‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 43 sur 113 · IS · texte numérisé non relu

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Oh! l'instant des aveux! ce cri, ce mot furtif Qu'éternise un écho dans le ciel attentif! Mot qui tout bas murmure en tremblant sur la Icvre, Ou gronde avec l'éclair et jaillit dans la fièvre; Triomphe de l'amour par un mot attesté; Pouvoir d'ime syllabe où tient l'immensité!

Le lac d'azur et d'or, quand le vent se repose, Reflète au loin des monts chargés de neige rose. Fausta, Marco sont là, dans cette paix du soir; Baignés dans la nature, ils parlent sans la voir.

Et quel vague récit des songes de leur vie, Quel rayon d'une flamme à ce beau ciel ravie Emporta leur secret après tant de combats? Quel espoir les enivre? Ils ne le savaient pas. Leur âme a laissé fuir quelque rapide image ; Un accent plus ému vibre dans leur langage; Enfin, l'aveu sacré part, et la chaîne d'or A lié ces grands cœurs qui résistaient encor; Et jamais ni le temps, ni l'homme, ni Dieu même, N'en briseront l'anneau fait d'un Seul mot : Je t'aime ! Ainsi ce joug d'amour, qu'on méprisait hier, S'impose, au gré du sort, à l'esprit le plus fier! Si le dieu vous choisit, ou funeste ou propice. Il faut que son mystère entre vous s'accomplisse.

FAUSTA. iSj

Armez-vous de rudesse et bravez le péril. Demandez vos vertus au plus lointain exil... Le sort au but fixé tous les deux vous ramène. Partis de la tendresse, et souvent de la haine, On se trouve au chemin par où l'on crut se fuir. Pour aimer quelquefois, mais toujours pour souffrir ;

« Tu partiras, Marco, je t'ai donné mon âme. Mais ta vie est ailleurs qu'aux genoux d'une femme. Je cède à mon pays ton cœur qui m'appartient. Honte, en ces jours de guerre, à celle qui retient Sur les coussins oisifs le fer de bonne trempe, Et souffre qu'à ses pieds le lion dorme ou rampe ! Tu partiras sans moi ; soyons forts, effaçons De notre fier sentier l'ombre des vils soupçons. Entre de pures mains une cause est plus belle ; Fils de la liberté, gardons-nous dignes d'elle. Pars! mon cœur te suivra; rien n'a pu l'enchaîner ! Il reste, en sa prison, libre de se donner. Mais pars! Fais au devoir une sublime offrande; Du sacrifice obscur notre âme sort plus grande. L'amour choisit nos cœurs dans ses nobles desseins. Non pour les rendre heureux, mais pour les rendre saints. Pars ! Du joug étranger qu'une femme tolère, Laisse-moi la douleur, gardes-en la colère. Pars! Une autre maîtresse, en tes heures d'ennuis,

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Seule a droit d'approcher de tes austères nuits, De vivre aux yeux de tous, avec toi, sous la lente, De briller à ton Hanc comme une armi éclatante : C'est la haine, ô Marco, la dernière vertu Qu'il faille au moins sauver chez ce peuple abattu ; La haine, qu'on délaisse en ce temps misJrable; La haine, de l'amour compagne inséparable, La haine q.i'à ses fils, di son sein chaste et fier, Doit verser l'Italie en aiguisant le fer! J'accepte dans ton cœur ma place à côté d'elle; Que notre double voix à ton œuvre t'appelle. Pars ! Mais cette blessure, hélas ! qui saigne encor ; L'aigle voudrait en vain reprendre son essor. Eh bien, pour quelques jours qu'il ferme encor les aile: Qu'il dorme soas l'abri de ces rameaux fidèles. Reste au bord de ce lac, qui doit garder toujours Le reflet triste et pur de nos saintes amours. Tu me verras encor; je veux encor répandre Dans ton sein douloureux mon souci le plus tendre, Et goûter à tes pieds, ô mon noble vaincu, Ces courts instants, les seuls où mon âme ait vécu. Je suis sûre de nous; j'aime, et je me confie Aux forces de l'amour, ce feu qui purifie; Non, tu ne voudras pas me ravir la splendeur Que l'image adorée emprunte à la pudeur. Tu ne veux pas me rendre à moi-même avilie; Moi qui suis pour ton cœur comme une autre Italie ! »

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