‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 49 sur 113 · A MON AMI ALFRED DE VIGNY · texte numérisé non relu

A MON AMI ALFRED DE VIGNY

Quand la lumière eut percé l'ombre

Des éléments tumultueux,

Quand l'homme apparut dans le nombre

De tes habitants monstrueux,

O Terre, ô puissante nature,

Dans cette infime créature

Qui te contemple avec effroi,

Dans ce dernier né de la fange,

Sous la brute as-tu senti l'ange,

O Terre, as-tu connu ton roi?

Perdu dans son terrible empire,

Vois-le, seul en sa nudité;

Tout le menace, et tout conspire

Contre sa frêle roj'auté:

Sous ses pas le sol tremble et fume,

Un mont croule, un volcan s'allume,

La mer vomit les grandes eaux ; Impur géant des premiers âges, L'hydre, autour des longs marécages, Souffle la mort de ses naseaux.

Un arbuste, un fruit sans défense, Un insecte au venin subtil.

Tout cache à sa débile enfance Quelque mystérieux péril ; Que pourra sa main désarmée?

D'ennemis la terre est semée; Vivra-t-il même une saison?

Pour lutter avec la matière, Pour vaincre la nature entière, Quelle est sa force? la raison.

1 pense, la nature est dès lors sa vassale; j'âme agite la masse inerte et colossale. va pensée asservit le granit et l'airain, j'esprit fait circuler la sève dans la plante, 1 déchaîne la neige ou la lave brillante; )es éléments discords l'esprit est souverain.

'ensée, esprit, raison, c'est la force qui crée; i'est, après les six jours, la parole sacrée J^ui dit : c'est bien ! devant son ouvrage accompli, ^a raison, c'est l'essieu sur qui tourne le globe,

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