‹ Œuvres poétiquesChapitre 6 sur 124 · ÉTÉ · texte numérisé non relu

ÉTÉ

L E ROSSIG N OL.

Dans un buisson de roses Mon nid fut bien caché ; Mais, sous les fleurs écloses, Amour m'a déniché.

Il courut au bocage, Léger et triomphant.

J'eus pour première cage Les doigts du bel enfant.

J'ai reçu la becquée Sur le bout de son dard ; Ma langue y fut piquée Par le dieu babillard.

SYMPHONIE DES SAISONS. ij

Aussi ma voix subtile.

En tout cœur, dès ce jour, S'insinue et distille Un doux venin d'amour,

Et ma gorge en délire, Dans ses brillants fredons, De l'amoureuse lyre Sait prendre tous les tons.

Je veux chanter encore Ma joie et mes ennuis; Je chante avec l'aurore.

Je chante avec les nuits.

Je défie et méprise Fauvettes et pinsons^ Et la mort seule épuise Mon cœur et mes chansons.

J'aime une fleur nouvelle, La rose qui m'entend ; J'aime, et je veux, près d'elle.

Expirer en chantant.

J'y suis bien, sous ton ciel de flamme ! J'y sens mieux respirer mon âme ; C'est la vie après le sommeil.

J'aime- aux fleurs ces parfums sauvages II. 5

l8 LES SYMPHONI ES

Et l'air brûlant de ces rivages...

Marchons toujours vers le soleil.

Vois-tu la grenade et l'orange; Vois-tu ces fruits à forme étrange Rouler autour de nos pieds nus?

Caeillons-les ! et, plus loin encore, Cherchons, aux lieux d'où vient l'aurore, Des enivrements inconnus.

LES RO s ES.

Le soleil a bu dans la rose Les pleurs dont le matin l'arrose; Il enlève aux boutons charmants Le poids de leurs frais diamants.

Mille fleurs, heureuses d'éclore, S'ouvrent au feu qui les colore ; Un zéphir passe et fait larcin Des parfums cachés dans leur sein.

Il s'en va partout les répandre,

Ces parfums qui font le cœur tendre;

Avec lui l'enivrant poison

Vole aux deux bouts de l'horizon.

Il n'est au loin, sous la verdure, Une âme si fière et si dure Où l'amour, en sa folle ardeur, N'entre avec la subtile odeur.

SYMPHONIE DES SAISONS. Ip

Si tu ne veux qu'elle t'enivre^ Il ne faut respirer ni vivre; Il faut fuir l'odeur du rosier Et son poëte au doux gosier.

Fuis cet air que Pété respire ; Fuis cette chanson qu'il soupire ; Fuis vers ces monts toujours couverts Du neigeux manteau des hivers.

ADAH

Pour vous, ô mon frère, ô mon maître !

J'abandonne, à jamais peut-être,

Ma mère et nos dieux offensés.

Je vais, dans mon idolâtrie.

Sans nom, sans autel, sans patrie...

Mais si tu m^aimes, c'est assez.

Le bonheur dont ta voix m'inonde Me paierait la perte d'un monde.

Ton regard ouvre au mien les cieux ; Si sa clarté m'était ravie, Je donnerais toute une vie Four un seul éclair de tes yeux.

Vois le ciel, la mer qui flamboie:

Entends ces oiseaux dans leur joie :

Respire à flots l'air embaume.

Goûtons ces splendeurs infinies,.

Viens ! la clef de ces harmonies, C'est l'amour, ô mon bien-aimé !

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