‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 26 sur 138 · I-OIÎMES CJVHi UES · texte numérisé non relu

I-OIÎMES CJVHi UES

Je veux qu'on sache à quoi la solitude sert Et quels mâUs pcnscrs jo cueillais au dc-sert. Que l'on n'accuse plus d'inertes rêveries Mes contemplations au vertige aguerries, Le combat de Jacob longuement soutenu Et le sacré colloq le avec l'hôte inconnu. On a cru qu'à l'ciitour de noj cimes glacées Le froid en lourd nuage épaissit la pensée. Dites si, pour jaillir d'un plus profond azur, Le trait que j'ai lancé vous paraît plus obscur, Si j'ai vu, de là-haut, d'un œil timide et louche, Et si ma langue apprit à trembler dans ma bouche.

Je suis venu ; j'ai mis mon cœur à découvert Comme quand je parlais à Dieu dans mon désert. J'ai dit la vérité, toujours si mal reçue. Sur nos chênes gaulois j'ai pris une massue. O montagne ! ô forêt d'où j'ai tout apporté ! Mon livri est né de vous comme la liberté ; Et j'ai su, moi chétif, après tant de poètes. Ce qu'un vers rude et franc peut causer de tempêtes.

J'ai soulevé les flots du mensonge alarmé.

Autour de moi l'orage est loin d'être calmé.

Et j'entends de la grève, où ma barque s'échoue,

Bouillonner et gronder cet océan de boue

Qu'importe ! A vous haïr instruisant nos neveux,

Mon livre existera, c'est tout ce que je veux.

J'ai dû faire, à mon tour, œuvre d'homme ! Elle est faite.

Je retourne au désert qui se met tout en fête.

J')' reprends pour toujours l'amitié des hauts lieux ;

J'y veux goiiter encor le colloque des dieux.

A D J E V X A LA S A T I R h . 117

Et, poursuivant mon rêve à travers l'invisible, Chanter sans crainte, armé de mon dédain paisible.

Je sais bien qu'on verra, dans leurs chenils divers,

Des meutes de laquais japper contre mes vers;

De par l'égalité, son heureuse patronne.

Tel démocrate ira criant : « Qu'on le bâillonne ! n

Epargnez-vous ce soin, délateurs! j'ai fini;

Du monde où vous régnez je pars, je suis banni;

Je vais rejoindre au loin tous mes dieux qu"on insuite •

Aux Muses de la paix je rapporte mon culte.

J'ai trop souillé mes yeux de ce spectacle impur;

J'ai besoin d'essuyer mes regards à l'azur.

C'est trop d'un jour entier perdu dans la satire; Ne tressons plus en fouet les cordes de la lyre. Reviens, chaste idéal qui m'inspiras mes chants! J'ignore à tout jamais les sots et les méchants. J'ai repris mon voyage avec les bons génies. Mon oreille et mon cœur vont droit aux hannonies, Et mon œuvre appartient, quel que soit l'avenir, A ce qu'il faut aimer, à ce qu'il faut bénir.

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