L AGE D O R
Et qu'à suivre Ninon qui fuit entre les saules,' Nousne soyons, Daphnis, un peu lourds, un peu drôles!
DAPHNIS
Alors ne rimons plus, et soupons, ô bergers ! Quel genre et quel sujet n'offrent pas leurs dangers ? La satire? Elle excite au mépris, à la haine. L'ode, avec ses grands mots, sent sa républicaine. Et jette dans les cœurs une exaltation Dont pourrait profiter la révolution.
Je craindrais, d'autre part, en risquant l'épopée. De louer assez mal nos grands hommes d'épée. La tragédie en pleurs... est pleine de coquins ; Puis on rencontre là des Brutus, des Tarquins, Des Césars; on est pris au mot par l'auditoire. On peut s'y compromettre; autant vaudrait l'histoire. Notre vieux vaudeville a pour lui les rieurs; Mais on peut rire, hélas ! de ses supérieurs. C'est un travers où va souvent la comédie. J'aurais peur d'y tomber ; ma plume est trop hardie.
Quel est donc mon asile, et que puis-je imprimer, Si le diable m'inspire une ardeur de rimer ?
DAPHNIS
M'y voilà ! Tu pourrais rendre ton nom célèbre, Tityre, à mettre en vers la chimie ou l'algùbre.
8a POÈMES CIVIQ.UES.
Nous y viendrons, Daphnis, au bout de nos romans ; Mais n'anticipons pas sur les événements... J'aurais mieux fait, je crois, d'épouser l'élégie.
DAPHNIS
Moi, je me sauverais dans l'archéologie;
Ce terrain paraît neutre, il est moins dangereux.
Tiens, justement, là-bas, aperçois-tu ce creux,
Près de ma chèvre blanche, au pied d'un bouquet d'ormes
Il est rempli, mon cher, de questions énormes :
Est-ce une cave, un puits, une citerne, un four.
Une tombe, un canal, un silo?... Chaque jour
Un monsieur décoré le dessine et le toise ;
On y vient de Paris, on y vient dePontoise;
Les consuls y viendront, le préfet est venu.
Et l'objet de ce creux reste encore inconnu!
Moi, j'ai fait ma trouvaille ; elle n'est pas petite:
Vois ceci ! c'est d'un casque ou bien d'une marmite ;
Or, les Gaulois campaient sur ce mont que voilà;
César, un jour de bise, ayant passé par là...