‹ Œuvres poétiquesChapitre 37 sur 124 · LES IMAGES · texte numérisé non relu

LES IMAGES

Sur les débris du temple ils traînent leurs charrues ; Ils ont brisé tes dieux dans le marbre vivant; Des tableaux paternels la toile flotte aux vents.. Grave bien dans ton cœur ces beautés disparues.

Pour la dernière fois, sous ces chastes couleurs. Tu vois sourire encor les yeux de la madone ; Pour la dernière fois cette blanche colonne Brille au soleil, debout sous son chapeau de fleurs.

Austères et sereins, comme des dieux antiques. Les aïeux cuirassés dont tu connais la voix, Qui surveillaient tes fils jouant sous les portiques, T'ont parlé de l'honneur pour la dernière fois.

Ils ne revivront plus avec leurs yeux de flamme, Près de Jésus en croix saignant sous ces arceaux,

Ressuscites, chez vous, par ces nobles pinceaux Qui prêtaient leurs couleurs à la beauté de l'âme.

Tes enfants n'auront plus la chère illusion De ce portrait sacré devant qui l'œil ruisselle ; Ta mère t'y sourit comme une vision, Et du feu de ton cœur t'y garde une étincelle.

Ils ne sont plus, tous ceux dont l'esprit souverain Pénétrait dans le marbre et le rendait sensible; Dont les doigts, en touchant ou la toile ou l'airain. Faisaient jaillir une âme et briller l'invisible!

Ils sont bien morts! et nul n'a suivi leur sentier. Vers l'ignoble laideur l'homme se précipite ; L'esprit s'est retiré de la chair décrépite; Et, l'idéal absent, l'art est mort tout entier.

Ah ! c'est là, c'est encore une auguste ruine, Un grand culte expiré dont tu mènes le deuil, Une m.ort que ce temps nie en son fol orgueil... Dis adieu, pour toujours, à la beauté divine !

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