TITYRE
Daphnis, je l'ai bien offensé !
Bavius m'en a fait maintes fois le reproche ; Peut-être il a raison, je porte un cœur de roche ! Jamais, chez moi, Phœbus, se fondant tout en eau, N'a pleuré de tendresse à remplir un tonneau. Je n'ai pas un sonnet pour chaque nom de femme ; J'ai très peu fait rimer mon âme avec ma flamme Et j'ai laissé la plainte aux pasteurs déplumés, Brûlés de plus de feux qu'ils n'en ont allumés. Mais, comme il faut ici que chacun s'exécute, Pleurons un peu d'amour sur la lyre et la flûte. Puisque, faute de mieux, et par crainte des loups. Je me suis fait berger, soyons tendre et jaloux, Ayons notre Philis, abordons la romance ; Aimons, pleurons, chantons, soupirons... Je commence
« Pour trois ans seulement, oh ! que je puisse avoir, Sur ma table un lait pur, dans mon lit un œil noir. »
8o POÈMES CIVIQUES.
DAPHNIS
Tityre, oh! quel dcbul!
C'est du Joseph Delormc, Un professeur d'amour qui mourut pour la forme, Un élégant berger, poitrinaire, autrefois...
DAPHNIS
Mais qui donne aujourd'Iiui, joliment delà voix I Le temps n'est plus aux pleurs, aux rêves, aux mansardes; Il nous faut à présent des Muses plus gaillardes, Plus hautes en couleurs. On était Séraphin, On redevient Gaulois, et l'on veut rire enfin. Bergers, changez de ton, et changez de bergères ! Qu'Elvire et Béatrix, grands dieux, vous soient légères ! D'un peu de crinoline enflant leur cotillon, Rendez-nous, s'il vous plaît, Lisette et Frétillon.
Je t'ai pris pour conseil et suis prêt à tout faire : Il me faut un succès, Daplinis ; je tiens à plaire, Et ma Muse, d'ailleurs, n'est pas collet monté. Mais prenons un miroir, Daphnis ; en vérité. On grisonne, on bourgeonne, on estchauve... on enrage ! Que faire? On est forcé d'avoir enfin son âge. Tant pis pour nos chansons, pasteurs infortunés ; J'ai graud'peur que Lisette en rie à notre nez,