LES CHAMOIS
Si tu veux briser tes chaînes, Fuis au delà des grands chênes ;
l62 LES SYMPHONIES.
L'homme est encor trop près d'eux.
Prends, pour éviter ses pièges, Dans les rochers et les neiges, Prends nos sentiers hasardeux.
Le chamois à barbe blanche Au-dessus de l'avalanche Monte avec son pied de fer ; Le vieux chamois solitaire, Le seul des fils de la terre Qui soit resté libre et fier!
S'il te faut gras pâturage, Lit de fleurs et tiède ombrage, Retourne avec les troupeaux ; Fuis ces rocs où le pied saigne ; L'amant des hauteurs dédaigne La richesse et le repos !
Jamais, au prix d'une chaîne.
Je n'ai dans la tourbe humaine Accepté l'herbe ou le pain.
La liberté seule est douce; Avec elle un peu de mousse Prise au tronc d'un vieux sapin.
Sous un joug, fût-il de soie,
Mon cou jamais ne se ploie
Comme celui du chevreuil ;
Et jamais une caresse
N'éteint, quand mon front se dresse,
Le feu sombre de mon œil.
Le chamois noble et sauvage, Vivant au nid de l'orage, Mourra fidèle aux sommets.
Le chasseur qui suit ma trace Peut exterminer ma race...
Mais l'apprivoiser, jamais.
Courage, enfants de l'aurore!
Bravons l'homme un Jour encore, Demain nous serons sauvés; Son pied chancelle à mesure Qu'il trouve une arme plus siire, Et ses reins sont énervés ;
Il a perdu toute haleine Dans l'air épais de la plaine; Tous ses enfants naissent vieux, Et l'âme, dans leurs corps frêles.
N'a plus d'essor et plus d'ailes Pour monter si près descieux.
Mais, sur sa cime éternelle, Toujours l'Alpe maternelle Verra bondir d'un pied sûr, Fier de sa robuste adresse.
Le noir cliamois, qui se dresse Entre la neige et l'azur.
iôa les symphonies.