‹ Œuvres poétiquesChapitre 67 sur 124 · LE G L AGI · texte numérisé non relu

LE G L AGI

Il est sur l'AIpe immense, il est un froid empire

Où plus rien ne végète, où la nature expire,

Et dont nulle saison de joie ou de douleur

Ne change au gré des jours l'immobile couleur.

Là nul être vivant n'a Jaissé de vestige,

Et le sang le plus chaud dans les veines se fige.

Lorsqu'à ces blancs sommets l'àme atteint dans son vol,

Le feu des passions meurt en louchant le sol ;

Car sur cette hauteur lumineuse et glacée

Rien ne peut habiter, si ce n'est la pensée.

Délivré de ton coeur et de tes sens épais,

Là ton esprit plus pur aura trouvé sa paix.

Va donc ! pour embrasser cette vierge sans tache,

Monte à travers la brume où sa tête se cache,

Tu verras, de là-haut, s'élargir l'horizon

Dans la sérénité de l'auguste raison,

En ton âme, ô poëte, aura su faire en elle

Le calme et la clarté de ma neige éternelle.

FR A NTZ.

Ici le jour rayonne, égal, tranquille et pur.

Sur la vie et les choses.

Et je vois du même œil, du haut de mon azur,

Les cyprès et les roses.

SYMPHONIE ALPESTRli. 165

Je promène au hasard un œil indifférent

Sur cette foule humaine, Et regarde couler le fleuve et le torrent

Sans amour et sans haine.

Ici, tout vain regret s'est éteint dans mon cœur ;

J'y pourrais voir paraître Mon siècle tout entier sans éprouver d'horreur,

Ni de mépris peut être.

Sur ces hauteurs de l'âme, établi sans retour, Loin des lieux où l'on pleure.

J'y sens flotter, avec un impassible amour, L'infini qui m'effleure.

Montons^ enveloppé dans notre austère orgueil.

Et si la foudre gronde, Là, nous aurons du moins soustrait notre cercueil

A la pitié du monde.

LA CLOCHE DE l'hOSPICE

Voyageur errant, La nuit te surprend, L'avalanche est proche." Entends-tu, dans l'air, Vibrer un son clair?

Entends-tu la cloche .''

Pour si haut voler Et pour t'appeler

Par des sons fidèles, Notre lourd métal Dans le feu natal A trouvé des ailes.

Le fondeur pieux, Qui fit pour les cieux La cloche aumônière, Au bronze écumant Mêla saintement L'or de sa prière.

Et l'oiseau d'airain, Cher au pèlerin Qui sur lui se règle.

S'est venu percher Au bout du clocher, Plus haut qu'un nid d'aigle.

Or, toutes les fois Qu'on entend sa voix Tinter à l'oreille, La nuit ou le jour.

C'est l'ardent amour Qui frappe et l'éveille.

Il dit : qu'au désert Un cœur reste ouvert.

Un toit qui protège; Qu'en des lampes d'or

Un feu brûle encor A travers la neige!

F R ANTZ

Qui m'a parlé plus haut que le glacier géant?

Est-ce une voix des hommes?

Vertu, qui fais ici subsister leur néant,

Il faut que tu te nommes!

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