VOIX DE LA MER
Un désir, une ardeur immense Court jusqu'au fond des flots amers :
C'est l'amour qui jette en démence Et fait gronder l'esprit des mers.
La mer, la belle mer de Grèce S'enfle et rougit d'une caresse, S'embrase au soleil d'Orient, Et, de la vague où tout palpite, Voici que la blanche Aphrodite Sort toute nue en souriant.
Elle vient, la déesse blonde; Tout cède au charme de ses yeux; Elle vient, la fille de Tonde, Régner sur l'homme et sur les dieux.
Dès lors, on entend sur tes plages Rire, ô mer! les amours volages, Et retentir leurs doux sanglots.
Et l'on voit tes nymphes hardies, Accourant à leurs mélodies.
Plonger avec eux sous les flots.
Mais la brillante et folle écume D'oii sort la belle au sein d'argent.
Cache au fond ta noire amertume, O mer ! ton désir est changeant.
L'astre d'or, qui, durant des lieues,
Enflamme ainsi tes vagues bleues.
S'éteint sous les flots rembrunis...
O Vénus ! et l'eau qui sommeille Berce, hélas ! ta conque vermeille.
Sur des abîmes infinis.
Les mers, si nous voguons ensemble, N'ont pas de courroux dont je tremble ; Je m'y berce en paix sur ta foi.
Viens ! dans ces mondes que j'ignore, Sous un ciel plus torride encore, O mon amour, emporte-moi!