‹ Œuvres poétiquesChapitre 68 sur 124 · CHOEUR DES HOSPITALIERS · texte numérisé non relu

CHOEUR DES HOSPITALIERS

Il est un feu dans l'âme et plus pur et plus chaud, Éclairant mieux pour elle un horizon sans borne ; Il est une vertu qui la porte plus haut Que ton orgueil vantant sa sérénité morne. Près de la sphère ardente où l'amour nous conduit, L'astre de ta raison est froid comme la nuit.

Tu ne la connus pas, en ta vie infertile, Cette clarté plus chaude et pourtant plus subtile. Cette flamme étrangère aux cœurs oii tu frappais! Tes amours ont vécu dans les pleurs, dans les chaînes ; Tous sont morts au milieu des mépris ou des haines.. Le nôtre est immortel et nous consume en paix !

Un perfide sommeil t'a surpris sur la neige Et va livrer ton cœur au néant qui t'assiège. Sur sa froide raison malheur à qui s'endort! Ne tiens pas pour sagesse et vrai repos de l'âme

r68 LES SYMPHONIES.

Ton impassible orgueil, cette lueur sans flamme; La pâle indifférence est la sœur de la mort.

Mais val sous ta froideur qui n'est rien qu'un mensonge, Un souci noble et pur à ton insu te ronge; Un amour doit renaître en ton cœur agité : Celui par qui notre âme, en son printemps vivace, Se couvre encor de fleurs dans ces déserts de glace. . . Viens l'apprendre avec nous : son nom est charité !

Viens! tu n'auras de paix que dans le sacrifice ; Coûte au moins les douceurs de ton amer calice L'homme, tu le sais bien, n'excelle qu'à souffrir ; Mais il peut de ses maux faire sa Joie intime, Si du prix de son sang il sauve une victime. Tu serais épargné si tu voulais t'offrir,

Si tu voulais monter sur la hauteur sereine Où s'éclipsent les sens, où l'âme est souveraine, Non pour fouler aux pieds tes souvenirs d'avril, Non pour t'ensevelir sous la neige qui tombe Et prendre ton orgueil pour chevet de ta tombe,.. Mais pour rester debout au poste du péril.

Nous n'avons pas si haut porté notre demeure Pour y rêver sans vivre et devancer notre heure, Et pour nous adorer dans notre oisif orgueil ; Mais, comme l'aigle aux cieux planant ivre de joie. Notre amour y vola pour découvrir sa proie Et l'embrasser au loin d'un plus large coup d'oeil.

SYMPHONIE ALPESTRE. Kjp

L'âme qui sait atteindre à la cime où nous sommes S'y rapproche de Dieu sans s'éloigner des hommes; Elle est là pour descendre et monter tour à tour, Et, des sommets parés de neige et de bruyères, Elle s'élance au ciel en gerbes de prières. Et revient sur la terre en semences d'amour.

IDYLLES Héroïques

DEDICACE

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