AU DIRECTEUR DE LA SICIL1A CATTOLICA
gresse? Les cinquante années qui suivirent les Vêpres Siciliennes n'ont-elles pas été des plus humiliantes pour votre île, réduite à n'être bientôt plus qu'une province du royaume d'Aragon? Où trouver dans tout cela un prétexte quelconque pour célébrer si bruyamment le massacre de nos Angevins? Et ne sommes-nous pas autorisés à dire qu'au point de vue historique une pareille fête est un vrai contre-sens?
Que la maison d'Anjou n'ait pas suivi à l'égard de la Sicile les conseils de sagesse et de modération qui lui étaient prodigués par les souverains Pontifes, personne ne le conteste; mais l'épouvantable vengeance des Vêpres Siciliennes a été hors de toute proportion avec les justes griefs de la noblesse et du peuple. Malgré 'ses défauts, qui étaient surtout ceux de son temps, Charles
cTAdjou n'en reste pas moins l'une des plus hautes et des plus fières figures qui apparaissent vers la fin du XIIIe siècle. La Sicile n'a certes pas à rougir d'avoir compté parmi ses souverains le fils de Blanche de Castille, le frère de saint Louis, pas plus que le royaume de Naples ne saurait sans ingratitude oublier les Robert et les René d'Anjou, ces grands initiateurs des lettres et des arts. Rien ne saurait d'ailleurs porter atteinte à l'honneur de cette glorieuse maison d'Anjou, dont les premiers trônes de l'Europe ont tour à tour apprécié la loyauté et la bravoure, et qui, de Poitiers à Saint-Jean-d'Acre, a brillé sur tous les champs de bataille, partout où il s'agissait de défendre la cause de la foi et de la civilisation chrétienne.
Je ne saurais donc pour ma part regretter