‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 110 sur 113 · A L ANGE GARDIEN. 3I · texte numérisé non relu

A L ANGE GARDIEN. 3I

Toi-même dans tes os, dominant la nature, Tu souffris davantage et tu n'as pas gémi.

Mais il existe un mal sans honneur et sans trêve Qu'un cœur pareil au tien n'eiît jamais soupçonné, Que tu n'entrevis pas, même en un mauvais rêve... Moi qui meurs de ses coups, j'en demeure étonné.

Tu vois tout de là-haut. Sois mon guide et mon juge! Tu sais bien quelle paix habitait parmi nous : Chacun était pour tous un bonheur, un refuge; Tu connaissais ton fils, un enfant simple et doux.

Sans rêve ambitieux de pouvoir, de richesse, L'honneur et le travail étaient ses seuls besoins Tu sais de quels amis il obtint la tendresse; Son humble histoire un jour aura de fiers témoins.

A lui, rêv.ur paisible et frère des poètes, Il était diî, peut-être, une part de douleur Autre que la discorde et d'ignobles tempêtes,.. Grâce à Dieu, tu n'as vu que d'en haut son malheur.

Ici-bas, tu ne peux vider sa coupe amère; Souffrons, puisqu'il le faut, jusqu'au jour de mourir ! Ce n'est pas le bonheur que je demande, ô mère, C'est l'humble patience et l'art de mieux souffrir.

Qu'au mnns de ces douleurs je sois seule victime ; L'avenir n'est pour moi qu'un morne épouvantail. Mais sauve, s'il se peut, de mon naufrage intime Ma liberté d'esprit et mon pauvre travail.

3l6 LIVRE DES ADIEUX.

Au tenace ouragan j'abandonne le reste, Et mon corps et mon cœur et mes affreuses nuits! Tous ces maux acceptés auront leur fin céleste, Je n'aurai pas connu de stériles ennuis.

Tu dirigeas mon âme et mes yeux et ma plume Vers un monde où finit, mon Dieu, votre rigueur ; Dans ces combats obscurs où plus d'un se consume, Tu m'auras conserve ma sereine vigueur.

Tu feras mieux pour moi ! Tu voudras, je l'espère. Que fidijle aux devoirs appris dans la maison. Je garde à ton exemple, à celui de mon père, Et ta sage tendresse et sa douce raison.

J'entends leur sainte voix qui m'invite au courage, A l'oubli de ces maux qui vont se terminer : Je sais qu'étant leur fils il est dans mon partage De souffrir plus qu'un autre et de mieux pardonner.

Je ne demande plus que des heures de trêve Pour recueillir mon âme en un dernier effort, Pour aider à ta main qui vers Dieu me soulève Et jouir de la paix au moment de la mort.

Septembre 187;.

AUXAMITIES. 317

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