DE LA COMMISSION DES HOSPICES
Angers, le 12 décembre 1879.
Monsieur le Ministre,
Je viens de lire dans les journaux d'Angers l'arrêté par lequel vous avez constitué la commission administrative des hospices de la ville, et je ne veux pas tarder un instant à vous communiquer la pénible impression que me cause un pareil acte. Non content d'écarter les membres du clergé
catholique, vous placez en tête de votre liste le pasteur protestant. Ainsi, dans une ville de plus de soixante mille catholiques, où, d'après les recensements officiels, la minorité protestante est presque imperceptible, où il n'y a même pas de consistoire, mais un simple conseil presbytéral, c'est le ministre du culte dissident que yous choisissez, à l'exclusion des dix curés catholiques, pour représenter la religion au sein de la commission. Dans un hospice créé, doté, enrichi par les catholiques, et qui peut-être ne compte pas dans son histoire une seule fondation d'origine protestante, en présence de trois aumôniers catholiques, de soixante soeurs de charité catholiques, c'est au ministre protestant que vous confiez les fonctions d'administrateur, en ayant soin de
tenir à l'écart les chefs des dix paroisses catholiques de la ville. Je n'ai pas besoin d'en dire davantage sur une mesure qui parle assez d'elle-même. L'émotion qu'elle produit sur ceux qui la connaissent me prouve que tout le monde en comprendra le sens et la portée. Je dois me borner, pour ma part, à protester hautement contre un acte d'intolérance que je considère comme un affront fait au clergé et aux catholiques de la ville et du diocèse d'Angers.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Ministre, votre très humble serviteur,
f Ch. -Emile,
Évêque d'Angers.
2e LETTRE