‹ Œuvres poétiquesChapitre 65 sur 124 · LES LACS DES MONTAGNES · texte numérisé non relu

LES LACS DES MONTAGNES

Monte encore, et sur les faîtes Cherche, à l'orient vermeil, Des voluptés plus parfaites Que l'oubli dans le sommeil.

Ton âme, en nos flots trempée,

l6o LES SYMPHONIES.

Comme l'acier de l'épée, Doit flamboyer au soleil.

L'argent de ma zone blanche Encadre mon bleu miroir ; Le ciel est proche et se penche Sur l'eau sans plis pour s'y voir.

Mon sein, des chastes fontaines Qui vont jaillir dans vos plaines, ■ Est le profond réservoir.

Déjà ton pied qui s'allège A dépassé les grands bois ; Viens vers la coupe de neige, Où s'abreuvent les chamois; Jamais une main grossière, Jamais l'homme et sa poussière N'ont souillé l'onde oîi tu bois.

Viens t'y plonger', et, peut-être, Toi qui rêves liberté, Des vertus qui la font naître, Par nous tu seras doté.

Notre eau d'azur et de glace Prête à tous ceux qu'elle enlace Sa force et sa pureté.

C'est toi que je demande à la lumière, aux ondes, Toi qu'enferme la terre en ses reins de granit.

SYMPHONIE ALPESTRE, I(5l

Toi que je veux puiser à ces roches fécondes D'où jaillit le grand fleuve, où l'aigle a fait son nid.

Toi qui meus l'univers en ta base immobile, O force; ô bien suprême, ô mère des vertus ! Viens rapporter le calme en mes flancs abattus : L'homme reste agité quand son cœur est débile.

Ce repos que j'invoque, il n'appartient qu'aux forts ; Eux seuls auront connu cette paix souveraine Qui n'est point le sommeil, la torpeur où je dors; Eux seuls sont à jamais sans colère et sans haine.

Ici je sens mon âme et mon corps raff"ermis; J'aspire à pleins poumons la vie universelle; Un soleil créateur sur tout mon corps ruisselle. Et, mieux prêt au combat, je n'ai plus d'ennemis.

Ici, la nature ouvre à mon nouveau courage Un monde à conquérir sans y causer de pleurs J'y suis fier d'arracher les cristaux et les fleurs A ces sommets abrupts défendus par l'orage.

J'y sens, à chaque essor vers l'horizon vermeil, A chaque halte au bout d'une cime élancée. J'y sens la passion qui cède à la pensée Comme un feu plus grossier éteint par le soleil.

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