‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 107 sur 113 · AUX MONTAGNES DU FOREZ. 3II · texte numérisé non relu

AUX MONTAGNES DU FOREZ. 3II

Peut-être avez-vous eu mes hymnes les meilleurs. Ce choc sacré qui fait jaillir le feu de l'âme, Il m'est venu de vous comme il vient d'une femme... Ma mère était ailleurs.

O terre de Forez, large et douce nature, J'ai bu ton lait paisible et suis ta créature : Chez toi je fus enfant aimé, tendre et joyeux; J'ai tout connu, d'abord, à ta chaste lumière; Sur l'œuvre du Très-Haut, c'est toi qui, la première, Ouvris mes faibles yeux.

J'ai vu, dès mon berceau, tes monts en longues chaînes Dérouler dans l'azur leurs couronnes de chênes, Monter d'un rythme égal et toucher jusqu'au ciel. J'ai fait mes premiers pas de l'un à l'autre étage; Et des pêches en fleurs à l'airelle sauvage, Cueilli mon jeune miel.

Depuis tes hauts plateaux de lave et de bruyères. Je sais tous les circuits de tes vertes rivières, Dans les vallons obscurs tapissés de grands bois. Quels manoirs, quels hameaux se penchent pour y boire ! Des monts jusqu'à la plaine oii s'argente la Loire, Le vrai Heuve gaulois.

Des bords du fleuve, au pied de tes hauteurs lointaines. Le soir, quels beau.x retours de chasse à travers plaines ! J'allais, face au soleil qui flamboyait eucor; J'admirais, dans leur cadre étendu de vingt lieues, Serpenter et brunir ces larges cimes bleues Parmi la pourpre et l'or.

J'allais à pas réglés sur la chanson d'un pâtre; J'approchais, discernant du vaste amphithéâtre Les plans divers, les bois, les vignes, les jardins ; Sur leurs flancs divisés par l'onribre descendante Mes yeux escaladaient jusqu'à leur cime ardente Ces immenses gradins.

Mon esprit, soulevé jusque dans l'invisible, Suivait de leurs coteaux l'ascension paisible, Le port majestueux de leurs larges sommets; J'appris ces rythmes lents, ces lignes solennelles; Vos charmes dans mes vers, montagnes maternelles, Sont empreints à jamais.

J'ai retenu très peu des hommes et des livres; Sobre de ces progrès dont les autres sont ivres, Je n'ai rien, grâce à Dieu, de ce Paris nouveau; Je hais le rire impur et l'inepte blasphème; Ses plaisirs, sa science et ses arts n'ont pas même Effleuré mon cerveau.

Toi, mon humble Forez, tu nous as fait largesse D'un esprit simple et droit, d'une rude sagesse; De ta gaieté sans tîel le rire est bienfaisant. Quand je toucheà ton sol, je m'ysens jeuneencore ; J'y retrouve et ma force et ma paix, et j'adore Mon Dieu partout présent.

Tu sauvas mon enfance et l'emplis d'heureux songes Mes vieux jours fatigués, c'est toi qui les prolonges ; Propice à mon travail, tu l'es à mon repos. A qui veut bien finir ton ombre est salutaire...

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