‹ Œuvres polemiques (volume 3)Chapitre 5 sur 8 · DISCOURS A L'ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

DISCOURS A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

(séance du 13 août 1884)

Contre la suppression des prières publiques.

Messieurs, au terme de ces débats et dans l'état de fatigue et de lassitude où se trouvent tous les membres de cette Assemblée — et, certes, je ne m'en excepte pas — je ne saurais avoir l'intention de faire un long discours.

D'ailleurs, ayant déjà eu l'occasion d'exposer devant la Chambre des députés les motifs qui doivent vous faire repousser

la proposition dont vous êtes saisis, je considère comme superflu de donner à ma pensée de plus amples développements.

(Très bien! très bien! à droite.) Cependant, il importe de bien préciser l'état de la question.

Un membre à gauche. Nous la connaissons.

MGR Freppel. Après les graves discussions qui viennent d'avoir lieu, dans cette enceinte, tant sur l'organisation du Sénat que sur l'application du droit de révision de la forme républicaine du gouvernement, il semblerait à première vue que le paragraphe actuellement en discussion ne dût présenter qu'un intérêt secondaire et ne se rattacher à tout le reste qu'à titre de disposition accessoire.

M. Clemenceau. C'est ce qu'il y a de

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plus sérieux dans la révision. Il n'y a même que cela!

MGR Freppel. C'est précisément ce que j'ai l'intention de dire. Je ferai cependant observer à mon honorable collègue de la Chambre des députés, M. Clemenceau, que, selon certaines personnes, la suppression des prières publiques n'a jamais été, dans la pensée du ministère... comment diraije? qu'une sorte de passeport, quelque chose comme des lettres d'accompagnement...

M. le comte de Douville-Maillefeu. Des lettres d'obédience!

MGR Freppel. ... Des lettres d'obédience, si vous aimez mieux, destinées à faire passer la révision partielle auprès d'une fraction de l'Assemblée plus ou moins défavorable aux idées religieuses. Quelque

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vraisemblable que puisse être cette opinion, je ne saurais la partager. J'estime, au contraire, que, dans la pensée de ceux qui la proposent, la suppression des prières publiques a une plus haute portée et qu'elle achève de donner à la révision des lois constitutionnelles son sens authentique et son véritable caractère. (Très bien! très bien! à droite.) Aussi bien n'y a-t-il aucune témérité à penser que la question religieuse n'était pas étrangère aux préoccupations d'une partie de cette Assemblée concernant l'organisation du Sénat et ses attributions financières. Il faudrait, en effet, n'avoir prêté qu'une attention distraite au langage tenu dans la presse et apporté à la tribune pour ne pas s'être aperçu que le sous-entendu de toute cette discussion, c'est en grande

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partie le budget des cultes. (Mouvements en sens divers.) C'est parce qu'on désespère d'arriver à la suppression du budget des cultes, à la dénonciation du Concordat et à la séparation de l'Église et de l'État, avec le Sénat tel qu'il est présentement constitué — et je le dis à l'honneur de ce grand corps — c'est pour cela qu'on vous a proposé d'en modifier le recrutement et les attributions budgétaires. En d'autres termes, la question religieuse est au fond de tout le mouvement révisionniste, et je n'en suis pas étonné. Je n'en suis pas étonné, parce que, je le dis avec une profonde douleur, l'hostilité contre la religion est le trait distinctif et le caractère dominant de la troisième république. (Très bien! très bien! — C'est vrai! à droite.)

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M. Malàrtre. Et c'est une bêtise!

MGR Freppel. ... Depuis le 4 septembre 1870,. (Bruit).

A gauche. Ne citez pas cette date!

MGIi Freppel... et plus particulièrement depuis quelques années, l'athéisme semble devenu le mot d'ordre du parti républicain. (Nouvelles interruptions sur divers bancs.)

M. Clemenceau. C'est une erreur!

Une voix au centre. C'est une exagération sans nom !

MGR Freppel. Laissez-moi vous prouver que ce que je viens de vous dire est la pure vérité.

Je sais bien que l'on cherche à dissimuler l'athéisme sous le nom de neutralité. (Très bien! très bien! à droite), mais il ne saurait v avoir de neutralité à l'écrard de Dieu.

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(Applaudissements à droite. — Exclamations et rires à gauche et au centre.)

M. Clemenceau. Vous avez raison!

Un membre à droite. Entendez-vous? On vous dit, à gauche, que vous avez raison. •.

MGR Freppel. Dire : Je ne m'occupe pas de Dieu, je ne m'inquiète pas de Dieu, je vis et j'agis comme si Dieu n'existait pas, c'est encore nier son existence, c'est toujours l'athéisme, avec l'audace en moins, et l'hypocrisie en plus. (Vifs applaudissements à droite).

M. Peyrat. La foi qui n'agit pas... Racine l'a dit avant vous en très beaux vers.

Mf!R Freppel. J'ai donc le droit de dire que l'athéisme est devenu le mot d'ordre de la troisième république.

Un membre à gauche. C'est très inexact!

M. de Baudry-d'Asson, s'adressant a la

gauche. — Ayez au moins le courage de vos opinions! (Exclamations à gauche et au centre,)

M. le Président. Monsieur de Baudryd'Asson, vous aviez été un modèle pendant presque toute une séance! (Rires,)

MGR Freppel. En effet, chasser ridée de Dieu de l'école, de l'hospice, du prétoire, de l'armée, de la famille, de l'État, de partout, tel est le but constant et invariable poursuivi, à peu d'exceptions près, par le parti républicain. (Très! très bien! adroite.)

Et cependant, Messieurs, malgré les efforts tentés, depuis plusieurs années, pour introduire et faire pénétrer l'athéisme dans les lois, dans les mœurs, dans les institutions, dans toutes les manifestations de la vie publique et sociale, rien n'était fait tant que le nom de Dieu restait inscrit au fron-

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tispice de la Constitution, (Très bien! et applaudissements.)

Aujourd'hui, on vous propose de l'en effacer, de l'en retrancher, pour bien montrer que la République qu'on veut faire triompher dans ce pays, c'est la République athée. (Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.) Voilà le véritable sens de la suppression des prières publiques !

Voix nombreuses à droite. Parfaitement,

MGR Freppel. Eh bien, quelle sera la conséquence de l'acte que l'on vous propose de faire? Cette conséquence, mais, Messieurs, elle saute aux yeux. A partir du moment où, par un pareil outrage à Dieu, vous aurez déclaré au pays...

Un membre à l'extrême gauche. Dieu se vengera...

MGR Freppel. ... que République est syno-

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Dyme d'athéisme, c'est vous-même qui aurez fait à tous les catholiques, que dis-je? à tous les hommes qui croient eu Dieu un devoir impérieux et indispensable de combattre à outrance tout ce qui touche de près ou de loin à la République. (Vifs applaudissements à droite.)

M. Allain-Targé. Ce sont des paroles de haine.

M. Ordinaire. C'est un langage de factieux!

MGR Freppel. Quand je déroulais cette conséquence devant la Chambre des députés, un de mes honorables collègues de la droite, dont j'estime grandement le talent et le caractère, me répondait : « Tant mieux! Il est bon que Ton sache qu'il n'y a rien de commun entre l'idée de Dieu et la République. )> (Exclamations à gauche et au

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centre. Très bien! très bien! à droite.)

Eh bien, j'en demande pardon à l'honorable M. de Cassagnac, dont je regrette en ce moment l'absence dans cette enceinte; mais, moi, je ne dis pas : « Tant mieux! » je dis : « Tant pis! » (Très bien! très bien! à droite.)

Car, pour l'honneur de la France, il ne m'est pas indifférent que le gouvernement de mon pays, quelque nom qu'il porte, se glorifie ouvertement d'être un gouvernement d'athées. (Applaudissements à droite.)

Un membre au centre. On ne propose pas de supprimer les prières publiques, mais de les déconstitulionnaliser.

MGR Freppel. Car enfin, je le répète, et j'insiste sur ce point, l'acte qu'on vous propose de faire est une profession d'athéisme.

M. de Pkessensé. Je demande la parole.

(Applaudissements au centre. Mouvement prolongé.)

Un membre à l'extrême gauche. C'est la concurrence qui demande la parole!

MGR Freppel. ... ce que Ton vous propose de faire, c'est un véritable acte d'abjuration et d'apostasie officielle et légale, car déclarer en face de la France et du monde entier que les prières publiques sont de trop, que vous pouvez vous passer du secours de Dieu. (Oui! oui! à l'extrême gauche.)... que vous vous suffisez à vous-mêmes. (Oui ! oui ! sur les mêmes bancs)... que la Providence n'a rien à voir dans les affaires du pays, qu'est-ce autre chose, sinon une profession d'athéisme expresse et formelle? (Applaudissements à droite.)

On viendra tout à l'heure à cette tribune soutenir le contraire; mais je me permettrai

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de faire observer d'avance à l'honorable contradicteur qui s'annonce... (Rires ironiques à l'extrême gauche) qu'autre chose est d'inscrire des prières publiques dans une constitution, autre chose de les en effacer, de les en retrancher, quand elles s'y trouvent depuis plusieurs années, et que pendant tout ce temps-là on a accoutumé les populations à toutes ces grandes manifestations religieuses. (Très bien ! très bien! à droite.)

Supprimer les prières publiques dans de telles conditions, ce n'est pas un oubli ni une simple omission, ce n'est pas seulement une prétention ; c'est un acte formel d'hostilité à la religion, c'est une sorte d'abjuration, comme disait l'honorable M. Wallon au Sénat. (Très bien! très bien! à droite.)

M. de Baudry-d'Asson. Elles n'étaient cependant pas dangereuses, car on y voyait assister pour représenter le gouvernement des libres-penseurs et des crocheteurs.

MGR Freppel. Et quelles sont encore les conditions dans lesquelles on vous propose de supprimer les prières publiques? permettez-moi de vous le dire, ces conditions sont les plus injurieuses, les plus outrageantes pour la divinité : c'est au moment même où vous décrétez l'éternité de la république que vous effacez le nom de Dieu du frontispice de la Constitution. (Rires et exclamations à l'extrême gauche. — Applaudissements à droite.)

M. Vernhes. Monsieur Freppel, Voulezvous me permettre un mot?

M. le Président. Vous n'avez pas la parole, Monsieur Vernhes.

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