M. LE COMTE DE DOUVILLE-MAILLEFEU
Certainement!
MGR Freppel... les protestants pour leurs prêches, les israélites pour leurs cérémonies, les francs -maçons pour leurs loges (Rires à gauche), les libres- penseurs pour leurs clubs.
Voilà où conduit l'argument que M. Rameau prétend tirer de la communalité du cimetière pour en bannir toute distinction des cultes. La conséquence de sa proposition, — et je termine par là, — c'est la profanation de nos cimetières, dans le présent; c'est dans l'avenir, la profanation de nos églises. (Très bien! à droite.)
Il est bon que le pays sache ce qui l'attend; et, pour notre part, nous ne manquerons pas de l'avertir. (Rires ironiques à gauche, — Applaudissements à droite.)
(séance DU 15 MARS 1881)
A l'occasion d'une convention passée entre le gouvernement et la Compagnie des Messageries maritimes, pour demander le maintien d'un article du cahier des charges concédant le transport gratuit aux missionnaires et aux religieuses. %
MrR Freppel. Messieurs, je n'avais aucunement l'intention de prendre la parole dans le cours de ce débat; mais à propos du cahier des charges annexé au projet de loi, il s'est produit, samedi dernier, un incident sur lequel il m'est impossible de garder le silence; car, de la suite qu'on voudra
bien y donner, dépend mon vote et celui de plusieurs de mes collègues.
Sans doute, la Chambre n'est pas appelée à voter sur les articles du cahier des charges; mais nous avons le droit de demander au Gouvernement de le maintenir dans son intégralité; nous avons le devoir de faire de ce maintien la condition de notre vote.,.
M. Maurice Rouvier, rapporteur. C'est voté !
M. Talandier. Ce serait la ruine du projet de loi !
MGR Freppel. C'est ce que je demande la permission de vous expliquer en peu de mots.
M. Peulevey et, après lui M. Madier de
Montjau, ont signalé à l'attention de la
Chambre l'article 28 du cahier des charges,
dont le paragraphe 3 est ainsi conçu :
« Les missionnaires des différents cultes
reconnus par l'État, sœurs de charité et tous autres religieux des mêmes cultes seront, s'ils sont Français, admis gratuitement à bord des paquebots, et — veuillez bien remarquer cette restriction, — en France, sur la réquisition du Ministre des Postes et des Télégraphes, transmise par le commissaire du gouvernement; dans nos colonies, sur celle du gouverneur; et à l'étranger sur celle des agents diplomatiques ou consulaires. »
M. le Rapporteur. Mais c'est voté!
MGR Freppel. Que cette clause ait eu le privilège de déplaire à nos deux honorables collègues, il n'y a là rien qui puisse exciter, de ma part, le moindre étonnement; que la commission, à son tour, par l'organe de son rapporteur, se soit empressée de souscrire à la suppression demandée, cela ne
me surprend pas davantage; mais ce que je ne saurais comprendre et ce que je me permets de trouver étrange, c'est qu'à l'instant même, sur la première réclamation, sans concert préalable avec la Compagnie des Messageries maritimes, le Gouvernement ait modifié de son propre chef le cahier des charges, et cela à son détriment. (Interruptions à gauche. Assentiment à droite.)
De quoi s'agit-il, en effet? Du droit des missionnaires et des sœurs de charité? Pas le moins du monde...
M. Clemenceau. Ce n'est pas un droit!
MGR Fkeppel. La convention ne leur en accorde aucun. 11 s'agit, messieurs, du droit du Gouvernement lui-même, du droit qu'il possède, vis-à-vis de la compagnie, de requérir le passage gratuit en faveur des
missionnaires et des sœurs de charité qu'il emploie pour ses propres services, pour ses pénitenciers, pour ses écoles, pour ses hôpitaux. (Marques d'approbation à droite.)
Voilà le droit reconnu par l'article 29 du cahier des charges, et c'est à ce droit de réquisition si naturel, si légitime, que M. le ministre des postes et des télégraphes a renoncé, samedi dernier, si prestement et avec tant de docilité!... (Réclamations à gauche. — C'est vrai! adroite.)... au profit de la compagnie, j'en conviens, mais aux dépens de l'Etat...
A gauche. — Non! non! C'est une erreur.
MGR Freppel... dont il a mission de soutenir et de sauvegarder les intérêts. (Très bien ! à droite.)
Eh bien, je trouve que cet abandon du droit de l'État est injustifiable à tous les
points de vue; et je demande au Gouvernement de le maintenir dans toute son étendue.
Un membre à gauche. — Il n'y a pas de religion d'État.
M. le PRÉsiDEnT. N'interrompez pas, messieurs.
MGR Freppel. Ah! sans doute, nous avons entendu M. Madier de Montjau parler d'embarras et d'ennuis que causeraient au Gouvernement dans ces lointains pays nos missionnaires et nos sœurs de charité.
Mais que notre honorable collègue me permette de le lui dire, il ne me paraît pas au courant de la question en ce qui regarde la Nouvelle-Calédonie, car c'est d'elle qu'il s'agic. J'ai voulu rechercher avec soin quels étaient ces ennuis et ces embarras, et je n'ai trouvé que des services.
Ces services, les voici résumé en peu de mots :
Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, avec lesquelles le Gouvernement français avait passé un contrat dès Tannée 1817 pour le service hospitalier du Sénégal et de l'île de la Réunion, sont aussi les seules religieuses établies dans la Nouvelle-Calédonie. Leur établissement à Nouméa a coïncidé avec la fondation même de la colonie. Elles s'y trouvent au nombre de 37, toutes occupées aux œuvres que leur confie le Gouvernement : écoles pour les indigènes comme pour les Européens, orphelinats, pénitentiers, hôpitaux militaires ou civils à Nouméa, à Païta, à l'île Nou, à Bourail, à l'île des Pins, dans la presqu'île Ducos.
Les sœurs de charité de la Nouvelle- Calédonie sont employées à la surveillance
des femmes transportées et donnent leurs soins aux déportes quand ils sont malades.
Chaque fois qu'il part de France un convoi de transportés ou de déportés, deux ou trois sœurs de Saint-Joseph de Cluny s'embarquent avec eux comme hospitalières. Il en est de même pour les convois de libérés qui reviennent de la Nouvelle-Calédonie en France.
Sous peu de jours, messieurs, plusieurs d'entre elles vont accompagner un convoi de soixante -dix femmes transportées; le convoi partira de Bordeaux ou du Havre, ce qui, pour le dire en passant, ne contredit pas trop la thèse de MM. Trarieux et Achard.
Jusqu'à ce jour, — et c'est là ce que je vous prie de bien remarquer, — aucune sœur de charité n'est allée dans la Nouvelle- Calédonie sans y avoir été appelée par le
Gouvernement. (C'est cela! Très bien! à droite.)
Il était donc tout naturel que l'État fit les frais du voyage, comme il est de toute justice qu'il se réserve pour l'avenir vis-à-vis des compagnies, — sauf à en user ou non, — le droit de requérir le passage gratuit pour les religieuses employées à son service. Où voyez-vous dans tout cela un privilège excessif, exorbitant, monstrueux? — le mot a été prononcé. — Ce qu'il y a d'incroyable, c'est que l'on applique de pareilles expressions à la chose du monde la plus simple et la plus naturelle, au transport gratuit de personnes que l'on envoie au sacrifice... (Exclamations à gauche. — Approbations à droite)... et souvent à la mort!
M. Verjshes. Les pompiers aussi?
MGR Fheppkl. 11 y a trois ans, quatorze
sœurs de Saint-Joseph de Cluny, appelées par le Gouvernement, ont succombé, au Sénégal, à une épidémie de fièvre jaune, en soignant les malades. Voilà les embarras et les ennuis qu'elles causent au Gouvernement. (Très bien ! très bien ! à droite.)
Il faut, du reste, messieurs, rendre cette justice aux transportés et aux déportés de la Nouvelle-Calédonie, qu'ils ne tiennent pas le langage employé l'autre jour à cette tribune, et qu'ils se sont toujours montrés pleins de respect et de reconnaissance pour les sœurs de Saint-Joseph de Cluny.
M. Vernhes. Et pourtant ce sont des assassins et des voleurs.
MGR Freppel. A la suite des événements de la Commune, ce sont les déportés euxmêmes qui ont demandé à M. de la Richerie, alors gouverneur de la Nouvelle-Calédonie
des religieuses pour desservir leur hôpital de la presqu'île Ducos. De retour en France on en a vu plusieurs venir à la maison-mère remercier les religieuses des soins qu'ils avaient reçus d'elles pendant leur détention.
Permettez-moi de vous lire un fragment de lettre écrite par un déporté au nom de ses compagnons. Vous en trouverez le ton quelque peu emphatique; mais Ton est toujours heureux de pouvoir rendre justice à de nobles sentiments :
« C'est à vous que je parle, mes sœurs; se pencher sur le Christ pour panser ses plaies, quelle mission divine! Nul mieux que vous ne remplit cette mission — ce n'est pas moi qui parle — c'est la grande voix de la déportation. (Oh! oh! exclamations et rires sur divers bancs.)
« Voilà votre récompense. Ce sourire qui
illumine votre visage et ïépand un baume bienfaisant sur de profondes blessures, n'est que le reflet d'une conscience satisfaite, résultat du devoir accompli. Aussi suis-je très heureux de trouver ici une place pour vous exprimer mes sentiments de haute estime, mérités par votre honorable caractère et votre dévouement envers ceux qui souffrent. »
M. Clemenceau. Le nom?
Voix à gauche. Le nom! le nom!
A droite. Non! non! Ne le donnez pas!
MGR Freppel. J'ai le regret de le dire, ce langage des déportés de la Commune contraste singulièrement avec celui qu'on a apporté à cette tribune samedi dernier. (Exclamations et rires à gauche. Très bien! à droite.)
M. Clemenceau. Le nom! le nom!
MGR Freppel. Je tiens la lettre à votre disposition.
M. Maurice Rouvier. Comment avez-vous pu hésiter à voter l'amnistie qui devait profiter à des personnes professant de tels sentiments? C'est inexplicable!
M. Madier de Montjau. Je demande la parole .
MGR Freppel. En effet, ces sentiments ne sont pas les vôtres. J'arrive aux missionnaires et je n'en dirai que deux mots.
M. Madier de Montjau refuse la gratuité du passage aux membres des communautés religieuses même autorisées; mais il Taccorde aux ministres du culte o lorsqu'ils se rendront à leurs postes, ou quand ils devront être rapatriés. » Il n'y a qu'un malheur à cette distinction, c'est qu'elle n'a pas d'objet, c'est qu'elle porte absolument à faux, par la raison bien simple que, dans la Nouvelle-Calédonie, tous les ministres du
culte sont membres de congrégations religieuses; par conséquent, si vous n'accordez le passage gratuit qu'aux prêtres de la Nouvelle-Calédonie qui ne sont pas des religieux, vous ne l'accorderez à aucun, attendu qu'ils le sont tous. Et ce fait n'a rien d'étonnant : on ne devient pas prêtre séculier pour exercer le saint ministère à Nouméa; il y faut un dévouement exceptionnel, un dévouement particulier aux congrégations religieuses! Chacun a sa vocation. (Exclamations à gauche.)
Vous avez, par exemple, la vocation d'être député. (Hilarité générale).
Mais si l'on vous envoyait prononcer vos discours à Nouméa ou au Sénégal (nouveaux rires), vous commenceriez, j'imagine, par remercier vos électeurs! (Rires approbatifs et applaudissements à droite.)
Et maintenant, messieurs, ai-je besoin d'ajouter que les compagnies anglaises ellesmêmes accordent à nos missionnaires et à nos sœurs de charité, 30, 40, 50 p. 0/0 de réduction? Et ce que font spontanément, du moins en partie, des compagnies étrangères, vous, gouvernement, vous ne vous réserveriez pas le droit de l'exiger d'une compagnie française, alors que le réclament vos intérêts et vos services! (Très bien! à droite.)
Je demande donc formellement le maintien pur et simple de l'article 29 du cahier des charges dans sa rédaction primitive. Autrement je me verrais obligé de voter contre un projet de loi...
M. de Mahy. Contre lequel vous avez déjà voté!
M R Freppel auquel on veut annexer
une clause que je trouverais indigne de la
France... (Très bien ! très bien! a droite. — Exclamations à gauche.) Vous ne voudrez pas sans doute, en fait de respect et de reconnaissance envers nos missionnaires et nos sœurs de charité, rester au-dessous des déportés et des Canaques! (Applaudissements à droite.)
M. Madier de Montjau essaie de répondre en insultant l'Eglise : « Nous savons de quel prix on paye, dit-il, ce que vous appelez la charité évangélique. — Lisez les lettres des médecins des hôpitaux de Paris, » lui réplique Monseigneur.
Le rapporteur, M. Rouvier, ayant demandé la parole quelques instants après, s'est plaint de ce que Mgr l'Evêque d'Angers ne soit pas intervenu plus tôt dans le débat :
MGR Freppel. M, le rapporteur me reproche de n'être pas intervenu samedi dernier dans le débat. Je lui répondrai que je n'avais pas alors de renseignements précis et détaillés sur le point en question, et que je n'aime jamais à parler de ce que je ne sais pas! (Très bien! très bien! à droite, — Rumeurs à gauche.)
J'ai préféré aller aux sources au lieu de vous présenter des observations qui à ce moment-là eussent été, comme celles de M. le rapporteur, plus ou moins vagues et incomplètes. (Très bien! à droite. — Exclamations à gauche.)
Je vous ai apporté aujourd'hui à la tribune des faits et des chiffres, et je regrette qu'on ne m'ait répondu que par des périodes.
(Nouvelles exclamations à gauche.)
A droite. Très bien! — C'est vrai!
M. Georges Périn. — Je vais vous répondre par des faits.
MGR Freppel. Au moins alors aurai -je une réponse; car, jusqu'à présent, je n'ai pas encore eu la bonne fortune d'en obtenir. (Nouvelles exclamations à gauche.)
M. le rapporteur s'appuie sur la faculté réservée aux ministres du culte d'obtenir le passage gratuit. Il n'a pas répondu à mon observation, qui est celle-ci : Dans la Nouvelle-Calédonie, tous- les ministres du culte sont des membres de congrégations religieuses... (Interruptions à gauche.) Par conséquent, si vous acceptez la rédaction proposée par M. Madier de Montjau, vous rendrez l'exercice du culte sinon impossible, du moins très difficile dans la Nouvelle-Calédonie.
On dit que nous sommes en présence d'un
fait accompli. Je ne saurais, pour ma part, accepter cette fin de non recevoir... (Exclamations à gauche.) Le gouvernement, — car c'est à lui que je me suis adressé, — est parfaitement libre de revenir...
M. Henri Villain. Et la Chambre?
MGR Freppel. Sur la demi concession qu'il avait faite samedi dernier, et qui est loin d'être un assentiment formel , car nous n'avons pas vu M. le ministre des postes et des télégraphes monter à cette tribune,. .
M. Henri Villain. Mais si! Il y est monté !
MGR Freppel. ... pour approuver la rédaction de M. Madier de Montjau, C'est son opinion nette et formelle que je le prie de nous faire connaître en ce moment.
Qu'il nous dise, oui ou non, s'il accepte l'article 29 du cahier des charges dans sa
teneur primitive, ou s'il se rallie à la rédaction de M. Madier de Montjau...
A gauche. Il Ta dit.
M. Cochery, ministre des postes et des télégraphes. — Je suis d'accord avec la commission du budget.
MGR Freppel. ... car je le répète, du maintien ou de la suppression du texte primitif dépendra mon vote et celui de plusieurs de mes collègues (Très bien ! très bien ! à droite. — Bruyantes exclamations à gauche.)
M. Georges Périn. Je désire fournir à la Chambre quelques renseignements complémentaires sur la question soulevée par l'honorable M. Freppel.
M. Freppel a dit que les missionnaires étaient en général, et en particulier en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie, des auxiliaires précieux pour la colonisation, que le
gouvernement trouvait en eux des aides dont il avait le plus grand besoin et sans lesquels il lui serait presque impossible de mener l'œuvre de la colonisation à bonne fin.
M*R Fiieppel. Je n'ai pas parlé de la colonisation, j'ai parlé de l'exercice du culte.
M. Georges Périn. Je ne crois pas dénaturer le sens des paroles de l'honorable préopinant en disant qu'il a légitimé la faveur du passage gratuit des missionnaires...
MGR Freppel. Des sœurs de charité, d'abord! (Rumeurs à gauche.)
M. Périn, qui était à la Nouvelle-Calédonie en 1865, reconnaît que les sœurs donnaient les soins les plus attentifs, les meilleurs aux déportés; mais il se plaint de ce qu'elles manifestent vis à vis d'eux un zèle religieux qui va beaucoup trop loin!
Quant aux missionnaires, oui, « ce sont des hommes courageux, mais il ne s'agit pas de savoir s'ils affrontent courageusement la mort, il faut voir s'ils ne créent pas le plus souvent des difficultés plutôt qu'ils ne rendent des services au gouvernement, et s'ils n'entravent pas la colonisation au lieu de la favoriser ! (Très bien ! très bien ! à gauche.)
« En nous plaçant sur ce terrain, dit M. Périn, j'arrive, messieurs, à cette conclusion, que le gouvernement donne des armes à ses adversaires, lorsqu'il intervient pour qu'on transporte gratuitement les missionnaires dans les colonies françaises. (Très bien! très bien! à gauche.) »
MGR Freppel. Je demande la parole.
Voix nombreuses au centre. — Aux voix!
aux voix! — La clôture.
M. le Président. La parole est à M. Freppel contre la clôture.
MGR Freppel. Je n'ai qu'un mot à dire. Il ne s'agit ni de colonisation, ni de mission entreprise par les maristes dans la Nouvelle- Calédonie; il s'agit de pénitenciers, d'hôpitaux civils et militaires, dans lesquels les missionnaires dont on vient de parler sont employés par le gouvernement lui-même comme aumôniers. Ces établissements se trouvent à Nouméa... (Interruptions. — La clôture !)
M. le Président. Je suis obligé de consulter la Chambre sur la clôture.
M. Georges Périn et plusieurs membres.
— Non! non! — Parlez!
M. le Président. La clôture n'étant pas appuyée, veuillez continuer.
M0R Freppel. . . à Nouméa, — car il faut citer
des faits et des noms, — à Nouméa comme à Païta, à Saint-Louis, à la Conception, à Ouen, à l'île des Pins, à Lifou, à Ouvéa, à Tyo, à Nakéty, à Windou, à Ouagap, à Pouébo, à Bondé, il y a des pénitenciers, des enceintes fortifiées, des hôpitaux desservis par les missionnaires dont il est question. Ces ministres du culte, les seuls qui se trouvent dans la colonie, vous ne pouvez pas vous passer d'eux, à moins de laisser les colons et les détenus sans secours religieux. (Dénégations à gauche.)
Ainsi donc, vous laisseriez les déportés et les femmes transportées sans ministre du culte? Ce serait cruel !
A gauche. Sans missionnaires, sans congrégations, ce qui n'est pas la même chose!
MGR Freppel. Mais, je vous l'ai déjà dit, il n'y a d'autres prêtres dans la Nouvelle-
Calédonie que des missionnaires, des membres de congrégations religieuses. Je demande donc derechef au gouvernement de maintenir l'article 26 du cahier des charges dans son intégrité. C'est là une mesure absolument nécessaire pour assurer le culte catholique dans la Nouvelle-Calédonie. (Très bien! très bien! à droite.) A gauche. Aux voix! aux voix!
en réponse à leur adresse du ÎO mars 1981
Angers, le 25 mars 1881.
Messieurs,
î ai été vivement touché des sentiments que m'exprime l'Association catholique de Porto. Ce qui me réjouit, au milieu des tristesses de l'heure présente, c'est de voir que> dans tous les pays, les enfants de la sainte Eglise comprennent de plus en plus la nécessité de s'unir étroitement pour la défense de leur foi. Hier, c'était vos frères d'Es-
pagne qui, sous la direction de leurs évoques, formaient une vaste association dont les efforts ont déjà été bénis de Dieu. Aujourd'hui, c'est vous qui cherchez comme eux à grouper vos forces, à mettre en commun vos lumières et vos bonnes volontés, afin de ranimer dans votre chère patrie les sentiments de foi qui, à d'autres époques, avaient fait sa grandeur et sa gloire.
Ah ! je comprends votre tristesse patriotique, quand vous comparez la situation présente du Portugal à l'ère presque inouïe de splendeur et de prospérité qu'il avait autrefois connue. Merveilleuse histoire que celle de ce pays, si limité dans son territoire, dans ses ressources, et parvenant, à force d'intelligence, de courage et d'activité, à se faire une si grande place sur la scène du monde; demandant à la mer une supériorité
que la nature et les événements lui refusaient du côté de la terre ferme; prenant l'Océan pour domaine et pour théâtre de sa gloire; et, à un moment donné, reculant ses bornes étroites jusqu'à des distances réputées infranchissables pour les pas de l'homme!
L'Afrique entamée au nord par la conquête et contournée dans toutes ses directions, les Indes rattachées à l'Europe, une partie de l'Amérique découverte, l'Océanie touchée pour la première fois, toute une ligne d'établissements reliés les uns aux autres de l'Occident à l'Orient sur une étendue que l'imagination a peine à concevoir : quelles entreprises et quels résultats ! Non jamais, peut-être, l'esprit d'initiative, joint à la persévérance, n'a su accomplir de telles œuvres dans un si court espace de temps et avec de si faibles moyens. Une nation qui
compte de si belles pages dans son histoire peut avoir ses mauvais jours, ses souvenirs désastreux d'Alcazar-Quivir, d'Almanza et de Méthuen; mais son passé permet de tout espérer pour son avenir, à la condition qu'elle demandera son relèvement aux mêmes causes qui avaient fait sa grandeur. Parmi ces causes de la grandeur passée du Portugal, vous signalez avec raison, messieurs, comme la première de toutes la foi catholique, qui était restée l'âme du peuple portugais depuis le jour où les Cortès de Lamégo identifiaient pour ainsi dire la patrie avec le christianisme. Citer les noms d'Alphonse Henriquez, d'Egaz Moniz, de Bernard Froias, de Perrez Corréa, de Martin Freitas, de Giraldo Giraldès, et de tant d'autres héros que j'appellerais volontiers autant de Viriathes chrétiens, c'est rappeler
les luttes à jamais mémorables que vos ancêtres ont eu à soutenir contre l'islamisme pour assurer l'indépendance de leur pays. Cet attachement inébranlable à la foi catholique a été, le trait caractéristique de l'histoire du Portugal; il lui a donné son lustre et son incomparable relief.
Qu'est-ce qui poussait vers des rivages inexplorés, à la suite de l'héroïque infant don Henri, ces hardis navigateurs qui se sont appelés tour à tour Barthélémy Diaz, Vasco de Gama, Alvarès Cabrai, Pacheco, Almeida et le grand Albuquerque? Sans doute, la patriotique pensée d'enrichir leur pays de nouvelles possessions; mais avant tout et par-dessus tout le désir d'arracher des âmes à l'idolâtrie et d'étendre le règne de Jésus-Christ par toute la terre. La religion marchait du môme pas que ces puis-
sants initiateurs et sanctifiait leurs conquêtes. Jean de Castro mourant entre les bras de saint François-Xavier, et s'entretenant avec lui, à cette heure suprême, de leurs travaux, de leurs espérances, de leurs communes victoires; l'intrépide défenseur de Diu donnant la main à l'apôtre des Indes pour mener de front l'œuvre de la colonisation et la propagation de l'Evangile : voilà l'image du Portugal aux grands jours de son histoire. Cette alliance intime de la religion et de la patrie, votre grand poëte national, Camoëns, Ta célébrée dans ses Lusiades, monument immortel du génie inspiré par la foi. Or, ne nous lassons pas de le dire aux peuples de race latine : les nations se soutiennent par les mêmes principes qui les ont fait naître. Voilà pourquoi la nationalité portugaise est si intimement liée à la con-
servation et aux progrès de la foi catholique. Toute votre histoire en témoigne, depuis les glorieuses journées d'Ourique et d'Aljubarota jusqu'à l'époque plus récente où le patriotisme de vos pères a su puiser tant d'énergie dans le sentiment religieux pour sauver votre indépendance un instant menacée. Ah! combien votre noble pays aurait gagné en puissance et en prospérité si, au lieu d'épuiser ses forces, depuis soixante ans, en luttes de partis, en compétitions stériles, il avait cherché à se retremper aux vraies sources de la grandeur morale! La franc-maçonnerie et les sociétés secrètes, dont l'action a été si malfaisante en Portugal, n'y auraient pas pris cet ascendant funeste, contre lequel vous luttez avec l'ardeur que vous inspire la vue d'un péril
devenu plus menaçant de jour en jour
pour les intérêts de la religion et du pays. Sans doute, les questions du gouvernement civil ont une haute importance, car c'est d'elles que dépend la prospérité, quelquefois même la vie ou la mort des nations. Le scepticisme n'est pas moins dangereux en politique que dans l'ordre philosophique ou moral, la politique n'étant pas autre chose que l'application du droit et de la justice au gouvernement des peuples. Voilà pourquoi Ton ne saurait envisager d'un œil indifférent tout ce qui s'y rattache. Mais comme les intérêts de la foi priment tout le reste, vous avez raison de leur assigner la première place dans vos préoccupations. Quelle que puisse être la situation politique d'un pays, en présence d'un pouvoir de fait comme d'un pouvoir de droit, il s'agit avant tout de défendre la foi par la parole et par l'action; de la dé-
fendre dans le domaine de l'enseignement, de la législation , de la vie publique ou privée.
Voilà le terrain sur lequel tous les catholiques peuvent et doivent se rencontrer et se donner la main, sans distinction de partis ni d'opinions personnelles. Cela n'empêche pas, en matière politique, le droit d'être le droit, ni la justice d'être la justice; cela n'enlève à personne la pleine liberté de ses mouvements; mais quelles que puissent être à cet égard leurs divergences de vues dans l'application des principes, les enfants de la sainte Église ne doivent avoir qu'un cœur et qu'une âme, lorsqu'il s'agit de combattre sous le drapeau de la foi, qui est le même pour tous.
Vous l'avez compris, messieurs, et dans un pays agité comme le vôtre par des luttes
séculaires, l'union catholique fera votre force contre les ennemis du nom chrétien. Puisse votre association servir d'exemple à tous les catholiques portugais, ranimer parmi eux le zèle pour les œuvres de foi, de charité, d'éducation, et devenir pour tout le pays le point de départ d'un mouvement salutaire et fécond! Nul n'y applaudira plus vivement et de meilleur cœur que votre très humble et très dévoué serviteur en Jésus-Christ.
f Gh. -Emile, Evèque d'Angers.
(séance du 5 avril 1881)
contre la déclaration d'urgence d'un projet de loi sur le recrutement de
l'armée.
MGR Freppel. Messieurs, je demande à la Chambre de ne pas déclarer l'urgence sur le projet de loi dont elle est saisie, et cela pour deux raisons.
La première raison, c'est qu'il ne saurait y avoir urgence à vous prononcerdans un sens ou dans l'autre. Voici pourquoi : les conseils de révision sont à la veille d'entrer en fonctions ; par conséquent, quel que puisse rtre le résultat de vos délibérations, elles ne sauraient avoir d'effet avant un an, avant
Tannée 1882. D'ici là, par la force des choses, la loi du 27 juillet restera en pleine vigueur. Je le répète donc, quelque modification que nous puissions y introduire, elle ne saurait avoir d'application avant le terme que je viens d'indiquer.
La deuxième raison est celle-ci : en vérité, messieurs, permettez-moi de vous le dire, il me semble qu'on abuse dans cette Assemblée des déclarations d'urgence, contrairement, je ne dirai pas au texte, mais à l'esprit du règlement. Chaque fois que vous êtes saisis d'un projet de loi important, on voit immédiatement le rapporteur se diriger vers cette tribune et demander l'urgence. Et dans quel but?
M. Dethou. Pour aller plus vite ! pour ne pas perdre de temps!
MGR Freppel. Dans le but évident, je dirai
exclusif, d'éviter une deuxième discussion, (Rires à gauche. — Très bien ! à droite.)
M. Labuze. Je demande la parole.
MGR Freppel. Eh bien, l'expérience a démontré maintes fois qu'une deuxième délibération est extrêmement utile... (Dénégations sur quelques bancs à gauche.)
M. Bourgeois. Voyez la séance d'hier!
MGR Freppel.,. Pour nous permettre de rectifier, de redresser, d'améliorer et de compléter les résultats de la première.
Un de mes honorables collègues vient de faire allusion à la séance d'hier, vous venez de fournir une excellente preuve en faveur de mon sentiment, en décidant l'admissibilité des officiers d'administration dans le corps de l'intendance, contrairement au vote que vous aviez émis dans une première délibération.
A droite. Très bien ! très bien !
MGR Freppel. Et vous avez bien fait. Pour ma part, je n'ai pas hésité à modifier mon opinion d'une délibération à l'autre, me sentant mieux éclairé et ayant reçu, à cet égard, des renseignements que je ne possédais pas auparavant.
Lors de la discussion sur la loi de la liberté de la presse, — j'en appelle à l'honorable M. Lisbonne et à l'honorable M. Marcou, — la majorité de cette Chambre a été fort heureuse de pouvoir, dans une seconde délibération, revenir sur des votes précédemment émis.
Il est donc extrêmement utile que vous ayez une seconde délibération pour donner à vos décisions toute la correction et toute la maturité désirables.
Laissez-moi ajouter un mot. Si vous
m'aviez fait l'honneur d'adopter mon avis, lorsque je me prononçai contre la déclaration d'urgence à propos des lois sur l'enseignement gratuit et obligatoire, il est à croire que votre rédaction, devenue plus nette, plus précise, plus complète, d'une délibération à l'autre, n'aurait pas à subir, en ce moment, toutes les vicissitudes qu'elle traverse dans une autre enceinte. (Mouvements divers.)
Eh bien, messieurs, vous êtes en présence d'une proposition de loi non moins grave, puisqu'elle touche aux intérêts du clergé, de la religion, du corps des instituteurs, de tous les membres de l'enseignement soit public, soit libre.
L'honorable M. Labuze disait tout à l'heure : S'il y avait deux délibérations, il est probable que la discussion ne vien-
drait pas en temps utile devant le Sénat.
Je ferai remarquer que, cette objection, l'honorable M. Paul Bert l'avait déjà fait valoir à propos de la loi sur l'instruction gratuite et obligatoire. Eh bien, l'expérience n'a pas justifié ses prévisions : alors même qu'il y aurait eu sur ce point deux délibérations dans cette enceinte, le Sénat n'eût pas manqué du temps nécessaire pour aborder la question, même avant Pâques, comme il le fait en ce moment.
Après tout, messieurs, quoi qu'on se plaise à vous dire, vous n'êtes pas au terme de votre mandat, vos pouvoirs n'expirent que le 14 octobre 1881 ; d'ici là vous aurez du temps, et il vous reste de la marge. (Interruptions à gauche.) Vous n'avez pas encore à prononcer le mot funèbre : « Ave, Cmar9 morituri te salutant! » (Exclamations
et rires à gauche, — Applaudissements à droite.)
Plusieurs membres à gauche. Il n'y a pas de César là-dedans!
M, Henri Villain. Oh! les Césars, vous leur avez assez donné de coups d'encensoir au travers du visage !
MGR Freppel. Ne vous effrayez pas, messieurs, il faut bien mourir pour ressusciter. (Nouveaux rires à gauche.)
M. Paul Bert, rapporteur. Oh ! c'est un mot semi-laïque, cela! (On rit.)
MQB Freppel. Est-ce le mot de César qui vous épouvante, messieurs?...
M. Gatineau. Oh! mon Dieu! non.
MGR Freppel. Il va sans dire qu'il ne peut s'appliquer à personne dans cette enceinte.
Un membre à gauche. Certes! mais vous
aussi, vous mourrez avec nous, et cela ne nous fait pas peur.
MGR Freppel. C'est le suffrage universel, nous dit-on, qui est le César des temps modernes : il faudra bien que les membres de cette assemblée s'inclinent devant lui à l'heure de la mort...
A gauche. Et vous aussi!
MGR Freppel... en attendant celle de leur résurrection, si elle doit arriver.
M. le Rapporteur. Ils renaîtront le lendemain et n'attendront pas trois jours!
MGR Freppel. Laissez-moi encore répondre à une objection.
Mais, nous dit-on, la proposition est pendante depuis longtemps devant la Chambre; toutes les opinions sont faites dès à présent.
A gauche. Eh bien?...
MrR Freppel. Si toutes les opinions sont
faites d'avance, il est inutile de discuter; il ne s'agit plus alors que de voter. Dans ce cas là une première, délibération sera aussi superflue qu'une deuxième.. Seulement, je me permettrai de trouver fort étrange cette manière de comprendre et d'appliquer le régime parlementaire...
A droite. Très bien! très bien?
MGR Freppel... car s'il a un but, s'il possède un avantage, c'est précisément d'éclairer les esprits par la libre discussion.
Voilà pourquoi, messieurs, je vous prie de vouloir bien soumettre une proposition de loi aussi importante à l'épreuve des deux délibérations, en repoussant la demande d'urgence qu'on vient de vous faire. (Vive approbation à droite.)
(séance DU 5 AVRIL 1881).
% propos d'une circulaire adressée aux.
Supérieurs des Séminaires, pendant la guerre de 18TO,
Man Freppel. Messieurs, je ne croyais pas que Ton viendrait un jour à cette tribune retourner contre l'immunité des clercs un acte de patriotisme que je n'avais d'ailleurs aucun mérite à accomplir. (Très bien ! très bien !)
- Oui, il est vrai, en 1870, en face de l'étranger, campant sur le sol de la patrie, à Tune de ces heures tristement solennelles,
telles qu'il en a sonné peut-être trois ou quatre dans la vie du peuple français depuis quatorze siècles, après avoir converti mon séminaire en ambulance, j'ai écrit cette circulaire que vous me permettrez de lire : « Monsieur le Supérieur, « Nous sommes arrivés à l'un de ces moments solennels dans la vie d'un peuple, où le salut de la patrie exige un effort suprême de la part de tous ses enfants. Jusqu'ici, grâce à Dieu, le Clergé s'est montré à la hauteur des circonstances difficiles que nous traversons : il est à son poste, sur les champs de bataille et dans les ambulances, recueillant les blessés sous le feu de l'ennemi, et leur prodiguant, avec les secours de son ministère, toutes les ressources de la charité chrétienne. Mais le devoir a grandi avec le péril : les dévouements ordi-
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naires ne suffisent plus à la situation qui nous est faite par des capitulations désastreuses... (Applaudissements au centre et à gauche). »
Messieurs, à l'heure présente, je les juge tout aussi désastreuses qu'elles me le paraissaient alors. (Nouveaux applaudissements).
Ici, Messieurs, permettez-moi de le dire,
se trouve un mot à l'adresse de l'étranger,
et qui est peut-être un peu dur : « et par
les prétentions exorbitantes d'un ennemi qui
semble vouloir se mettre au ban de la
civilisation. Il faut que la nation se lève tout
entière pour repousser loin d'elle la honte
et le déshonneur. (Très bien ! très bien !
à gauche); or, c'est au Clergé à donner
l'exemple, autant qu'il est en lui. Sous
l'empire d'une législation protectrice des
droits et des intérêts de la religion, les
élèves du sanctuaire ont joui jusqu'à présent du privilège de l'exemption militaire, et je le dis à Phonneur de nos autorités locales... »
Le Préfet s'appelait alors M. Allain-Targé.
... « Nulle d'entre elles n'a même songé à le leur disputer. Mais en face de la patrie humiliée et meurtrie, je n'hésite pas à croire que nos braves séminaristes sont tout prêts à renoncer d'eux-mêmes au bénéfice de la loi, jusqu'à ce que l'étranger soit chassé du territoire français. C'est pourquoi, voulant concilier le respect des saints canons avec le devoir qui incombe à chacun de contribuer selon ses forces à la défense nationale, je vous charge, Monsieur le Supérieur, de veillera l'exécution des mesures que je viens de prendre. Ceux d'entre les élèves du Séminaire qui sont engagés dans les rangs de
la cléricature se tiendront à notre disposition pour servir d'infirmiers dans les corps de troupes régulières ou auxiliaires. Quant aux autres, qui ne trouveraient pas d'empêchement dans l'état de leur santé ou dans la faiblesse de leur complexion, je vous prie de leur faire savoir de ma part que je les verrai avec grand plaisir s'engager dans la garde mobile ou dans la garde nationale mobilisée, ou dans les légions de MM. de Cathelineau et de Charette. •» (Rumeurs sur quelques bancs à l'extrême gauche. — Très bien ! très bien ! et applaudissements à gauche et à droite).
M. de la Biliais. Ils se sont aussi bien battus que les autres.
M,;R Freppel. Messieurs, ce sont les légions auxquelles M. le président de la Chambre, alors délégué pour le service de la guerre,
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a rendu un public et éclatant hommage.
M. le Président. Je n'ai fait que mon devoir.
M. Margaine. Personne de nous n'a oublié Patay.
Plusieurs membres à droite. Ils ont combattu à Patay.
M. le Président. A Patay et bien ailleurs, par tout où ils ont été engagés comme les autres du reste. (Très bien! très bien !)
MGR Freppel. « Déjà, une vingtaine d'entre eux ont devancé mon appel, et je les en félicite. Ou ils tomberont martyrs de la patrie, et ils auront rendu à la religion le plus signalé des services; ou ils reviendront au Séminaire avec l'auréole du dévouement, et le sacerdoce ne comptera pas de membres plus fortifiés par l'épreuve du sacrifice, ni plus honorés de la confiance des peuples. Kt
quoique puisse arriver, nous aurons fait tout ce qui dépendait de nous pour le salut de la France, notre mère à tous. » (Applaudissements prolongés sur un grand nombre de bancs).
M. Barodet. 11 faut continuer de leur donner ces conseils. Mettez-vous avec nous.
M. le Rapporteur. Je ne puis que me réjouir de vous avoir fourni l'occasion d'apporter ce document à la tribune.
MGR Freppel. J'ai écrit ces paroles et je ne m'en dédis pas. Je m'étais souvenu que dans l'histoire de l'Église, les situations extraordinaires ont toujours commandé des mesures exceptionnelles. (Très bien! à droite). Je m'étais souvenu qu'en temps de famine on avait vu des évoques et des prêtres vendre les vases d'or et d'argent du sanctuaire pour
donner du pain aux pauvres. (Très bien ! très
bien!) Mais, Messieurs, est-ce une raison pour qu'en temps ordinaire, l'Église ne conserve pas ses vases sacrés? Je m'étais souvenu que dans des temps de détresse extrême, on avait vu des femmes, les Jeanne d'Arc, les Jeanne Hachette, prendre les armes pour repousser l'envahisseur; mais, Messieurs, est-une raison pour qu'en temps ordinaire vous appreniez l'exercice à vos filles et à vos femmes? (Rires et exclamations diverses, — Très bien ! à droite).
En 1870, les élèves de l'École normale supérieure de Paris, et je les en félicite, ont couru à l'ennemi tout comme les séminaristes d'Angers, de Saint-Brieuc et de Bordeaux; mais, Messieurs, est-ce une raison pour qu'en temps ordinaire vous ne leur accordiez pas la dispense du service militaire? C'est ce que vous faites précisé-
ment dans le projet de loi qui vous est soumis.
A droite. Très bien! très bien!
MGn Freppel. Gardez-vous bien de confondre le train ordinaire des choses avec des situations telles qu'il peut s'en trouver trois ou quatre dans l'histoire d'un peuple. (Applaudissements à droite.)
Eh bien, Messieurs, si malheureusement, — je souhaite et j'espère le contraire, — si malheureusement de pareilles situations devaient se reproduire, vous retrouveriez le clergé dans vos infirmeries, dans vos ambulances, jusque sous les balles de l'ennemi, et prêt à montrer à tous qu'en fait de patriotisme, il n'a de leçons à recevoir de personne. (Applaudissements à droite.)
M. de là Bassetière. C'est très vrai.
MOB Freppel. Mais de grâce, Messieurs,
ne le désorganisez pas en temps ordinaire, en temps de paix, laissez-le à son ministère de paix, de pardon, de miséricorde, de consolation (Interruptions à gauche, — très bien! à droite), et soyez bien convaincus que par là il vous servira plus efficacement qu'il ne pourrait le faire en exerçant un métier étranger à son caractère et à sa mission, (Applaudissements à droite.)