II. j
Ils s'animent encore à des plaisirs nouveaux; Qji'au matin sur sa couche, à me lire empressée, Lise du cloître austère éloigne sa pensée :
Chaque bruit qu'elle entend, que sa tremblante main Me glisse dans ses draps et tout près de son sein : Q.*un jeune homme, agité d'une flamme inconnue, S'écrie aux doux tableaux de ma muse ingénue ; « Ce poète amoureux, qui me connaît si bien, duand il a peint son cœur, avait lu dans le mien ».
Ah I portons dans les bois ma triste inquiétude. O Camille I l'amour aime la solitude.
Ce qui n'est point Camille est un ennui pour moi. Là, seul, celui qui t'aime est encore avec toi. Cbie dis-je? Ahl seul et loin d'une ingrate chérie. Mon cœur sait se tromper. L'espoir, la rêverie, La belle illusion la rendent à mes feux.
Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux, De ses refus d'apprêt oubliant l'artifice.
Indulgente à l'amour, sans fierté, sans caprice, De son sexe cruel n'ayant que les appas.
Je la feins quelquefois attachée à mes pas;
Je l'égaré et l'entraîne en des routes secrètes. Absente, je la tiens en des grottes muettes... Mais présente, à ses pieds m'attendent les rigueurs, Et, pour les songes vains de réelles douleurs. Camille est un besoin dont rien ne me soulage; Rien à mes yeux n'est beau que de sa seule image. Près d'elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux; Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux. Sur l'herbe, sur la soie, au village à la ville Partout, reine ou bergère, elle est toujours Gimille, Et moi toujours l'amant trop prompt à s'enflammer, Qji'elle outrage, qui l'aime et veut toujours l'aimer.
Ah 1 des pleurs 1 des regrets ! lisez, amis. C'est elle. On m'outrage, on me chasse, et puis on me rappelle. Non; il fallait d'abord m'accueillir sans détours. Non, non; je n'irai point. La nuit tombe; j'accours. On s'excuse, on gémit; enfin on me renvoie; Je sors. Chez mes amis je viens trouver la joie, Et parmi nos festins un billet repentant Bientôt me suit et vient me dire qu'on m'attend.
« Ëcoute, jeune ami de ma première enfance,
Je te connais. Malgré ton aimable silence,
Je connais la beauté qui t*a contraint d*aimer,
Qui t'agite tout bas, que tu n'oses nommer.
Certe un beau jour n'est pas plus beau que son visage.
Mais, si tu ne veux point gémir dans l'esclavage,
Sache que trop d'amour excite leur dédain.
Laisse- là quelquefois te désirer en vain.
11 est bon, quelque orgueil dont s'enivrent ces belles.
De leur montrer pourtant qu'on peut se passer d'elles.
Viens, et loin d'être faible, allons, si tu m'en crois,
Respirer la fraîcheur de la nuit et des bois;
Car, dans cette saison de chaleurs étouffée,
Tu sais, le jour n'est bon qu'à donner à Morphée.
Allons. Et pour Camille, elle n'a qu'à dormir. »
Passons devant ses murs. Je veux, pour la punir.
Je veux qu'à son réveil demain on lui rapporte
Qji'on m'a vu. Je passais sans regarder sa porte.
Qu'elle s'écrie alors, les larmes dans les yeux,
Que tout homme est parjure, et qu'il n'est point de dieux •
Tiens. C'est ici. Voilà ses jardins solitaires
Tant de fois attentifs à nos tendres mystères ;
Et là, tiens, sur ma tête est son lit amoureux,
Lit chéri, tant de fois fatigué de nos jeux.
Ah 1 le verre et le lin, délicate barrière
Laissent voir à nos yeux la tremblante lumière
Qui, jusqu'à l'aube au teint moins que le sien vermei',
Veille près de sa couche et garde son sommeil.
C'est là qu'elle m'attend. Oh ! si tu l'avais vue.
Quand, fermant ses beaux yeux, mollement étendue.
Laissant tomber sa tête, un calme pur et frais Comme aux anges du ciel fait reluire ses traits 1 Ah I je me venge aussi plus qu'elle ne mérite. Un vain caprice, un rien. Ami, fuyons bien vite; Fuyons vite, courons. Mes projets seront sûrs Qjiand je ne verrai plus sa porte ni ses murs.
Mais ne m*a-t-elle pas juré d'être infidèle?
Mais n'est-ce-donc pas moi qu'elle a banni loin d'elle? Mais sa voix intrépide, et ses yeux, et son front. Ne se vantaient-ils pas de m* avoir fait affront? C'est donc pour essuyer quelque nouvel outrage, Pour l'accabler moi-même et d'insulte et de rage, La prier, la, maudire, invoquer le cercueil, Qpe je retourne encor vers son funeste seuil. Errant dans cette nuit turbulente, orageuse.
Moins que ce triste cœur noire et tumultueuse? Ce n'était pas ainsi que, sans crainte et sans bruit. Jadis à la faveur d'une plus belle nuit.
Invisible, attendu par des baisers de flamme... O toi, jeune imprudent que séduit une femme, Si ton cœur veut en croire un cœur trop agité,
126 ŒUVRES d'ANDRÉ DE CHÉNIER
Ne courbe point la tête au joug de ta beauté.
Rit plutôt de ses feux et méprise ses charmes.
Vois d'un œil sec et froid ses soupirs et ses larmes.
Règne en tyran cruel ; aime à la voir souffrir ;
Laisse-la toute seule et transir et mourir.
Tous ses soupirs sont &ux, ses larmes infidèles.
Son souris venimeux, ses caresses mortelles.
Ahl si tu connaissais de quel art inouï
La perfide enivra ce cœur qu'elle a trahi !
De quel art ses discours (faut-il qu'il m'en souvienne I)
Me faisaient voir sa vie attachée à la mienne 1
Avait-elle bien pu vivre et ne m'aimer pas?
Combien de fois, de joie expirante en mes bras.
Faible, exhalant à peine une voix amoureuse,
« Ahl dieux 1 s'écriait-elle, ahl que je suis heureuscl
Combien de fois encor, d'une brûlante main
Pressant avec fureur ma tête sur son sein.
Ses cris me reprochaient des caresses paisibles I
Mes baisers, à l'entendre, étaient froids, insensibles;
Le feu qui la brûlait ne pouvait m'enflammer;
Et mon sexe cruel ne savait point aimer !
Et moi, fier et confus de son inquiétude,
Je faisais le procès à mon ingratitude;
Je plaignais son amour et j'accusais le mien ;
Je haïssais mon cœur, si peu digne du sien.
Je frissonne. Ah 1 je sens que je m'approche d'elle.
Oui, je la vois, grands dieux 1 cette maison cruelle
Que sans trouble jamais n'abordèrent mes pas.
Mais ce trouble était doux, et je ne mourais pas.
Mais elle n'avait point, sans pitié même feinte, Rassasié mon cœur et de fiel et d'absinthe.
Ah! d'aflfronts aujourd'hui je la veux accabler. Ùe véritables pleurs de ses yeux vont couler. Tout ce qu'ont de plus dur l'insulte, la colère. Je veux... Mais essayons plutôt ce que peut faire Ce silence indulgent qui semble caresser, Qui pardonne et rassure, et plaint sans offenser. Oui, laissons le dépit et l'injure farouche : Allons, je veux entrer le rire sur la bouche. Le front calme et serein. Camille, je veux voir S'il est vrai que la paix soit toute en mon pouvoir. Prends courage, mon cœur : de douces espérances Me disent qu'aujourd'hui finiront tes souffrances.
Et c'est Glycère, amis, chez qui la table est prête?
Et la belle Amélie est aussi de la fête;
Et Rose, qui jamais ne lasse les désirs,
Et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs?
Et sa sœur aux accents de la voix la plus rare
Unira, dites-vous, les sons de la guitare?
Et nous aurons Julie, au rire étincelant,
Au sein plus que Talbâtre et solide et brillant?
Certô, en pareille fête autrefois je l'ai vue.
Ses longs cheveux épars, courante, demi-oue :
En ses bruyantes nuits Cithéron n'a jamais
Vu ménade plus belle errer dans ses forêts.
J'y consens. Avec vous je suis prêt à m'y rendre,
Allons. Mais si Camille, ô dieux I vient à l'apprendre?
Quel orage suivra ce banquet tant vanté.
S'il faut qu'à son oreille un mot en soit porté!
Ohl vous ne savez pas jusqu'où va son empire.
Si j'ai loué des yeux, une bouche, un sourire.
Ou si, près d'une belle assis en un repas.
Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas.
Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injure :
Un mot, un geste, un rien, tout était un parjure.
« Chacun pour cette belle avait vu mes égards.
Je lui parlais des yeux, je cherchais ses regards. »
Et puis des pleurs 1 des pleurs... que Memnon sur sa cendre
A sa mère immortelle en a moins fait répandre.
Q}ie dis-je ? sa vengeance ose en venir aux coups ;
Elle me frappe. Et moi, je feins, dans mon courroux,
De la frapper aussi, mais d'une main légère,
Et je baise sa main impuissante et colère;
Car ses bras ne sont forts qu'aux amoureux exploits.
La fureur ne peut même aigrir sa douce voix.
Ah 1 je l'aime bien mieux injuste qu'indolente.
Sa colère me plaît et décèle une amante.
Si j'ai peur de la perdre, elle tremble à son tour;
Et la crainte inquiète est fille de l'amour.
L'assurance tranquille est d'un, cœur insensible. Loin 1 à mes ennemis une amante paisible ; Moi, je hais le repos. Quel que soit mon effroi De voir de si beaux yeux irrités contre moi, Je me plais à nourrir de communes alarmes.
Je veux pleurer moi-même, ou voir couler ses larmes, Accuser un outrage ou calmer un soupçon.
Et toujours pardonner ou demander pardon.
Mais quels éclats, amisi C'est la voix de Julie : Entrons. O quelle nuitl joie, ivresse, folie 1 Que de seins envahis et mollement pressés 1 Malgré de vains eflforts que d'appas caressés 1 Que de charmes divins forcés dans leur retraite I Il faut que de la Seine, au cri d« notre fête. Le flot résonne au loin, de nos jeux égayé, Et qu'en son lit voisin le marchand éveillé.
Écoutant nos plaisirs d'une oreille jalouse.
Redouble ses baisers à sa trop jeune épouse.
Reste, reste avec nous, ô père des bons vînsl Dieu propice, ô Bacchus 1 toi dont les flots divins
Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore: Toi, devant qui l'amour s'enfuit et s'évapore, Comme de ce cristal aux mobiles éclairs Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs.
Et bien! mes pas ont ils refusé de vous suivre? « Nous venions, disiez-vous, te conseiller de vivre. Au lieu d'aller gémir, mendier des dédains.
Suis-nous, si tu le peux. La joie à nos festins T'appelle. Viens, les fleurs ont couronné la table; Viens, viens y consoler ton âme inconsolable. » Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin Mon cœur tranquille et libre avait aucun besoin. Camille dans mon cœur ne trouve plus des armes, Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes; Ma pensée est loin d'elle, et je n'en parle plus; Je crois la voir muette et le regard confus.
Pleurante. Sa beauté présomptueuse et vaine Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chaîne, Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis? Jeune homme, apporte-nous d'autres fleurs et des fruits. Qu'est-ce, amis ? nos éclats, nos jeux se ralentissent 1 Que des verres plus grands dans nos mains se remplissent. Pourquoi vois-je languir ces vins abandonnés, Sous le liège tenace encore emprisonnés?
Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie, Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie.
Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux. Ou la vigne foulée aux pressoirs de Cîteaux.
Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille
Qui, cher à ses amis, à l'amour indocile.
Parmi les entretiens, les jeux et les banquets.
Laisse couler la vie et n'y pense jamais.
Ah ! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie
Feignent malaisément et le rire et la joie I
Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi ;
Son fantôme attrayant est partout devant moi;
Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.
Peut-être aux feux du vin que l'amour se réveille?
Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés,
Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.
J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance.
Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence.
Du moins il m'en souvient, quand, autrefois, auprès
De cette ingrate aimée, en nos festins secrets
Je portais à la hâte à ma bouche ravie
La coupe à demi-pleine à ses lèvres saisie.
Ce nectar, de l'amour ministre insidieux.
Bien loin de les éteindre, aiguillonnait mes feux.
Ma main courait saisir, de transport chatouillée,
Sa tête noblement folâtre, échevelée.
Elle riait; et moi, malgré ses bras jaloux.
J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux;
J'avais soin de reprendre, utile stratagème
Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même
Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants,
Les cherchaient, les suivaient, et les étaient longtemps.
Ahl je l'aimais alors 1 Je l'aimerais encore. Si de tout conquérir la soif qui la dévore Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager. Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger, Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre, Si je ne l'abhorrais ! Ah 1 qu'un cœur est à plaindre De s'être à son amour longtemps accoutumé, Q;iand il £aut n'aimer plus ce qu'on a tant aimél Pourquoi, grands dieux ! pourquoi la fîtes-vous si belle? Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle : Que m'importe qu'un autre adore ses attraits, Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets; Que tous deux en riant ils me nomment peut-être; De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître ; Qm'uu autre ait ses baisers, son cœur; qu'une autre main Poursuive lentement des bouquets sur son sein? Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pensée 1 Riez, amis; nommez ma fureur insensée.
Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars Me coucher sur sa porte, implorer ses regards; Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes; Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes, Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort, Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.
Va, sonore habitant de la sombre vallée, Vole, invisible écho, voix douce, pure, ailée, Qui, tant que de Paris m*éIoignent les beaux jours, Aimes à répéter mes vers et mes amours.
Les cieux sont enflammés. Vole, dis à Gimille Que je l'attends, qu'ici, moi, dans ce bel asile. Je l'attends ; qu'un berceau de platanes épais La mène en cette grotte, où l'autre jour au frais, Pour nous, s'il lui souvient, l'heure ne fut point lente. Va. Sous la grotte, ici, parmi l'herbe odorante, Dont l'œil même du jour ne saurait approcher. Et qu'égayé en courant, l'eau, fille du rocher...
Il n*est donc plus d'espoir, et ma plainte perdue A son esprit distrait n'est pas même rendue 1 Couchons-nous sur sa porte. Ici, jusques au jour
Elle entendra les pleurs d'un malheureux amour.
Mais, non... fuyons... Une autre, avec plaisir tentée,
Prendra soin d'accueillir ma flamme rebutée,
Et de mes longs tourments pour consoler mon cœur...
Mais plutôt renonçons à ce sexe trompeur.
Qui : moi ? j'aurais voulu sur ce seuil inflexible
Tenter à mes douleurs un cœur inaccessible;
J'aurais flatté, gémi, pleuré, prié, pressé,...
A me dire coupable elle m'aurait forcé...
Que l'amour au plus sage inspire de folie!
Allons ; me voilà libre, et pour toute ma vie.
Oui, j'y suis résolu; ^e n'aimerai jamais;
J'en jure... Ma perfide avec tous ses attraits
Ferait pour m'apaiser un effort inutile...
J'admire seulement qu'à ce sexe imbécile
Nous daignons sur nos vœux laisser aucun pouvoir;
Pour repousser ses traits, on n'a que le vouloir.
Ingrate que j'aimais, je te hais, je t'abhorre...
Mais quel bruit à sa porte... Ah 1 dois-je attendre encore ?..
J'entends crier les gonds... On ouvre, c'est pour moil
Oh! ma... m'aime et me garde sa foi...
Je l'adore toujours... Ah! dieux! ce n'est pas elle!
Le vent seul a poussé cette porte cruelle.
Eh bien! je le voulais. J'aurais bien dû me croire! Tant de fois à ses torts je cédai la victoire 1 Je devais une fois du moins, pour la punir, Tranquillement l'attendre et la laisser venir. Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience Hier sut me contraindre à la fuite, au silence, Ce matin, de mon cœur trop facile bonté 1 Je veux la ramener sans blesser sa fierté; J'y vole; contre moi je lui cherche une excuse. Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse! C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux ; Je prends sur sa faiblesse un empire odieux.
Et sanglots et fureurs, injures menaçantes, Et larmes, à couler toujours obéissantes ; Et pour la paix il faut, loin d'avoir eu raison, Confus et repentant, demander mon pardon.
O Camille I Camille!...
Tout mortel se soulage à parler de ses maux.
Le suc que d'Amérique enfantent les roseaux
Tempère au moins un peu les breuvages d'absinthe.
Ainsi le fiel d'amour s'adoucit par la plainte ;
Soit que le jeune amant raconte son ennui
A quelque ami jadis agité comme lui.
Soit que, seul dans les bois, ses éloquentes peines
Ne s'adressent qu'aux vents, aux rochers, aux fontaines.
Allons, l'heure est venue, allons trouver Camille. Elle me suit partout. Je dormais, seul, tranquille; Un songe me l'amène, et mon sommeil s'enfuit. Je la voyais en songe au milieu de la nuit; Elle allait me cherchant sur sa couche fidèle, Et me tendait les bras et m'appelait prés d'elle. Les songes ne sont point capricieux et vains ;
Ils ne vont point tromper les esprits des humains. De l'Olympe souvent un songe est la réponse, Dans tous ceux des amants la vérité s'annonce. Quel air suave et frais I le beau ciell le beau jouri Les dieux me le gardaient; il est fait pour l'amour.
Quel charme de trouver la beauté paresseuse, De venir visiter sa couche matineuse.
De venir la surprendre au moment que ses yeux S'eflForcent de s'ouvrir à la clarté des cieux. Douce dans son éclat, et fraîche et reposée, Semblable aux autres fleurs, filles de la rosée! Oh 1 quand j'arriverai, si, livrée au repos.
Ses yeux n'ont point encor secoué les pavots, Ohl je me glisserai vers la plume indolente.
Doucement, pas à pas, et ma main caressante Et mes fougueux transports feront à son sommeil Succéder un subit, mais un charmant réveil ; Elle reconnaîtra le mortel qui l'adore.
Et mes baisers longtemps empêcheront encore.
Sur ses yeux, sur sa bouche empressés de courir. Sa bouche de se plaindre et ses yeux de s'ouvrir.
Mais j'entrevois enfin sa porte souhaitée.
Que de bruit 1 que de chars ! quelle foule agitée I Tous vont revoir leurs biens, leurs chimères, leur or; Et moi, tout mon bonheur, Camille, mon trésor. Hier, quand malgré moi je quittai son asile.
Elle m'a dit : « Pourquoi t'éloigner de Camille?