‹ Œuvres polemiques (volume 5)Chapitre 10 sur 26 · SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET

Angers, le 15 juillet 1879.

Mon cher Père,

Je vous remercie de m 'avoir envoyé vos lettres si nettes et si vives en réponse aux attaques de MM. Jules Ferry et Paul Bert contre l'enseignement catholique. Ce sont des modèles de bonne et solide réfutation, et je désire grandement que vos éditeurs les répandent par milliers, afin d'édifier le public français sur la valeur des procédés qu'emploient nos adversaires.

Il ne reste plus rien à dire sur le P. Gury, sinon que, jamais, l'ignorance et la. légèreté ne se sont permis pareilles licences envers un théologien de grand mérite.

Mais je vous l'avoue bien, la réputation de M. Moullet ne m'est pas non plus indifférente. Vous avez eu cent fois raison de faire observer que « le R. P. Moullet, » comme l'appelle M. Paul Bert, était un prêtre séculier qui n'appartenait ni de près ni de loin à la Compagnie de Jésus, pas plus qu'à aucun autre ordre religieux. Mais il n'est pas moins interdit de calomnier un prêtre séculier qu'un père jésuite; et pour vous montrer un nouvel échantillon du genre adopté par M. Paul Bert, je crois devoir appeler votre attention sur la citation suivante :

Voici les mots que M. le Député met sous la plume de M. Moullet: « On doute s'il est permis de tuer un homme qui veut s'emparer de biens temporels d'une grande valeur, niais non cependant nécessaires à la vie. » (Journal officiel du 6 juillet 1879, page 6216.) M. Paul Bert s'arrête là. Vous croyez sans doute avoir sous les yeux le texte complet de M. Moullet. Pas le moins du monde.

M. Paul Bert, pour mettre le moraliste en défaut, supprime tout simplement les mots qui suivent immédiatement, et qui sont tellement essentiels, que le moraliste les écrit en lettres italiques : Si aliter defendi nequeant, « si ces biens ne peuvent pas être défendus par d'autres moyens » (Compendium theologiœ moralis. Fribourg, 1834,, page 269.) Moyennant cette suppression, le

cas posé a tout un autre sens, et le tour est joué.

N'est-ce pas là, mon cher Père, le suprême de l'habileté entendue dans un sens qui n'est pas le nôtre ? Et rappelez-vous toujours bien ce que disait le même député : « Le jour où vous aurez apporté à cette tribune la preuve que les textes que j'ai cités sont, je ne dirai pas tronqués, le mot est trop commode, quand il s'agit d'une citation nécessairement incomplète, mais tronqués de manière à changer le sens, vous aurez le droit de dire, à la face de cette Chambre, que je suis un calomniateur. »

Agréez, mon cher Père, l'assurance de mon religieux dévouement en N.-S.

f Ch. -Emile,

Évoque d'Angers.

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