel marrane, Encor' piteuse en maux si longs, Pleindrois-tu l'assaut que j'endure.
Butin d'avant ta porte dure, Des apre-souflans Aquilons?
Ois-tu, cruelle, ois'-tu la porte.
Poussée de la bise forte, Qui rebruit d'un sec hurlement?
Et le voisin bois qui s'entonne,
D'un abboi que le vent lui donne, Jusqu'au haut de ton bâtiment?
0 pauvre moi, et loin de grâce, D'estre ici frileux sur la glace, Vaimant sur tous tes poursuivans ; Mais indigne qu^ amour me brulle.
Indigne que l'air ainsi m'urle, A la merci de tous les vens.
Abbats ta fierté violente :
Elle est à Venus déplaisante, Et ront d'amour le doux lien.
Ta n'es de la Vestale trouppe.
Ni difficile Pénélope, Fille au père Tyrrhenien.
Las ! l'or et les perles que donne L'amant, avecques sa personne, Pour s'arrançonner de malheur.
N'ont point leur force à toi égale Pour t' avoir, non ma couleur palle.
Triste témoin de ma douleur.
Ains, ce pendant qu'avec ma lyre Je plein, je sanglotte et soupire.
Je tasche à f ouvrir mes ennuis.
ODE V 109
0 trop rigoreuse Amalthée, Seule dans ta. chambre naltée, Tu trompes mollement les nuits.
Mais, si les feux de la nuit lasse N'ont fet que le somme t'embrasse, Douce Amalthée, écoute, et voi Comment Amour le cuevr me ronge ; Si' tu dors, à tout le moins songe Combien de peine j'ai pour toi.
A PHILIBERT DE PINGON
Or' (jue Phyver s'approche, Pingon, Pingon, vois-tu La Nicolette roche Haussant son chef pointu, Toutte de nege blanche, Et les arbres, pressés De glaçons sur la branche.
Se courbans tous lassés?
L'eau, qui iournoiant dore Les prés verds en bouillant, Ferme s'empierre, et ore Plus n'i va gargoillant :
Lasse et faible se frise.
Guidant son trot hâter, Au ciflet de la bise Contreinte d'arrêter.
Chasse donq' la froidure Et fai feu de gros bois; Romp la paresse dure ; Debout, à cette fois Ne pardonne à la cave:
Sois d'un vin abbrevé, Ja de trois ans esclave.
Aux amis réservé.
Fai fumer ta cuisine De mets non excessis, Et au bal contremine L'effort de tes soucis.
Que me chaud quelle terre Mars remette en émoif Je n'ai soin d'autre guerre Que de m'amie et moi.
ODE VI m
Qu'on m'apporte ma lyre, Çà, Phiielphe, et aussi Cour-t'en à Lambert dire Qu'il vienne droit ici Avec sa Marguerite; Puis entre ctiez Milliet :
Di-lui qu'il vienne vite, Et que la bande i est.
Si l'étude i'engarde, Nous lui mandons tous trois Que trop il s'amusarde Au grand chaos des loix.
Or sus, quon casse en terre, D'un libre pié veincueur, L'aspre souci, qui serre Et deseche le cueur.
Or est, ou jamais, heure Que gais nous nous tenions.
Il n'est chère meilleure Que de vrais compagnons.
Pingon, de cette place Un seul ne bougera Qui ne vuide la tace Lors qu'elle écumera.
Au reste, laisse faire Aux bons Dieux leur vouloir Tel ores se voit plaire Qui se verra douloir.
Ne nombre et ne ranverse Le cours d'un Fendemain :
La fortune perverse N'est pas pas à notre main.
Ce que ton sort te donne Te face tout content.
Si fortune n'est bonne.
Ne te va tormentant.
Ne crein la dernière heure, Qui nous traine au trépas :
Combien que le corps meure, La vertu ne meurt pas.