III. yi
Comme pour te blâmer de savoir te distraire. Les gens qui font des mots, n'ayant plus rien à faire, Disent, de par la ville, en hochant le menton : « Thraséas, Thraséas, c'est un autre Caton! » Dans la province on lit la Gazette de Rome, Pour savoir ce qu'a fait ou n'a pas fait cet homme; On en parle au théâtre, au tribunal, au camp... Dites-nous qu'il est dieu, ce sera moins choquant ! S'il faut tant admirer sa raison, sa conduite, Sa politique, enfin, adoptez-la de suite. Renversez tout!... sinon, pour aller au plus bref, Otez aux novateurs leur modèle et leur chef. Sa secte, entendez- vous, est un nid de vipères; Elle a fait Tubéron, détesté de nos pères, Favonius, un tas de rêveurs, de rhéteurs Moroses, blâmant tout et nés conspirateurs; Affectant la vertu, la pudeur... c'est le pire! Prônant la liberté pour attaquer l'empire. Hélas! à vos dépens, vous savez, ô Romains, Ce que la liberté deviendrait dans leurs mains. Par toi seul, ô Néron, Rome peut rester libre; C'est toi seul qui maintiens la terre en équilibre; Veille sur tous ces vieux qui proposent du neuf, Sur ces petits Brutus qui vont sortir de l'œuf; Ne laisse pas grandir les gens et les principes Condamnés par les dieux à Pharsale, à Philippes. Le parti des bavards se remet à phraser, Le sénat te les livre, il faut les écraser. J'ai dit.
UN SÉNATEUR, à son voisin.
C'est très profond, cet homme a de l'étoffe.
UN AUTRE
Monsieur l'accusateur est un grand philosophe.
LE CONSUL
Vous avez entendu cet exposé du fait Clair, sobre, impartial, un modèle parfait... Pour le peuple et Néron, Juge et tribun suprême. On a très bien conclu... Seigneurs, votez de même. Le sénat se forme en groupe et délibère.