‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 95 sur 103 · SCÈNE XI. J)I · texte numérisé non relu

SCÈNE XI. J)I

Dieux, si vous méritez encor le nom de justes, Sauvez du fer, sauvez ces jeunes flancs robustes; Sauvez Harmodius! C'est mon frère! A lui seul Il est ma tendre mère et mon auguste aïeul.

LE CHŒUR

Déesse au casque d'or, à la lance élevée, Fais que ta ville sainte, Athènes, soit sauvée ! Juge dans cette cause, et rends victorieux Ceux qui rendront ce peuple et libre et glorieux, Et qui, des factions écartant la démence, Aideront à régner Thémis et la clémence.

Citoyens et tyrans, qu'ils aient tous même sort, Tous ceux par qui mon frère affronte ainsi la mort! Et périssent vos lois, votre peuple lui-même, S'ils me coûtent le sang du seul homme que j'aime!

LE CHŒUR

Ne te rends point coupable en tes justes douleurs; Pleure, et ne mêle pas le blasphème à tes pleurs. Pallas veillera mieux sur cette chère tête : On peut sortir vivant même de la défaite. Espère ! Harmodius peut-être est le vainqueur !

je sens un trait mortel pénétrer dans mon cœur. Entends se rapprocher cette clameur sauvage!

LE CHŒUR

N'en tire pas, ma fille, un plus triste présage.

II ARMODIU5 .

Moi qui pensais avoir — ma mère n '.étant plus — Épuisé tous les coups à mon cœur dévolus! A combien d'autres morts m'avez-vous condamnée, Impitoyables dieux, et pourquoi suis-je née?

LE CHŒUR

Que de mères sans fils, de femmes sans époux, De filles et de sœurs dont le trépas commence, Et qui vont, comme toi, saigner des mille coups Qu'échangent les partis dans la ville en démence !

Quel que soit le vainqueur, la tremblante équité S'enfuit avec la paix et la miséricorde ; Chaque goutte du sang versé par la discorde D'une âme généreuse appauvrit la cité.

Dieux cléments! unissez les deux partis contraires, Dieux protecteurs d'Athène et fondateurs des lois, Faites chez les mortels, pour cette seule fois, Naître la liberté d'une guerre entre frères:

Dans le fleuve Léthé purifiez les cœurs! Lavez de ses flots purs notre sanglante arène ; Répandez sur nous tous cette équité sereine, Plus difficile encore aux vaincus qu'aux vainqueurs.

Voici qu'avec des cris et d'ardentes colères Une foule revient, le combat terminé...

Quel que soit le parti, s'il n'a point pardonné, Il entendra de moi des paroles sévères.

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