LA CHAPELLE
Viens! sous l'arceau qui reste à la vieille chapelle, Sous cet abri qui tombe ainsi que les grands bois; Viens, dans l'ombre oîi l'esprit des aïeux te rappelle, Prie et pleure encore une fois.
Tu vas voir des autels se disperser la pierre; Ton Dieu n'a plus d'asile et fuit l'homme vainqueur ; Si tu connais encor la soif de la prière
Emporte ton Dieu dans ton cœur! '
Ce chef-d'œuvre béni de l'artiste et du prêtre Avec l'antique foi, demain, va s'écrouler. Pleure et frappe ton front ! car tes m^ins ont, peut-être Aidé ce siècle à l'ébranler.
Mais puisque la douleur à nos pieds te ramène. Défends nos saints débris contre un passant moqueur;
SYMPHONIE DES MORTS. IQp
Et, pour garder une âme à cette chair humaine, Emporte ton Dieu dans ton cœur !
lA VIGNE ET LE FIGUIER.
Il te restait, sous le chaume.
Un royaume Peuplé par le souvenir.
Sous le figuier de ta vigne
Qui s'indigne De ne plus t'appartenir.
Pour cacher, âme offensée,
Ta pensée, L'enclos de ronce et d'ajonc Forme une verte ceinture.
Aussi siàre Que les créneaux du donjon.
Ce débris des champs prospères
De tes pères T'aimait d'amour éperdu; Il portait, à pleines sèves,
Fruits et rêves...
Et c'est toi qui l'as vendu !
Tu pouvais, sous ce treillage,
Vivre en sage, Fière ainsi qu'en ton manoir:
A la liberté fidèle.
Tenant d'elle Ta noblesse et ton pain noir.
no LES SYMPHONIES.
Tu l'as quitté cet asile!
Pour la ville, Dont tu maudis les rumeurs ; Pour la ville, où l'on respire
Le délire Et la fièvre dont tu meurs.
Et ta vigne, hélas ! s'étonne,
Quand l'automne Elle est prête à vendanger, D'offrir ses pêches vermeilles
Et ses treilles Aux entants d'un étranger.