‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 25 sur 138 · ADIEUX A LA SATIRE · texte numérisé non relu

ADIEUX A LA SATIRE

A qui put empiler volume sur volume Sans qu'on ait su jamais quel dieu guide sa plume. Quand son lecteur le presse, il cache en divaguant S'il est pour Mahomet, Jésus ou Tervagant. Ni blanc ni noir, jamais ce prudent ne hasarde D'attacher à son nom l'une ou l'autre cocarde. Impassible aux douleurs qui ne l'atteignent pas, La honte lucrative a pour lui des appas; Il veut enrubanner ie griflfon qu'il chevauche; L'art n'est, entre ses mains, qu'une exquis; débauche ; Pour César ou Caton il n'a jamais pris feu; Il a ses vanités pour patrie et pour dieu.

Fallait-il, moi croyant, me courber au silence ? Mériter ces soupçons de lâche indifférence? Non I Je veux que mes vers, s'ils sont un jour relus, Témoignent de mon cœur quand je ne serai plus. Je veux qu'en abhorrant cette époque et ses vices, On ne me compte pas pour un de leurs complices. Mes fils, au moins, sauront que, jamais résigné. Dans l'ombre et sous le joug je vivais indigné; Que j'ai voulu garder leur nom sans flétrissures. Ils sauront qu'insensible à mes propres blessures. Mais jaloux pour la France et pour le nom chrétien. Je n'ai jamais haï que par amour du bien.

J'ai voulu témoigner pour la muse elle-même. Pour mes saintes forêts, pour les hauteurs que j'aime. Pour l'idéal rêvé dans mon premier printemps, Pour la nature où Diau parle dans tous les temps. Pour tout ce qu'elle enseigne au cœur qui la fréquente, Pour les torrents, les lacs, pour la neige éloquente.

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