‹ Œuvres polemiquesChapitre 6 sur 8 · livre III, titre Ier, le chapitre II frappant · texte numérisé non relu

livre III, titre Ier, le chapitre II frappant

d'excommunication.., (Exclamations à gauche) les clercs qui portent les armes.

Pour ne pas fatiguer votre attention, je ne citerai pas toutes les constitutions des papes qui renouvellent la môme défense.

C'est enfin le pape Pie IX, qui, ainsi que Thonorable M. Paul Bert le rappelait avanthier, a condamné la proposition suivante : « L'immunité personnelle en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice, peut être abrogée sans aucune violation de l'équité et du droit naturel. » Seulement permettezmoi de vous faire observer, monsieur le rapporteur, que vous avez forcé un peu la note, en introduisant dans la proposition un mot qui ne s'y trouve pas, le mot « d'anathème. »

Ce mot est de vous, et non pas du souverain Pontife. J'ai là sous les yeux, et je

pourrais vous le passer, le texte en question, si vous le désirez. Or, il y a une très grande différence entre une proposition simplement fausse ou erronée et une proposition frappée d'anathème.

Je n'insiste pas sur cette observation, si ce n'est pour vous prier de citer dorénavant avec plus de fidélité. (Très bien! à droite.)

Je vous demande pardon, messieurs, d'avoir multiplié mes citations, mais elles étaient nécessaires pour bien montrer que le projet de loi dont vous êtes saisis heurte de front la législation de l'Église; et cette législation de l'Église, le concile de Trente, qui fait loi dans le monde catholique, la déclare fondée « sur l'ordination divine. » (Session XXV, c. 20.)

Voilà donc un premier point certain, incontestable. En imposant aux clercs, en imposant

aux prêtres qui ne seraient pas engagés dans un ministère paroissal le service militaire, vous leur imposeriez un service incompatible avec leur caractère et leurs engagements...

M. Vernhes. Alors ils ne sont plus Français !

MGR Freppel... vous les placeriez entre leur conscience d'une part, et un commandement auquel ils ne pourraient obéir sans trahir leurs serments...

M. Vernhes. Et la patrie?

M. Labuze. Il faut, avant tout, obéir à la loi!

MGR Freppel. En d'autres termes, vous sortiriez de la politique, vous sortiriez des choses du gouvernement pour entrer dans la voie de la persécution. (Interruptions à gauche.)

Vous ne voulez pas entrer dans cette voie,

je le désire. Mais alors qu'auriez-vous gagné dans l'intérêt de l'État, à initier les futurs ministres du culte aux exercices d'une profession qui devra leur rester à tout jamais étrangère?

Rien, absolument rien! car j'estime bien que vous enrôlez des soldats, pour avoir véritablement des soldats et non pas des hommes qui ne peuvent ni ne doivent se servir de leurs armes.

M. Bizarellt. Alors ils sont au dessus de la loi?

MGR Freppel. Par conséquent, j'ai le droit de répéter que vous n'auriez pas pour l'avenir un seul soldat de plus; mais vous auriez par contre quantité de prêtres de moins. Vous n'auriez facilité en rien le recrutement de l'armée; vous auriez tout simplement entravé le recrutement du clergé.

Voilà le seul et unique résultat de l'abrogation de l'article 20 de la loi du 27 juillet 1872. (Très bien! à droite.)

Et ici j'arrive à la question de fait.

Ce résultat, messieurs, le contestez- vous? Vous le contestez si peu, que les partisans du projet de loi l'avouent sans détour. M. le rapporteur lui-même, avec une grande loyauté, n'a pas fait difficulté de le reconnaître. Au lendemain du jour où M. le général Farre présentait son projet de loi, pourtant moins radical que le vôtre, un journal d'ordinaire bien informé, la République française, disait : « Si la loi que l'on propose est adoptée, le nombre des élèves ecclésiastiques diminuera de moitié, » et il avait raison.

M. Ballue. Cela ne leur fait pas honneur.

M. Labuze. Ce n'est pas flatteur pour eux!

MGR Freppel. Vous aimez, monsieur le rapporteur, à employer la méthode expérimentale, et j'en suis à mon tour grand partisan, lorsqu'il s'agit des sciences d'observation. Eh bien, je vous prie d'être attentif au résultat qu'elle nous donne sur le point qui nous occupe.

Au grand séminaire de Metz, par suite du service militaire imposé aux ecclésiastiques, la moyenne des séminaristes est descendue de 170 à 100. Vous trouverez ce renseignement dans le journal Y Union (F Alsace- Lorraine du 1er mai 1880.

Même résultat au grand séminaire de Strasbourg.

M. le comte de Roys. Ils émigrent pour ne pas servir l'Allemagne.

MGR Freppel. Et encore, messieurs, la loi prussienne sur le recrutement militaire est-

elle loin d'être appliquée avec rigueur aux élèves ecclésiastiques dans l'Alsace-Lorraine; elle n'y existe plus, pour ainsi dire, que sur le papier, en raison des sursis d'appel indéfiniment renouvelés ou prolongés.

En Alsace — et je suis bien informé — tous les séminaristes, sans exception, obtiennent ces sursis d'appel, lorsque d'ailleurs ils ne sont pas déclarés inhabiles au service militaire. En d'autres termes, l'autorité militaire tourne la loi pour ne pas avoir à l'appliquer.

A Metz, l'autorité prussienne a si bien compris l'impossibilité d'assujettir les séminaristes au régime de la caserne qu'elle leur a .permis de vivre ensemble dans une maison séparée.

Eh bien, messieurs, qu'en est -il advenu, malgré ces adoucissements? Ecoutons

Mgr l'archevêque de Reims, dans une lettre adressée aux sénateurs et aux députés de son diocèse :

« Il y a quatre ans, à Metz, sur dix élèves ecclésiastiques qui ont subi bravement Tannée de service militaire, vivant à part chez un curé de la ville, quelques uns sont restés dans le monde, et parmi les six qui ont eu le courage de reprendre leurs études cléricales, quatre, pour des motifs légers en eux-mêmes, je le veux bien, mais toujours graves quand on songe à ce qu'exigent des prêtres, Dieu, l'Eglise et l'opinion publique, n'ont pu rester au séminaire parmi leurs anciens condisciples. »

L'expérience était faite.

Un membre à gauche. Ils auraient fait de bons prêtres, ceux-là. (Rires.)

MqrFreppel. L'honorable M. Labuze, car

il faut bien que je réponde également à M. Labuze. — M. Paul Bert peut être considéré comme le parrain de la proposition, mais M. Labuze en est le véritable père... (On rit.)

Un membre à gauche. La recherche de la paternité est interdite !

MGR Freppël. L'honorable M. Labuze, dans son rapport sur la proposition ayant pour objet l'abrogation de l'article 20 de la loi du 27 juillet 1872, nous dit : « Rien n'indique qu'en Italie le nombre des prêtres ait diminué par suite de l'obligation du service militaire imposée aux élèves ecclésiastiques. » Je lui en demande bien pardon, mais tout indique le contraire.

En Italie, dans chaque diocèse, par suite du service militaire imposé aux élèves ecclésiastiques, la proportion des prêtres nouvel-

lement ordonnés aux prêtres décédés a diminué de 50 0/0.

M. Bàllue. Et les vocations! Ceux qui restent sont les meilleurs! (On rit à gauche.)

MGR Freppel. Croyez-vous que je n'aie pas prévu votre objection? J'y répondrai plus tard.

J'ai là sous les yeux ce tableau comparatif

en ce qui concerne le diocèse de Turin; il est effrayant !

En 1875, 54 prêtres décédés contre 25 ordonnés;

En 1876, 64 contre 17

En 1877, 67 contre 20

En 1878, 59 contre 33

En 1879, 51 contre 36

En 1880, 62 contre 25.

Messieurs, si le vide continue à se faire quelques années encore dans la même me-

sure, il est facile de prévoir quel sera le résultat final. Il y a telle province eu Italie où, sur 50 séminaristes arrachés par le service militaire à leur vocation et à leurs études, un seul est rentré au grand séminaire.

Un membre. Cela prouve leur vocation !

MgrFreppel. A Rome, sous les yeux du souverain Pontife , le cardinal-vicaire se voit réduit à obliger les élèves-prêtres des séminaires étrangers à aller dire la messe dans les paroisses dépourvues de clergé.

Il n'y a pas encore'dix ans que la loi qu'on vous propose d'appliquer à la France existe en Italie, et déjà elle y a donné les résultats lamentables que je viens de vous signaler.

M. Gatineiu. Lamentable! Cela dépend du point de vue!

Un membre à gauche. Nous ne pouvons nous attendrir sur cette situation.

MGR Freppel. Ces résultats désastreux, M. de Cavour les avait prévus et j'espère bien que le témoignage d'un homme d'Etat, si peu suspect de bienveillance excessive à l'égard du clergé, ne manquera pas de faire impression sur cette assemblée.

Voici ce que disait M. de Cavour au parlement italien le 21 mai 1853 :

« A mes yeux il n'est pas douteux que la dispense du service militaire est une condition sine qua non pour assurer à la société la quantité de prêtres strictement nécessaire à ses besoins religieux. »

Et, répondant à ceux qui, alors comme aujourd'hui, traitaient cette exemption de privilège, M. de Cavour ajoutait :

« Cette dispense n'est pas accordée aux

prêtres pour leur propre avantage, mais dans l'intérêt de la société, afin qu'elle puisse avoir le nombre de prêtres dont elle a besoin. »

Enfin, il concluait en ces termes :

« Si donc, cette exemption est indispensable pour assurer à la société le nombre de prêtres dont elle a besoin, ne me parlez pas de privilège; il y a là une disposition qui profite à tout le pays. »

Le général de la Marmora ne parlait pas autrement que M. de Cavour. Examinant à son tour, avec sa grande expérience des choses de l'armée, quelles seraient les conséquences du service militaire imposé aux élèves ecclésiastiques, il disait le 16 avril 1869 au parlement italien :

« Tout le résultat se bornera à ceci : d'avoir quelques soldats de plus qui n'en

seront pas, car je crois aux vocations, et voilà pourquoi je le déclare hautement, quand on a la vocation d'être prêtre, on n'a pas celle d'être soldat. »

M. Gatineau. Il n'y a pas grand inconvénient à cela.

MGR FREPrEL. Dans le cours de la même discussion un autre député, qui a joué un grand rôle dans les derniers événements accomplis en Italie, M. Buoncompagni, soutenait l'exemption des élèves ecclésiastiques comme étant fondée, disait-il, sur les plus anciennes traditions et les plus nobles idées.

Je ne veux pas reproduire les belles paroles prononcées à cette occasion par des orateurs catholiques tels que César Cantù, l'historien national de l'Italie, et le comte Ponza di San Martino ; j'ai cité à dessein les promoteurs de la révolution italienne pour

bien montrer que, sur ce point du moins, ils savaient tenir le langage du bon sens et de la sagesse politique. (Très bien! très bien! à droite.)

N'alléguez donc pas l'exemple des nations étrangères à l'appui de votre thèse; l'expérience y a parlé et de la façon la plus concluante» M. Labuze a cité la Suisse, mais la citation se retourne contre lui : « En Suisse, dites-vous, si les ministres des cultes sont dispensés du service militaire en temps de paix, ils peuvent être, en cas de mobilisation de l'armée, incorporés comme aumôniers. »

Est-ce que jamais le clergé de France vous a refusé des aumôniers, soit en temps de paix, soit en temps de guerre? (Applaudissements à droite.) 11 vous en offre alors même que vous n'en voulez pas, (Rires à gauche. — Applaudissements.)

On a cité l'Autriche : mais il est impossible d'avoir la main moins heureuse en fait de citation, car l'Autriche-Hongrie a si bien compris dans quelle mauvaise voie elle s'était engagée, qu'elle s'empresse, à l'heure présente, de revenir sur ses pas. Effrayé des difficultés de plus en plus croissantes qu'éprouvent à se recruter le clergé et le corps des instituteurs, le gouvernement austrohongrois a présenté, le 6 décembre dernier, au Reichsrath un projet de loi bien plus favorable aux élèves ecclésiastiques que l'article 20 de la loi du 27 juillet 1872.

Il demande que la dispense soit étendue sous forme d'un congé illimité, non seulement aux séminaristes, mais : 1° aux élèves des deux dernières classes d'un gymnase qui prendront, devant la commission de classement, l'engagement de faire leurs études

théologiques et d'embrasser la carrière ecclésiastique; 2° aux jeunes gens qui, au moment du tirage au sort, se trouveront encore dans Tune des deux dernières classes d'une école préparatoire d'instituteurs, sans que leurs études aient été retardées par leur faute.

Eclairés par l'expérience, les hommes d'État autrichiens ont compris que la dispense du service militaire est une condition indispensable pour assurer le recrutement normal et régulier du clergé el du corps des instituteurs. (Très bien ! à droite.)

Voix à gauche. Nous sommes convaincus de cela.

MaR Freppel. Et c'est, messieurs, quand l'expérience a parlé si haut chez les nations étrangères ; quand les unes rapportent des lois reconnues funestes et que les autres

se voient contraintes de ne pas les appliquer, sous la pression de plus en plus vive de l'opinion publique, c'est ce moment-là que vous choisiriez pour inaugurer en France un système qui a si mal réussi ailleurs ! Ah! sans doute, j'en conviens sans peine, si par là vous voulez arriver, sinon à l'extinction totale, du moins à la diminution progressive du sacerdoce en France, le moyen est bien choisi et le calcul infaillible.

MM. Barodet et Ballue. Nous prenons acte de la déclaration.

MGR Freppel. Car enfin, messieurs, vous ne l'ignorez pas, l'épiscopat français tout entier a élevé la voix pour vous le dire, — et vous ne pouvez pas contester sur ce point sa haute compétence, — sous l'influence de causes diverses qu'il est inutile d'énumérer, le

nombre des vocations ecclésiastiques a di-

minué sensiblement en France depuis bon nombre d'années.

On a pu contester certains chiffres d'une publication bien connue , et à laquelle MM. Paul Bert et Labuze ont fait allusion; mais la donnée générale demeure, et le fait incontestable qui se dégage de cette statistique, c'est que le recrutement du clergé se fait difficilement dans notre pays. Savezvous, par exemple, combien dans le diocèse d'Evreux il y a de paroisses sans prêtres? 120; proportion gardée, le résultat est le même dans plusieurs autres régions de la France; hier encore le vénérable archevêque d'Auch, l'un de nos bons diocèses au point de vue religieux et sous d'autres rapports également, puisqu'il nous vaut l'honneur d'avoir pour collègue M. Paul de Cassagnac (Très bien ! à droite), l'archevêque

d'Àuch se plaignait d'avoir trente paroisses dépourvues de prêtres. (Interruptions à gauche.)

J'ai là sous les yeux, diocèse par diocèse, le tableau de ces déficits. Il est lamentable pour quiconque a le souci des intérêts religieux.

M. Gatineau. Lamentable à votre point de vue!

M6R Freppel. Monsieur Gatineau, quel est donc l'homme politique qui ne doive pas avoir souci des intérêts religieux, quelles que puissent être d'ailleurs ses opinions personnelles ? (Très bien! très bien! à droite.)

M. Gatineau. Nous ne voulons pas forcer les vocations, et le législateur qui les forcerait aurait tort.

MGR Freppel. Il y a 35 diocèses où il manque, à l'heure présente, plus de 30 prê-

très pour les services les plus rigoureusement indispensables du ministère ecclésiastique. Ce sont :

Perpignan, Aucb, Pamiers, Digne, Agen, Périgueux, Angoulême, Limoges, la Rochelle, Bourges, Tours, Nevers, Autun, Belley, Annecy, Dijon, Langres, Troyes, Sens, Orléans, Blois, Chartres, Séez, Coutances, Bayeux, Evreux, Rouen, Versailles, Beauvais, Amiens, Soissons, Meaux, Reims, Châlons, Verdun.

20 diocèses où il manque en moyenne 20 prêtres :

Luçon, Bordeaux, Aire, Cahors, Montauban, Rodez, Nîmes, Fréjus, Marseille, Nice, Valence , Gap , Grenoble , Moulins, Saint- Claude, Besançon, Saint-Dié, Nancy, Cambrai, Arras.

Déficit total : 1480 au minimum.

Je le répète, le tableau de ces déficits

a de quoi préoccuper vivement le législateur. (Très bien! à droite.)

Il ne sert à rien de dire, comme le faisait hier l'honorable M. Paul Bert en parlant du diocèse de Lyon, l'un des plus favorisés à cet égard, il ne sert à rien de dire : « Mais les congrégations religieuses attirent à elles quantité de vocations au détriment du clergé paroissial... »

Voilà bien votre argument?

M. le Rapporteur. Parfaitement.

MGR Freppel. Je réponds d'abord, comme le disait tout à l'heure M. Gatineau, que les vocations ne se forcent pas. L'on peut avoir la vocation d'être prêtre séculier sans avoir celle d'être religieux, et réciproquement. Permettez-moi de faire une comparaison un peu profane et de dire : On peut

être un très bon soldat dans l'armée de terre

et faire un détestable marin. J'en appelle a M. le ministre de la marine, qui me fait l'honneur de m'écouter. (On rit. — Rumeurs sur divers bancs à gauche.)

M. Henri Villain. Les marins ont toujours fait de très bons soldats, ils l'ont prouvé.

MGR Freppel. L'esprit souffle où il veut, comme dit l'Évangile. Je répondrai ensuite que, parmi ces congrégations religieuses, il- en est, comme celles de Saint-Sulpice et de Saint-Lazare, d'ailleurs parfaitement autorisées, qui nous sont indispensables pour la direction de nos grands séminaires. J'ajouterai qu'il en est d'autres, comme celles du Saint-Esprit et des Missions- Étrangères, auxquelles vous ne pouvez pas toucher sans porter préjudice, je ne dis pas seulement aux intérêts du christianisme, mais aux intérêts mêmes de la civilisation.

(Interruptions sur quelques bancs à gauche.)

A droite. Mais certainement! C'est évident!

MGR Frëppel. M. le baron Reille vient de vous présenter, à ce sujet, des considérations aussi justes qu'élevées, et j'aurai lieu d'y revenir lors de la discussion des articles.

Enfin, messieurs, il y a une considération que je vous prie de ne pas perdre de vue, et d'ailleurs elle saute aux veux. Moins les congrégations religieuses nous fourniraient de prédicateurs, de professeurs, et plus il nous faudrait de prêtres séculiers pour les remplacer dans les mêmes fonctions...

A droite. Cela est évident !

MGR Freppel... par conséquent le déficit resterait le même, avec ou sans congrégations.

Donc, si, par de nouvelles entraves, par

de nouvelles exigences, vous réduisez les vocations ecclésiastiques, déjà si restreintes; si, comme le disait avec tant de raison le journal la République française, le nombre des élèves ecclésiastiques va diminuer de moitié par suite du service militaire qui leur serait imposé, je me demande, et je vous demande à vous-mêmes ce que va devenir le ministère paroissial dans nos 37,000 communes de France! (Marques d'approbation à droite. — Interruptions à gauche.)

Un membre à gauche. Ils n'auront plus le temps de faire de la politique!

MGR Freppel. C'est là, messieurs, une question extrêmement grave et qui mérite de votre part la plus sérieuse attention. A cela l'honorable M- Paul Bert répond :

« Mais une année passée sous les drapeaux ne fera que fortifier les vraies vocations,

tandis quelle écartera des vocations incertaines ou douteuses, »

Craignez, messieurs, que les unes n'y passent tout comme les autres, et que la pierre de touche, dont on parlait dans la dernière séance, ne devienne pour la plupart une pierre d'achoppement. (On rit.)

Car enfin, messieurs, pour apprécier ces choses avec justice et impartialité, il faut prendre le sacerdoce catholique tel qu'il est, tel qu'il doit être, avec ses devoirs austères et ses solennels engagements. Croyez-vous sérieusement que le régime de la caserne, avec ses libertés, avec ses licences, pour ne rien dire de plus... (Murmures à gauche), soit un milieu bien propre pour préparer le jeune lévite à la vie de prière, de méditation, de recueillement qu'il devra mener jusqu'à la fin de ses jours? Je ne veux pas

dire de la chambrée plus de mal que n'en disent tous les militaires, sans exception, qui ont passé par là...

Voix à droite. C'est vrai!

MGR Freppel... mais si vous trouvez qu'un tel contact, un tel langage, de telles habitudes, qui peuvent être bonnes pour les gens du monde, — je ne veux pas l'examiner... (Ah! ah! et applaudissements ironiques à gauche.)

M. Clemenceau. Il y a donc deux morales?

M GB Freppel. Si vous trouvez, dis— je, que de telles habitudes sont bien faites pour favoriser et pour développer une vocation sacerdotale, je n'ar plus rien à ajouter, car je ne vous convaincrais pas.

M. Clemenceau. Non, c'est à craindre.

MGR Freppel. Mais je m'adresserai à tout chrétien qui a le sens de ces choses délicates

et élevées, et je lui demanderai si c'est là une initiation, un apprentissage pour le prêtre catholique... (Très bien! très bien! à droite.) Le concile de Trente, qui fait loi, je le répète...

M; Vernhes. Pas ici. (Interruptions à gauche.)

A droite. On interrompt l'orateur, et nous avons écouté M. Paul Bert en silence,

M. le Président. Messieurs, veuillez faire silence ! On fait observer avec raison qu'on a écouté M. Paul Bert dans le plus parfait silence.

MaR Freppel. Le concile de Trente, qui fait loi pour tout le monde catholique, exige formellement de tous les aspirants au sacerdoce, entre autres exercices religieux, l'assistance quotidienne au saint sacrifice de la messe (session 23, chap. XVIII). Est-ce

qu'une pareille obligation vous paraît compatible avec le régime de la caserne? Et si j'ajoute que pour faire entrer nos séminaristes dans la caserne, vous choisissez précisément le moment où vous venez d'en faire sortir l'aumônier... (Vive approbation à droite), c'est-à-dire la religion, avec ses lumières, avec ses bons conseils, ses secours et ses consolations, est-ce que je n'ai pas le droit de vous demander ce que pourra bien devenir ce jeune séminariste abandonné à lui-même, sans appui, sans soutien, arraché brusquement à ses pieux exercices, et jeté dans un milieu si contraire aux sentiments et aux devoirs de sa vocation? ("Très bien! très bien! à droite.)

Assurément, je ne veux pas le contester, il y aura des héros qui sortiront victorieux de la lutte. Mais, messieurs, on ne fait pas

des lois pour l'héroïsme. Les lois sont faites en vue des vertus communes, ordinaires, et ce sont ces vertus-là que le législateur n'a pas le droit de soumettre à une trop forte épreuve, sans risquer d'étouffer dans leur germe des vocations nécessaires à l'Église pour exercer son ministère et remplir sa mission.

M. Paul Bert disait avant-hier : Mais ne faut-il pas que vos séminariste connaissent la vie du monde, et quelle meilleure manière de la connaître que de passer par la caserne? (On rit à droite).

Messieurs, nos séminaristes connaissent

suffisamment le monde par leurs familles,

par leurs paroisses, au milieu desquelles ils

passent chaque année trois mois de vacances.

Voulez-vous aller plus loin et prétendre

que, pour devenir de véritables médecins

des âmes, ils doivent en connaître davantage? C'est-à-dire que, si je comprends bien cette étrange théorie médicale, pour guérir les vices des autres, il faut en avoir été atteint soi-même? (On rit.) C'est absolument comme si on disait à un médecin : Voulez-vous être en état de guérir la petite vérole ou la fièvre typhoïde : commencez par l'avoir vous- même i (Exclamations et rires prolongés.)

Vous êtes trop Versés dans la psychologie pour ne pas savoir que le cœur humain est le meilleur livre où Ton puisse étudier la science morale*

Vous connaissez le mot de Bossuet, il est profond : « Ceux qui sont dans le monde comme spectateurs le connaissent souvent mieux que ceux qui y sont comme acteurs. » (Très bien! très bien! à droite.)

Est-ce que les écrivains ecclésiastiques ont attendu le régime de la caserne pour prendre le premier rang parmi les moralistes? Avez -vous jamais trouvé ailleurs une peinture des passions humaines plus fidèle, plus exacte, plus vive, plus dramatique, plus saisissante, que dans Massillon? Eh bien, Massillon qu'était-il? C'était un oratorien confiné dans les murs de son étroite cellule ; il n'avait pas attendu que le rayon de la caserne, dont vous parliez avant-hier, pénétrât dans sa cellule pour composer ces chefs-d'œuvre de psychologie et d'analyse morale qui ont fait et qui feront toujours l'admiration du monde entier. (Très bien! très bien! à droite.)

A gauche. Tout le monde n'est pas Massillon.

MGK Freppel. On me dit : Tout le monde

n'est pas Massillon; non, mais tout le monde peut se rapprocher de lui dans la mesure nécessaire, et cela suffit pour le service des .âmes.

Je disais, messieurs, que le législateur n'a pas le droit de soumettre à de pareilles épreuves des vocations nécessaires à l'Église pour exercer son ministère et remplir sa mission, car c'est dans ces termes-là que la question se pose devant la Chambre et devant le pays.

Vous avez des devoirs à remplir envers l'Église catholique, comme elle a des devoirs à remplir envers vous. Vous avez conclu avec elle une convention à jamais mémorable, vous vous êtes engagés à lui garantir le libre exercice de son culte. Mais que deviendrait dans nos 37,000 communes de France le libre exercice de ce culte, si par

ailleurs, en assujettissant nos élèves ecclésiastiques au service militaire, vous tarissiez dans sa source le recrutement du sacerdoce? Les stipulations du Concordat deviendraient absolument illusoires ; vous reprendriez d'une main ce que vous auriez donné de l'autre. (Approbation à droite.)

Ainsi l'ont compris tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis quatrevingts ans : la royauté comme l'empire, la république de 1848 non moins que la monarchie de juillet; tous y ont vu une question de bonne foi et de loyauté. Ce qui le prouve jusqu'à la dernière évidence, c'est qu'au milieu de sa plus grande détresse, sous la menace de l'invasion étrangère, alors qu'à la veille de Lutzen et de Bautzen il se voyait contraint de mettre des armes aux mains d'enfants pour ainsi dire, comme M. de Met-

ternich le lui reprochait dans la conférence de Carlsbad, Napoléon Ier n'a pas songé un seul instant à employer le moyen extrême que Ton voudrait vous suggérer. (Très bien! à droite.)

Et alors même, messieurs, que le Concordat de 1801 n'existerait pas, veuillez bien le remarquer, la situation ne serait pas modifiée pour cela. Car l'existence de fait de 35 millions de catholiques en France n'en fournirait pas moins une base légale à leurs justes et légitimes revendications. (Rumeurs à gauche.)

Un membre à gauche. Il y a catholiques et catholiques.

MGR Freppel. Il faut des prêtres pour convertir les uns, comme il en faut pour faire persévérer les autres.

M. le prince de Léon. Il en faut aussi

pour les malades qui les appellent à leur lit de mort.

M. le Rapporteur. Le législateur n'est pas un convertisseur.

M0R Freppel. Tout le monde est convertissable.

M. Clemenceau. Vous nous convertirez peut-être, comme nous pourrons vous convertir.

MGR Freppel. Et ici, messieurs, permettezmoi d'aborder une autre face de la question à laquelle on n'a pas touché.

Vous parlez toujours du prêtre comme d'un ministre de paix, de charité, de conciliation, et vous avez raison. Mais, messieurs, est-ce que vous trouvez très utile, très avantageux d'éveiller et de développer dans le clergé des goûts militaires et des dispositions belliqueuses? (Rires sur quelques bancs

à gauche.) Je parle à des hommes politiques.

Est-il bien utile, est-il bien avantageux, dans l'état de division où se trouvent les esprits au milieu de nos dissensions politiques (Interruptions), qu'il y ait dans chaque paroisse un homme joignant à la plus haute autorité morale le goût et l'expérience du métier militaire, que vous aurez cherché à lui communiquer?

Pour moi, j'estime le contraire, dans l'intérêt de la société civile comme dans l'intérêt de la discipline ecclésiastique, et si vous n'étiez pas de mon avis, je me permettrais de vous dire ceci : Si, à l'époque des guerres de Vendée, vos théories actuelles avaient été appliquées, s'il s'était trouvé dans chaque commune un homme joignant à sa haute autorité morale cette science des armes que vous tenez tant à

lui apprendre, je ne sais pourquoi, au lendemain de la prise de Saumur, le sort de la guerre était décidé, et j'ajouterai ce mot, dont vous excuserez la familiarité, les membres de la Convention auraient pu préparer leurs malles. (Rires et interruptions à gauche. — Applaudissements à droite.)

M. le Président. Quel intérêt avez-vous à interrompre? Veuillez écouter.

MGR Freppel. Laissez donc le clergé en dehors des choses militaires, ce n'est ni son rôle ni sa vocation. En vérité, messieurs, je ne vous comprends pas : c'est vous qui, en ce moment, voulez faire la confusion du temporel et du spirituel, c'est vous qui voulez faire revivre les goûts et les habitudes d'un autre âge : vous n'êtes ni de votre temps ni de votre pays. (Très bien!

à droite. — Protestations à gauche.)

Nous sommes de notre temps et de notre pays, me répondezTvous, parce que nous voulons l'égalité, nous ne voulons pas de 'privilège.

Quelques membres à gauche. Non !

M. le Président. N'interrompez pas, messieurs.

MGR Freppel. Vous voyez que je traduis fidèlement votre objection. Eh bien, je vais y répondre.

Messieurs, cette inégalité, mais c'est vousmême qui la consacrez dans le projet de loi dont vous êtes saisis en faveur des élèves de l'École polytechnique, de l'École normale' supérieure, de l'École forestière, de l'École de Cluny, de l'École supérieure de télégraphie. Vous dispensez du service militaire les élèves de toutes ces écoles, et tandis que vous étendez l'exemption jusqu'aux élèves

de l'École supérieure de télégraphie, vous la refusez à celle de toutes les professions qui, en raison de son caractère exceptionnel, la réclame le plus impérieusement! (Vives marques d'approbations à droite.)

Car, ici, la disparité est dans la nature même* des choses. Vous avez beau faire : vous ne changerez pas le caractère particulier du sacerdoce catholique ; vous ne ferez pas que la carrière ecclésiastique ressemble aux carrières civiles, ni dans sa préparation ni dans son but. (Très bien ! à droite.)

D'ailleurs, cette inégalité, ou cette disparité, vos lois la consacrent déjà sur plus d'un point. Prenons, par exemple, la loi du jury. Ceux de mes honorables collègues qui ont rempli les fonctions de jurés savent combien elles sont pénibles, onéreuses même. Eh bien, les ecclésiastiques en sont dispensés

228 discours

en vertu de l'arrêté du 23 fructidor an X, de l'article 383 du Code d'instruction criminelle et de la loi du 21 novembre 1872, sur le jury, dont un article est ainsi conçu :

« Les fonctions de juré sont incompatibles avec celles de ministre d'un culte reconnu par l'État. »

Oui, voilà le véritable mot : « incompatible »; tout le monde comprend en effet le motif de cette exemption, de cette immunité : elle est basée sur le caractère particulier du ministre de la religion, qui est un ministre de pardon et de miséricorde.

Il en est de même des aspirants au sacerdoce par rapport à la dispense du service militaire. Ce n'est pas un privilège que l'on crée par là, c'est une incompatibilité que l'on constate. (Approbation à droite.)

Parmi les objections que l'honorable

M. Paul Bert a fait valoir contre la dispense des élèves ecclésiastiques, il en est une, messieurs, qui ne manquerait pas de me faire impression si elle reposait sur le moindre fondement, car elle touche à l'honneur et à la dignité du sacerdoce.

Il ne faut pas, nous dit-on, porter atteinte à l'autorité morale des ministres du culte et les laisser sous le poids de cette accusation, que plusieurs d'entre eux entreraient dans les saints ordres pour se soustraire aux obligations du service militaire.

Je dois rendre cette justice à l'honorable M. Labuze, que, dans son rapport, il a déclaré ces allégations dénuées de fondement, et il a mille fois raison.

M. Labuze. J'ai dit que j'espérais qu'elles étaient dénuées de fondement.

MGR Freppel. Un enfant, un jeune homme

qui mettrait en balance d'un côté une année de service militaire et de l'autre une vie entière d'abnégation, de renoncement, de privations, de sacrifices, ferait de tous les calculs le plus absurde et le plus insensé! Comment! pour échapper à une année de service militaire à laquelle il pourrait se soustraire de dix autres façons, il consentirait à faire neuf années d'études au petit séminaire, cinq années au grand séminaire, que vous avez appelé avant-hier une prison, à passer par une série interminable d'épreuves, d'examens, de retraites spirituelles, à s'imposer les exercices les plus durs, les plus pénibles pour la nature humaine, et cela pour arriver à quoi? pour arriver à une situation au bout de laquelle l'attend, au point de vue des intérêts matériels, un traitement qui n'égalera jamais

celui d'un sous-lieutenant d'infanterie! (Très bien! à droite.)

M. le comte de Douville-Maillefeu. Et le logement?

MGR Freppel. Même en y comprenant le logement.

M. Labuze, Ils n'ont pas de famille à nourrir.

Un autre membre à gauche. Et le casuel?

MGR Freppel. Le casuel n'est pas en moyenne de 50 francs par an dans la plupart des paroisses.

Mais, messieurs, l'objection n'est pas sérieuse, et je croirais faire injure à cette Chambre si je m'y arrêtais un instant de plus. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Un membre à droite. Vous avez raison!

MGR Freppel. Sans doute, il y a obligation pour tous de servir la patrie, et

232 discours

quand il s'agit de la patrie, moi aussi je ne vois plus dans cette assemblée ni droite ni gauche, je n'y vois plus que des Français. Mais, messieurs, il y a bien des manières de servir la patrie.

N'allez donc pas confondre l'égalité avec le nivellement. N'imitez pas Hébert, qui, le H novembre 1793, faisait décréter par la Commune de Paris que tous les clochers de la capitale seraient abattus, parce que, disaitil, ils blessaient par leur hauteur le principe de l'égalité. (Rires à droite.)

11 y a des équivalences qui tiennent lieu de l'égalité. C'est ce que j'avais l'honneur de répondre, il y a deux ans, à un discours resté célèbre, dans lequel je trouve le germe, le point de départ de la proposition qui vous est soumise :

« «II y a bien des manières de servir sa

patrie : l'instituteur, le professeur qui s'épuisent à instruire leurs élèves, le prêtre qui se consume dans les travaux de son ministère, servent leur pays aussi utilement que le soldat; ce sont de grands services publics nécessaires , indispensables , qui valent bien, en fatigues comme en résultat, celui des armes. »

Contesterez-vous cette équivalence de services? Nierez-vous que par une vie entière de dévouement et de sacrifice au service du prochain, le ministère sacerdotal compense surabondamment l'exemption d'une année de service militaire? Ecoutez un homme dont les opinions républicaines ne sauraient vous être suspectes et qui se serait révolté à l'idée d'une proposition comme celle que je viens de combattre, M. de Lamartine :

« Il est un homme, dans chaque paroisse,

qui n'a point de famille, mais qui est de la famille de tout le monde; qu'on appelle comme témoin, comme conseil ou comme agent dans tous les actes les plus solennels de la vie civile; sans lequel on ne peut naître ni mourir; qui prend l'homme au sein de sa mère et ne le laisse qu'à la tombe; qui bénit ou consacre le berceau, la couche conjugale, le lit de mort et le cercueil; un homme que les petits enfants s'accoutument à aimer, à vénérer et à craindre; que les inconnus même appellent « mon père», aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les plus intimes, leurs larmes les plus secrètes; un homme qui est le consolateur, par état, de toutes les misères de l'âme et du corps, l'intermédiaire obligé de la richesse et de l'indigence; qui voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa

porte , le riche pour y verser l'aumône secrète, le pauvre pour la recevoir sans rougir; qui, n'étant d'aucun rang social, tient également à toutes les classes : aux classes inférieures par la vie pauvre et souvent par l'humilité de la naissance; aux classes élevées par l'éducation, la science et l'élévation de sentiments qu'une religion philanthropique inspire et commande; un homme qui sait tout, qui a le droit de tout dire, et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs, avec l'autorité d'une mission divine et l'empire d'une foi toute faite! Cet homme, c'est le curé. (Applaudissements à droite,)

M. Thoinnet de la. Turmelière. Très bien! Très bien !

M. Henri de Lacretelle. C'est pour cela que le Pape a mis Jocelyn à l'Index !

236 discours

MGR Freppel . Mais non , monsieur de Lacretelle, ce que je viens de lire n'est pas à Tlndex.

M. Henri de Lacretelle. J'ai dit que Jocelyn est à Tlndex. Je maintiens le fait. Consultez les listes noires du Vatican!

MGR Freppel. Mais cela n'est pas tiré de Jocelynl (Rires à droite. — Bruit à gauche.)

M. Henri de Lacretelle. Je vous dis comme un fait positif que Jocelyn est à l'Index!

MGR Freppel. Mais Jocelyn est en vers et ce que je viens de vous lire est de la prose! (Nouveaux rires à droite.)

M. Henri de Lacretelle. Je suis heureux que M. l'évêque vienne de m'apprendre que Jocelyn est en vers. (Rires et bruit. )

MGR Freppel. Eh bien! messieurs, cet homme, dont M. de Lamartine décrivait si

bien la mission, je vous demande de le conserver dans nos 36,000 communes, car, n'en doutez pas un instant, si vous votez la loi qu'on vous propose, vous mettrez en péril le ministère ecclésiastique dans plusieurs milliers de paroisses; je vous l'ai prouvé pièces en main. N'ajoutez donc pas à un vide déjà si considérable.

Dans quelques mois, nous allons toucher au terme de notre mandat. Pour l'honneur de cette Chambre... (Interruption à gauche), je la supplie de ne pas inscrire une clause pareille dans son testament politique. Le pays jugerait sévèrement...

M. Labuzr. Il s'est déjà prononcé!

MGR Freppel. ... cet abandon de ses droits et de ses intérêts les plus sacrés.

M. Bizarelu. Si nous ne votions pas la loi!

238 discours

MGR Freppel. Oui, messieurs; laissez-moi vous le dire franchement et sans vouloir blesser personne, les ennemis les plus déclarés du régime actuel n'auraient pu imaginer un moyen plus infaillible de le discréditer aux yeux des populations.

M. Madier de Mojntjau. Vous nous disiez déjà cela à la veille des élections municipales, et le pays a répondu.

MGR Freppel. Car, cette fois, ce n'est plus aux communautés religieuses seulement que s'attaque le projet de loi; c'est au clergé séculier, au clergé paroissial, à ce clergé que vous-mêmes vous aimez à appeler le clergé national i le clergé concordataire.

Sur divers bancs à gauche. Non! non!

MGR Freppel. C'est ce clergé que votre projet de loi menace dans son existence et dans son avenir.

Eli quoi ! messieurs^ ce grand clergé de France, qui depuis les origines de la nation, a été associé à toutes ses gloires comme à tous ses deuils, qui a vécu constamment de la même vie qu'elle; ce clergé qui, au jugement de l'étranger, — vous savez ce qu'en ont pensé les Prussiens en 1870, — - est votre honneur et votre force; c'est ce clergé que vous songeriez à détruire ou à affaiblir par des mesures qui empêcheraient son recrutement! Décimé, désorganisé par suite des événements du siècle dernier, nos vénérés prédécesseurs et nous étions parvenus, après soixante ans, au prix d'efforts et de sacrifices incessants, à le -reconstituer, à reformer ses cadres, à rétablir son fonctionnement normal et régulier; et voilà que je ne sais sous quel prétexte et par suite de quel ressentiment vous remettriez tout cela en question, vous

nous ramèneriez à quatre-vingts ans en arrière, au risque de bouleverser le premier, le plus important de tous les services publics!

Eh bien, non! j'aime encore à le penser, la raison politique remportera sur la passion ; vous reculerez devant des actes qui engageraient si gravement votre responsabilité devant le pays et devant l'histoire. (Très bien ! 1res bien! à droite.)

Tarir la source du sacerdoce catholique en France, ce ne serait pas seulement une faute immense pour la République, ce serait encore un attentat à la religion, et un crime contre la patrie.

La France ne vous le pardonnerait jamais. (Vifs applaudissements à droite. — L'orateur en retournant à son banc, reçoit les félicitations de ses collègues.)

(séance du 27 mai 1881)

Sur le même sujet.

M. le Président. La parole est à M. Freppel.

MGR Freppel. Messieurs, je viens combattre à la fois le paragraphe 5 du contreprojet de M. le comte de Roys et le projet de la commission. Je propose d'y substituer un article ainsi conçu :

Sont, à titre conditionnel dispensés du

service militaire les élèves ecclésiastiques

désignés à cet effet par les- archevêques et

les évêques...

M. de la Porte. C'est la loi actuelle !

MGR Freppel. «... sous la condition qu'ils seront assujettis au service militaire s'ils cessent les études en vue desquelles ils auront été dispensés ou si à vingt-six ans ils ne sont pas entrés dans les ordres majeurs. »

M. de la Porte. Mais c'est la loi actuelle !

MGR Freppel. Voilà ce que je propose de substituer au paragraphe 5 du contre-projet de M. de Roys.

Messieurs, lorsque, dans la séance du 7 avril dernier, j'eus l'honneur de prendre la parole au milieu de vous, nous étions en présence d'un projet de loi assujettissant les élèves ecclésiastiques à une année de service militaire ; c'est bien autre chose aujourd'hui. Aux termes de la nouvelle rédaction que vous propose, la commission à la majorité de 6 voix contre 5, si je suis bien informé,

ce n'est plus seulement à une, mais à cinq années de service militaire que devront être assujettis, en règle, les élèves de nos grands séminaires,

M. Dethou. Comme les autres!

MGR Freppel. Et là ne se borneraient pas les conséquences du nouveau projet de loi dont vous êtes saisis. Si vous consentiez à le voter, aumôniers, vicaires, curés, évêques mêmes, s'ils n'ont pas atteint l'âge de quarante ans...

Quelques membres à gauche ironiquement.

Pourquoi pas ! On en fera des généraux.

M. Janvier de la Motte (Eure). 11 faudrait de votre côté prêcher d'exemple!

MGR Freppel... feraient partie jusqu'à cet âge-là de l'armée active pendant cinq ans, de la réserve de l'armée active pendant quatre ans, de l'armée territoriale pendant cinq

244 discours

ans, de la réserve de l'armée territoriale pendant six ans (je cite l'article 36 de la loi qui désormais leur serait applicable). En outre, ils seraient appelés à prendre part périodiquement à toutes les manœuvres auxquelles sont assujetties les différentes classes de l'armée. Pendant tout ce temps-là que deviendrait le service paroissial? Que deviendraient les autres services publics, dans les collèges, dans les lycées, dans les prisons, dans les hôpitaux et ailleurs? La majorité de votre commission ne me paraît s'en être ni occupée ni préoccupée. En d'autres termes, ce que Barrère n'avait pas osé proposer, dans le rapport dont M. Madier de Montjau vous a donné lecture l'autre jour à cette tribune, ce que la Convention ellemême, en face de la moitié de l'Europe armée contre elle, avait repoussé par son

décret de 1793, en exceptant les évêques, les curés et les vicaires de la loi de recrutement, la majorité de votre commission vous propose de le décréter en pleine paix, en Tannée 1881...

M. le vicomte de Bélizal. Il y a progrès.

MGR Freppel... Et, pour bien marquer quel est le but et le véritable sens de la proposition, M. le rapporteur disait mardi dernier, dans sa réponse à l'honorable M. Peulevey : « Nous avons, nous aussi notre trichine à détruire. »

Quelques voix à gauche. Très bien! très bien!

MGR Freppel. Je regrette, pour l'honneur de cette Chambre, que le Journal officiel de la république française ait reproduit de telles paroles, ou plutôt je ne le regrette pas (rires el exclamations à gauche), car il est bon

que, d'an bout du pays à l'autre, nos 50,000 prêtres sachent comment il est permis de traiter, dans cette enceinte, le clergé de France. (Applaudissements à droite.)

M. Germain Casse. Nous avons bien l'intention de le dire au pays !

MGR Freppel. D'après ce que je viens de dire, vous comprenez facilement que je n'épouve ni le désir ni le besoin de discuter une proposition de ce genre. Je ne veux et je ne dois que soutenir et développer l'amendement que j'oppose au paragraphe 5 du contre-projet de l'honorable comte de Roys et au projet de le commission, et qui, je le répète, est ainsi conçu :

« Sont, à titre conditionnel, dispensés du service militaire les élèves ecclésiastiques désignés à cet effet par les archevêques et

par les évêques, sous la condition qu'ils seront assujetis au service militaire, s'ils cessent les études en vue desquelles ils auront été dispensés, ou si à vingt-six ans ils ne sont pas entrés dans les ordres majeurs. »

Mon intention n'est pas, messieurs, de revenir sur aucun des arguments que j'ai eu Thonneur de développer devant vous dans le cours de la discussion générale contre l'assujettissement des élèves ecclésiastiques au service militaire. Je croirais manquer de respect envers la Chambre en répétant ce qu'elle a bien voulu écouter une première fois avec une attention si soutenue, et peut-être ai-je le droit d'ajouter que mes arguments n'ont pas trop souffert des différentes réponses qu'on a cru pouvoir y opposer. J'avais dit premièrement

que l'incorporation de quelques séminaristes à une armée de 1,100,000 hommes n'ajouterait à la défense nationale aucun élément de force appréciable, et j'en ai conclu que cet assujettissement aurait, aux yeux du pays, le caractère d'une pure vexation, d'une mesure absolument inutile, au point de vue des intérêts de l'Etat et des intérêts de l'armée.

J'avais dit en second lieu, en m'appuyant sur l'expérience et sur des raisons d'ordre moral... (Interruptions à gauche.)... Préféreriez-vous par hasard l'ordre immoral? (Rires à gauche et au centre.)

M. le Président. L'ordre immoral, c'est le désordre; n'en parlons pas!

MGR Freppel. J'avais dit en second lieu que le service militaire obligatoire imposé aux séminaristes compromettrait gravement

les intérêts de l'Eglise, en créant les obstacles les plus sérieux au recrutement du clergé.

J'ai cité des chiffres, j'ai produit des statistiques; là-dessus, on ne m'a rien contesté, et les conséquences que j'en ai tirées ont été acceptées de part et d'autre comme parfaitement logiques.

M. Marion. Comme parfaitement indifférentes !

MGR Freppel. On m'a répondu, non, sans beaucoup d'aisance et de désinvolture, que l'Etat n'avait pas à s'en préoccuper.

M. Madier de Montuu. Parfaitement!

MGR Freppel. Quant aux objections tirées de l'inégalité, de l'obligation pour tous de servir la patrie, de l'utilité qu'il pouvait y avoir pour les séminaristes à voir la vie du monde à travers la caserne, je crois y

avoir répondu en montrant que ce qu'on voudrait appeler un privilège n'est qu'une incompatibilité résultant du ministère sacerdotal, qu'il y a différentes manières de servir efficacement la patrie, qu'une vie entière de dévouement à la société compense surabondamment l'exemption du service militaire; enfin, que la vie, le régime et les habitudes de la caserne sont tout ce qu'il y a de plus contraire au développement d'une vocation ecclésiastique. Telles sont, messieurs, les raisons que j'ai eu l'honneur d'exposer devant vous avant l'interruption amenée dans nos travaux par les vacances de Pâques. Je n'y reviendrai pas.

Si donc, comme vous me permettrez de l'espérer, ces considérations n'ont pas été sans produire quelque impression sur plusieurs d'entre vous, je suis à me demander

quelles raisons pressantes, impérieuses vous poussent à modifier l'état de choses existant et à détruire l'œuvre du législateur de 1872.

Je me le demande avec d'autant plus de surprise qu'en rédigeant l'art. 20 comme il existe et tel que je vous propose de le maintenir, le législateur de 1872 a fait un acte de haute moralité, de haute sagesse et de haute justice. C'est ce que je me propose de démontrer à l'appui de mon amendement.

M. Beaussire* Il s'agit d'une prise en considération.

MttR Freppel* Je présente un amendement au contre-projet de M. le comte de Roys; vous ne pouvez pas voter sur ce contreprojet avant d'avoir entendu le développement de mon amendement.

M. le Président fait remarquer qu'il y

a lieu préalablement de voter sur le contreprojet de Me le comte de Roys.

M. Pâtissier, président de la commission, expose les motifs qui ont déterminé la commission à repousser le contre-projet.

La commission repousse donc la prise en considération, (Aux voix!)

A la majorité de 401 voix contre 28, sur 429 votants, le contre-projet n'est pas adopté.

MGR Freppel demande que la priorité soit donnée à son amendement.

La Chambre, consultée, n'accorde pas la priorité à l'amendement de Mgr Freppel.

Après plusieurs discours de MM. Pâtissier, de la Porte, Ganivet, Bardoux, Monseigneur

put enfin développer son amendement.

M. le Président. La parole est à M. Freppel.

MGR Freppel. Messieurs, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire à cette tribune, j'avais déposé, il y a deux mois, sur le bureau de la Chambre un amendement ainsi conçu :

« Maintenir l'article 20 de la loi du 27 juillet 1872 sur le recrutement de l'armée, ainsi conçu :

« Sont, à titre conditionnel, dispensés du service militaire les élèves ecclésiastiques désignés à cet effet par les archevêques et par les évêques, sous la condition qu'ils seront assujettis au service militaire s'ils cessent les études en vue desquelles ils auront été dispensés, ou si à vingt-six ans

ils ne sont pas entrés dans les ordres majeurs. »

M. Legrand (Pierre). Ce n'est pas un amendement.

M. le Président. Peu importe Tordre de la discussion. Comme la Chambre a paru le désirer tout à l'heure, j'ai donné la parole à M. Freppel, qui vient soutenir la négation même de la loi en combattant le projet de la commission. La parole lui a été donnée, écoutez-le.

M. Legrand (Pierre). Il n'y a pas de vote possible sur une négation*

Sur divers bancs. Laissez parler! laissez parler !

M^R Freppel . J'ai l'intention de vous montrer qu'en rédigeant l'article 20 tel qu'il existe et tel que je vous demande de le maintenir, le législateur de 1872 a fait un

acte de haute moralité, de haute sagesse et de haute justice. Voilà ce que je me propose de vous démontrer à l'appui de mon amendement.

Et d'abord je dis qu'en dispensant les futurs prêtres et les prêtres eux-mêmes du service militaire, — vous voyez bien que je combats le projet de loi dont vous êtes saisis, — le législateur de 1872 a fait un acte de haute moralité.

Il s'est dit : De dures, de tristes, d'inévitables nécessités nous obligent à armer la nation tout entière. Par suite d'événements qu'il, n'a pas été en notre pouvoir de conjurer et qui ne sont pas à l'honneur de la civilisation moderne, la science de la destruction va devenir forcément la science de tout le monde.

Eh bien! au milieu de. cet armement

256 discours

universel dont l'Etat prussien a donné au monde le fatal exemple, il faut au moins, pour l'honneur de l'humanité, pour l'honneur de la France, gu'il y ait une classe d'hommes dont on puisse dire que jamais leurs mains ne seront teintes du sang de leurs semblables.., (Vives exclamations au centre et à gauche. — Très bien ! très bien! à droite); leur nom, leur personne, leur caractère seront un appel incessant à la paix, à l'union, à la concorde, à la fraternité humaine. (Interruptions à gauche. — Approbation à droite.)

Non, il ne faut pas que Ton puisse voir jamais dans leurs mains une arme meurtrière. Ces hommes, appelés par devoir et par état à prêcher le pardon des injures, l'oublf des offenses, l'amour et la charité... (Rumeurs et sourires ironiques sur plusieurs

bancs à gauche,) il ne faut pas qu'on puisse leur dire jamais : Vous avez, vous aussi, versé le sang de vos frères.

Ce sera une exception, soit. Mais cette exception, elle sera tout entière au profit de la justice, de la raison, du sentiment moral, des idées de douceur et d'humanité, de tout ce qu'il y a de plus noble, de plus grand et de plus généreux dans le monde. (Exclamations à gauche. — Très bien! très bien! à droite).

Voilà ce que s'est dit le législateur de 1872 pour excepter de l'armement universel les ministres de la religion. Et en tenant ce langage, il a fait — je le répète, — un acte de haute convenance et de haute moralité. (Très bien ! très bien! à droite.) Ce langage, messieurs, il ne l'a pas tenu seulement à Tégard des curés, des vicaires, des ministres

258 discours

du culte employés dans un service public, mais à l'égard de tout prêtre quel qu'il soit, de tout homme qui, aux yeux du pays, est revêtu de ce caractère exceptionnel et unique.

En venant — contre mon attente — donner la main aux adversaires de la loi de 1872, l'honorable M. Ribot nous disait naguère : « La législation française ne connaît pas le prêtre comme tel, le prêtre ordonné : elle ne connaît que le ministre du culte employé dans un service public. »

Je lui en demande bien pardon, la législation française connaît le prêtre comme tel, par cela même qu'aux termes du premier article du Concordat, elle connaît la religion catholique, apostolique et romaine (Oh! oh ! à gauche), dans la hiérarchie de laquelle le prêtre occupe le second rang, car cette

hiérarchie se compose des évêques, des prêtres et des diacres.

La législation française connaît le prêtre comme tel en plus de dix endroits d'une loi qui vous est chère, la loi du 18 germinal an X. La loi française connaît le prêtre comme tel en l'excluant du jury, en excluant du jury non seulement le curé, le vicaire, mais tout prêtre quel qu'il soit, car il n'y a pas d'exemple d'un prêtre appelé à siéger dans un jury.

La loi française connaît le prêtre comme tel en édictant contre lui des pénalités spéciales, dans des cas particuliers, des pénalités qui sont pas appliquables aux autres citoyens, aux termes des articles 201, 202, 203, 204, 205, 206 du Code pénal. Donc la législation française doit également connaître le prêtre comme tel, lorsqu'il s'agit

de l'exempter d'un service inconciliable et incompatible avec le caractère dont il est revêtu.

Voilà, messieurs, ce qu'avait compris parfaitement le législateur de 1872, et, en cela, il a été l'expression du sentiment public.

Vous faites- vous à l'idée d'un prêtre, hier en chaire, au confessionnal, à l'autel, et demain à la caserne, revêtu de la tunique et faisant l'exercice du canon et du fusil? (Exclamations et rires à gauche.)

Non, quoique vous en disiez, vous ne vous faites pas à cette idée-là, et si vous pouviez vous y faire, le peuple, mieux avisé et moins subtil, ne la comprendra jamais. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Qu'un pareil spectacle, qu'un spectacle aussi étrange puisse se produire en Prusse, en Italie, je ne le sais pas et je veux

l'ignorer... (Exclamations à gauche), mais ce que je sais, et ce que j'aime à dire à l'honneur de nos populations françaises, c'est qu'elles ont un sentiment trop délicat et trop élevé des choses de la religion pour ne pas voir, dans des scènes semblables, l'oubli le plus complet, le plus choquant de toutes les règles et de toutes Jes convenances sociales. (Approbation à droite. — Rumeurs et vives réclamations à gauche.)

Le législateur de 1872 s'est donc inspiré des idées morales les plus élevées dans l'article 20, dont je vous demande le maintien.

J'ajoute qu'il a fait un acte de haute sagesse en réservant aux archevêques et aux évêques le soin de désigner les élèves ecclésiastiques qui mériteraient la dispense du service militaire. (Interruptions à gauche.)

On a prétendu que ce droit de désignation

avait fait augmenter le nombre des dispensés ecclésiastiques. Mais, messieurs, c'est tout juste le contraire. Ici les chiffres parlent plus haut que tous les raisonnements. Je les emprunte au journal Y Armée française. Prenons pour termes de comparaison deux années normales régulières, non troublées par les événements politiques : Tannée 1869, où la loi de 1832 était encore en vigueur, et Tannée 1879.

En 1869, le nombre des dispensés ecclésiastiques était de 2,162.

En 1879, il n'est plus que de 1,674; soit en moins 488.

En 1880, il est un peu plus élevé ; d'après le compte rendu qui vient de nous être distribué sur le recrutement de Tarmée, il est de 2,016; mais il reste toujours inférieur au chiffre de 1869.

Donc, sous l'empire de la loi de 1872, le nombre des dispensés ecclésiastiques a diminué au lieu d'augmenter; cela prouve que le législateur de 1872 $ sagement fait de s'en remettre aux chefs des diocèses pour la désignation des élèves ecclésiastiques auxquels s'appliquerait la dispense du service militaire.

Et la raison en est toute simple. Qui estce qui est le plus compétent pour décider si tel ou tel séminariste offre des marques sérieuses ou présente des garanties certaines de vocation! Qui est-ce qui est le plus intéressé à ne pas ouvrir les rangs du sacerdoce à ceux qui, par manque de vocation, pourraient y porter plus tard la honte ou le déshonneur? C'est évidemment l'évêque. 11 a le poids de la décision comme il a la responsabilité du choix. Il faudrait le supposer

264 discours

dépourvu de tout bon sens, de tout souci de son intérêt propre, pour lui prêter le désir de vouloir pousser dans le sacerdoce des incapables ou des indignes; car il serait la première victime de son imprudence.

Et en vérité, permettez-moi de vous le dire, si vous saviez ce qui se passe dans Târne d'un évêque à la veille des ordinations... (Bruit à gauche), combien il sent la responsabilité qui lui incombe personnellement, de quelles garanties et de quelles précautions il cherche à s'entourer avant d'admettre le jeune séminariste à l'émission de ses vœux; s'il vous avait été donné d'assister à quelqu'une de ces retraites préparatoires pendant lesquels nos excellents directeurs de Saint- Sulpice et de Saint- Lazare représentent aux élèves de nos grands séminaires à quels malheurs et à quels périls

ils s'exposeraient en s'engageant dans un état auquel ils ne seraient pas appelés; si, dis-je, vous étiez témoins de ces choses, quels que puissent être, à cet égard, vos préjugés et vos défiances, vous n'hésiteriez pas un instant à conclure avec moi que les évêques sont les premiers jntéressés à écarter les vocations incertaines et douteuses, et qu'en leur réservant le soin de désigner les élèves ecclésiastiques auxquels devra s'appliquer la dispense du service militaire, le législateur de 1872 a fait un acte de haute sagesse et de haute prudence.

J'ai dit, en dernier lieu, que le législateur de 1872 a fait un acte de haute justice en dispensant du service militaire les futurs prêtres et les prêtres eux-mêmes. On s'est quelquefois récrié contre cette proposition du pape Pie IX déclarant que l'immunité

des clercs ne saurait être abolie sans violation du droit naturel et de l'équité. Mais il n'y a rien de plus simple ni de plus rationnel que cette proposition, pour peu que Ton veuille y réfléchir. Oui, il est contraire au droit naturel, c'est-à-dire à la nature des choses, de transformer un ministère de paix et de charité en un service de guerre. (Interruptions à gauche.)

Les nations païennes elles-mêmes l'avaient compris. Oui, il est contraire à l'équité d'imposer aux séminaristes une charge qui les détournerait de leur vocation, en créant des obstacles presque insurmontables à leur préparation au sacerdoce.

Tout ce que vous avez le droit d'exiger, c'est qu'au point de vue de l'intérêt social, le ministère du prêtre compense l'exemption dont il est l'objet. Eh bien, est-ce qu'il n'en

est pas ainsi? Sériez-vous seuls à ignorer ce que c'est que le prêtre et quels services il rend à l'Etat? Ecoutez un homme qui vous appartient, malheureusement, par la seconde moitié de sa vie, mais qui a été des nôtres par la partie la plus brillante et la plus féconde de sa carrière, M. de Lamennais : « Savez-vous ce que c'est qu'un prêtre, vous, que ce seul nom irrite ou fait sourire de pitié? Un prêtre est, par devoir, l'ami, la Providence vivante de tous les malheureux, le consolateur des affligés, le défenseur de quiconque est privé de défense, l'appui de la veuve, le père de l'orphelin, le réparateur de tous les désordres et de tous les maux qu'engendrent les passions et les funestes doctrines. Sa vie entière n'est qu'un long et héroïque dévouement au bonheur de ses semblables. Qui de vous consentirait à

268 discours

échanger, comme lui, les joies domestiques, toutes les jouissances, tous les biens que les hommes recherchent si avidement, contre des travaux obscurs, des devoirs pénibles, des fonctions dont l'exercice brise le cœur et rebute les sens, pour ne recueillir souvent d'autres fruits de tant de sacrifices que le dédain, l'ingratitude et l'insulte!

« Vous êtes encore plongés dans un profond sommeil, et déjà l'homme de charité, devançant l'aurore, a recommencé le cours de ses bienfaisantes œuvres. Il a soulagé le pauvre, visité le malade, essuyé les pleurs de l'infortune ou fait couler ceux du repentir, instruit l'ignorant, fortifié le faible, affermi dans la vertu des âmes troublées par les orages des passions. Après une journée toute remplie de pareils bienfaits, le soir arrive, mais non le repos. A l'heure où le plaisir

vous appelle aux spectacles, aux fêtes, on accourt en hâte près du ministre sacré : un chrétien touche à ses derniers moments; il va mourir et, peut être, d'une maladie contagieuse, n'importe; le bon pasteur ne laissera point expirer sa brebis sans adoucir ses angoisses, sans l'environner des consolations de l'espérance et de la foi, sans prier, à ses côtés, le Dieu qui mourut pour elle, et qui lui donne, à l'instant même, dans le sacrement d'amour, un gage certain d'immortalité. Voilà le prêtre. »

Mais c'est précisément ici que l'on m'arrête et que je dois répondre en peu de mots aux discours de MM. Madier de Montjau et Lockroy. Ils sont venus vous dire à cette tribune : le prêtre rend des services à l'Eglise, mais il n'en rend pas à l'Etat. Voilà bien le fond et la substance de leur argumentation.

C'est peut-être pour la première fois qu'une pareille proposition tombe, du haut d'une tribune, au milieu d'un pays chrétien. Eh bien, je dis que rien n'est moins fondé. Le prêtre rend des services à l'Etat en même temps qu'à l'Eglise, et par cela même qu'il en rend à l'Eglise. Son ministère consiste à sauver les âmes, avez -vous dit. Sans doute... (Exclamations et rires à gauche. — Applaudissements à droite.) Mais est-ce que l'on peut sauver les âmes sans leur inspirer l'amour du devoir et sans les former à la pratique de la vertu? Est-ce que la pratique de la vertu et l'amour du devoir ne constituent pas pour un Etat le capital social le plus précieux de tous? (Très bien ! à droite.) Estce que l'Etat ne bénéficie pas de ces quarante mille chaires d'où tombé chaque. dimanche, au milieu des populations de nos villes et

de nos campagnes, la parole qui leur inspire et leur rappelle le sentiment de la justice, le respect de soi-même, le souci de la dignité morale, l'esprit de dévouement et de sacrifice, tout ce qui fait la véritable grandeur et la véritable force d'un Etat? (Très bien! à droite.) Y a-t-il un service public comparable à celui-là pour la grandeur du but, pour l'importance et la fécondité des résultats? (Très bien! à droite.)

Ne venez donc pas nous dire que l'Etat ne profite en rien des services du prêtre : les services du prêtre s'étendent à la société tout entière! Dieu me garde de vouloir rabaisser le rôle de l'instituteur public, au moment même où je démande la dispense du service militaire pour lui comme pour le prêtre. Qu'il me soit permis cependant de vous faire observer que les services de Tins-

fituteur public se restreignent à l'enfance, qu'ilsne profitent pas aux familles qui s'adressent à renseignement libre, c'est-à-dire à la moitié de la nation; les services du prêtre, au contraire, s'étendent à tous, aux petits et aux grands, aux riches et aux pauvres, aux savants et aux ignorants, aux malades, aux moribonds, à tous les âges, à toutes les situations et à toutes les conditions de la vie! (Interruption à gauche. — Très bien ! à droite.)

Le service du prêtre s'exerce dans des établissements publics, car le diocèse est un établissement public comme la paroisse est un établissement public; ce sont des circonscriptions déterminées par l'Etat en même temps que' par l'Eglise, et dussè-je m'attirer de la part de M. Madier de Montjau une nouvelle tirade sur la Saint-Barthélémy...

(Sourires à droite), je répéterai qu'il y a en France 35,387,703 catholiques... (Exclamations ironiques à gauche et au centre.)

M. Madierde Montjau. Comme moi, qui le suis statistiquement!

MGR Freppel. Tous vos calculs de fantaisie, toutes vos hypothèses et toutes vos récriminations ne prévaudront jamais contre les chiffres officiels puisés dans les rôles du recensement; des hommes politiques n'en connaissent ni ne peuvent en connaître d'autres.

Un membre à gauche. Et les élections, sontelles catholiques?

MGK Freppel. On a parlé du Concordat; mais, est-ce que les auteurs du Concordat n'ont pas déclaré solennellement que le ministère du prêtre est un service public?

Ils se seraient révoltés à l'idée que la reli-

274 discours

gion, nécessaire au salut des âmes, comme on vous le disait, n'est pas utile à l'Etat. Ils vous auraient rappelé avec Montesquieu... (Oh! oh! à gauche) que « l'homme dépourvu de toute religion est cet animal terrible qui ne sent sa liberté que lorsqu'il déchire et qu'il dévore. » (Interruptions à gauche.) Ce n'est pas moi qui parle, c'est Montesquieu.

Ils vous auraient rappelé, avec le même publiciste, « que les principes du christia* nisme, gravés dans le cœur des citoyens^ sont infiniment plus forts que l'honneur dans les monarchies, que les vertus humaines dans, les républiques, que la crainte servile dans les Etats despotiques. »

Mais écoutez Portalis ; ses belles paroles nous consoleront de celles qu'on est venu apporter à cette tribune.

C'est devant le Corps législatif que Portalis parlait ainsi :

« Comment donc la religion, qui fait de si grandes promesses et de si grandes menaces, ne serait-elle pas utile à la société?

« La loi et la morale ne sauraient suffire.

<( Les lois ne règlent que certaines actions ; la religion les embrasse toutes : les lois n'arrêtent que le bras, la religion règle le cœur; les lois ne sont relatives qu'au citoyen, la religion s'empare de l'homme,.. »

M. Leconte. Quelle religion?

MGR Freppel. Il parlait de la religion catholique!

« Quant à la morale, que serait-elle si elle demeurait reléguée dans la haute région des sciences, et si les institutions religieuses ne l'en faisaient pas descendre pour la rendre sensible au peuple?

(( La morale sans préceptes positifs laisserait la raison sans règles; la morale sans dogmes religieux ne serait qu'une justice sans tribunaux.

« Les habitants de nos campagnes n'offriraient bientôt plus que des hordes sauvages, si, vivant isolés sur un vaste territoire, la religion en les appelant dans les temples, ne leur fournissait de fréquentes occasions de se rapprocher, et ne les disposait ainsi à goûter la douceur des communications sociales.

«... Olez la religion à la masse des hommes : par quoi la remplacerez-vous?

Si l'on n'est pas préoccupé du bien, on le sera du mal : l'esprit et le cœur ne peuvent demeurer vides.

« Quand il n'y aura plus de religion, il n'y aura plus ni patrie, ni société pour des

hommes qui, en recouvrant leur indépendance, n'auront que la force pour en abuser, >;

Voilà, messieurs, le langage d'un véritable homme d'État.

Vous avez parlé des articles organiques... et, à ce propos, je ne puis pas assez m'éton ner que, dans cette Chambre, on veuille mettre sur la même ligne le Concordat et les articles organiques.

Un membre à gauche. Vous les violez tous les jours.

MGR Freppel. Le Concordat date de 1801 ; les articles organiques sont de 1802. Le Concordat est une convention conclue entre le pape Pie VII et le gouvernement de la République française.

Les articles organiques ont été rédigés

par le gouvernement tout seul, sans le Pape,

malgré le Pape et contre le Pape. (Rumeurs

à gauche. — Approbations à droite.) Le Concordat comprend 17 articles, ni plus, ni moins; la loi du 18 germinal an X en comprend 77. Le Concordat ne regarde que les catholiques; la loi du 18 germinal an X comprend des articles relatifs aux protestants et aux israélites. Vous n'irez pas jusqu'à dire, je suppose, que le pape a fait des stipulations pour les protestants et pour les israélites?...

M. Paul Bert. Cela aurait été pour les faire brûler!

MGR Freppel. Par conséquent, ni par leur date, ni parleur origine, ni par leur nature* ni par leur caractère, ni par leur valeur juridique, les deux documents ne sauraient ëtte placés sur la même ligne.

Ce n'est pas, du reste, le moment de traiter cette question à fond; nous y reviendrons.

-, •* ii

Vous avez parlé, dis— je, des articles organiques, et l'honorable M. Lockroy a très bien montré, à mon sens, l'esprit qui les anime, cet esprit de prévention, de défiance, d'hostilité...

M. le Président du conseil. De précaution !

MGR Freppel. De précaution, si vous le voulez.

M. le Président du conseil. De sage précaution.

MGR Freppel. De précaution excessive contre l'Église. Mais comment n'avez-vous pas vu que votre argumentation se retournait contre vous-même ?

Car enfin, ce législateur qui, d'après vous, a montré un si grand esprit de précaution, de défiance contre l'Église, est précisément celui-là même qui, quelques mois après, par sa décision consulaire du 13 messidor

an X et par le décret du 16 ventôse an XIII, dispensait les clercs du service militaire.

Là-dessus, Napoléon Ier n'a jamais varié, comme le disait très bien tout à l'heure l'honorable M. Bardoux : preuve évidente qu'il se croyait engagé, en vertu du Concordat, à ne pas entraver par une loi militaire le recrutement du clergé. Et, en effet, je l'ai dit déjà, et on ne m'a pas répondu, il ne servirait à rien de proclamer lie libre exercice du culte catholique dans nos 37,000 communes de France si, en assujettissant les élèves des grands séminaires au service militaire, vous arrêtiez, vous tarissiez dans sa source le recrutement du sacerdoce. Dès lors, les stipulations du Concordat deviendraient absolument illusoires; vous reprendriez d'une main ce que vous auriez donné de l'autre.

Voilà pourquoi tous les gouvernements qui se sont succédé dans ce pays, depuis quatre-vingts ans, ont toujours vu dans l'exemption du service militaire accordée aux clercs une question de justice, de loyauté et de bonne foi.

Je me résume. En rédigeant l'article 20 comme il est et tel que je vous demande de le maintenir, le législateur de 1872 a fait un acte de haute moralité, de haute sagesse et de haute justice. On vous propose aujourd'hui de détruire son œuvre sans aucune raison tirée des intérêts de l'armée ou des intérêts de l'État; la vraie raison, on doit la chercher dans les discours de M. Madier de Montjau et de M. Lockroy, et il faut savoir gré à nos deux honorables collègues d'avoir déchiré tous les voiles.

282 discours

On vous demande en ce moment de poser un principe dont on ajourne les conséquences jusqu'après les élections pour ne pas effrayer le pays. (Exclamations ironiques à gauche. — Approbation à droite.)

Ces conséquences, qu'on vous fera tirer plus tard du principe une fois posé dans la loi actuelle, c'est la dénonciation du Concordat, c'est la suppression du budget des cultes...

Quelques membres à gauche. Oui! oui!

C'est bien cela!

MGR Freppel c'est-à-dire le clergé de

France réduit à la mendicité (Exclamations ironiques sur divers bancs à gauche) et la plupart de nos églises paroissiales fermées faute de prêtres pour les desservir.

Voilà où l'on veut en venir.

Eh bien, messieurs, il. est bon que le

pays sache ce qui l'attend et qu'il élève son courage à la hauteur du péril. (Oh! oh! à gauche. — Applaudissements à droite.)

(séance du 28 mai 1881)

Pour demander que l'exemption du service militaire accordé aux instituteurs de l'État soit étendue aux membres de renseignement libre.

M. le Président. Sur l'article 2, M. Freppel a déposé un amendement.

MGR Freppel. Messieurs, j'ai présenté, de concert avec plusieurs de mes honorables collègues, MM. de la Bassetière, de Bélizal, le vicomte de Kermenguy, Bourgeois, le comte de Durfort de Civrac, le marquis de Partz, Rauline, le baron Reille, Fauré,

286 discours

du Bodan, de Guilloutet, Desloges, le comte de Maillé, Victor Hamille, le comte Joachim Murât, le comte de Perrien, le duc de Padoue, Livois, de Soland, Gaudin, de la Biliais, le prince de Léon, des Rotours, un amendement ainsi conçu :

« Art. 2. Après le paragraphe 1er rétablir, comme paragraphe 2, le paragraphe 5 de l'ancien article 20, ainsi conçu :

« Les membres et novices des associations religieuses vouées à renseignement et reconnues comme établissement d'utilité publique, et les directeurs, maîtres-adjoints, élèvesmaîtres des écoles fondées ou entretenues par les associations laïques, lorsqu'elles remplissent les mêmes conditions, pourvu, toutefois, que les uns et les autres, avant le tirage au sort, aient pris, devant le recteur de l'Académie, l'engagement de se consacrer

pendant dix ans à renseignement, et s'ils réalisent cet engagement dans un des établissements de l'Association religieuse ou laïque, à condition que cet établissement existe depuis plus de deux ans ou renferme trente élèves au moins. » (Bruit à gauche.)

M. le Président. Vous exprimerez, messieurs, votre opinion dans une forme où elle pourra être utile et appréciée. Je vous demande, quant à présent, de garder le silence.

MGR FreppeL. Messieurs, mon amendement a pour but de préserver d'une ruine certaine l'enseignement libre, tant laïque que congrégàniste, qui n'existera plus que de nom dans un temps donné, si vous votez l'article 2 tel qu'il est rédigé par la commission, c'est-à-dire si vous placez les membres de cet enseignement dans la première et

288 discours

non dans la seconde portion du contingent.

Quelques paroles me suffiront, je l'espère pour démontrer ma proposition.

Pourquoi placez-vous les membres de renseignement public dans la seconde portion du contingent?

C'est évidemment dans l'intérêt de l'enseignement lui-même. Vous vous êtes dit, et avec beaucoup de raison : Si nous assujettissons les membres de l'enseignement public à cinq années de service militaire, la plupart de nos institutions scolaires seront désorganisées; pendant tout ce temps, quantité d'écoles se trouveront dépourvues de maîtres, et surtout de maîtres adjoints. — ce qui serait déjà un très grand inconvénient : — puis, au bout de cinq ans, un grand nombre de ces jeunes hommes ne nous

reviendront pas; leurs goûts auront changé avec leurs habitudes.

Au bout d'une interruption aussi longue et qui les aura complètement détournés de leur but antérieur, ils ne seront guère disposés à reprendre une vie d'études et de travail pédagogique, à laquelle il faut être rompu dès la jeunesse, c'est-à-dire de vingt à vingt-cinq ans et qui, nous pouvons bien le dire, n'a rien d'attrayant par elle-même. Ces jeunes hommes chercheront des carrières plus faciles, plus lucratives, et le personnel de l'enseignement public pourra se trouver diminuer du tiers, de la moitié, peut-être réduit dans des proportions plus fortes encore. Voilà ce que vous vous êtes dit, et, je le répète, avec beaucoup de sagesse. Penser autrement, agir différemment, c'eût été mettre en péril l'enseigne-

ment public à tous ses degrés. Eh bien, je dis que les mêmes motifs sont applicables aux membres de l'enseignement libre, si toutefois vous voulez encore qu'il existe en France un enseignement de ce genre.

Imposer cinq ans de service militaire aux membres de cet enseignement, ce serait la ruine totale de toutes nos écoles libres. (Rumeurs. — Assentiment à droite*)

Pendant tout ce temps, qui fera la classe? qui tiendra l'école? qui dirigera l'institution? Le plus simple et le plus court sera de fermer rétablissement. Et ici, je parle surtout de l'enseignement libre laïque. (Oh! oh! à gauche.)

Car il y a cette différence entre vous et nous, c'est que nous voulons à la fois l'enseignement congréganiste et l'enseignement laïque, tandis que, avec vos idées de liberté

et de tolérance, vous n'en admettez qu'un seul. (Très bien! à droite.)

Je disais donc, messieurs, que je parle surtout de renseignement laïque libre ; car, je vous le demande, quel sera désormais le jeune homme assez simple et assez naïf pour s'engager dans l'enseignement laïque libre, où l'attendent cinq années de service militaire, tandis qu'en choisissant l'enseignement public, il n'aura qu'un an à passer sous les drapeaux? Soyons de bon compte, messieurs; ce qu'on vous propose de décréter, c'est, à bref délai, la mort de l'enseignement libre. L'Assemblée nationale, justement soucieuse de la liberté de l'enseignement, l'avait parfaitement compris. Voilà pourquoi elle avait inséré dans son article 20 le paragraphe que je vous propose d'introduire dans votre article 2.

Et pourquoi ne l'y introduiriez-vous pas? Est-ce que les établissements officiels sont les seuls qui rendent des services à la société au point de vue de l'instruction? Assurément non.

Du moment qu'il s'agit d'associations reconnues d'utilité publique, — et mon amendement ne s'applique qu'à celles-là — du moment qu'il s'agit d'associations d'utilité publique, il est évident qu'à certains égards, ces associations rendent des services publics, ou les mots ne signifient plus rien. Ces associations d'utilité publique rendent des services à la société, par là même qu'elles en rendent à des groupes, à des collections de familles; elles en rendent à l'Etat par cela même qu'elles en rendent à la société, qui n'est autre chose que l'Etat organisé dans l'ensemble de ses pouvoirs et de

ses institutions. Est-ce que l'institution de Sainte-Barbe, qui est une institution libre, ne rend pas des services à la société? Est-ce que le pensionnat libre des Frères de Passy, qui, permettez-moi de vous le rappeler, fait l'admiration de tous les inspecteurs, et qui est un des premiers établissements primaires de France, est-ce que ce pensionnat modèle ne rend pas des services à la société? Pourquoi donc cette inégalité entre les. deux catégories d'instituteurs au point de vue du service militaire?

Je défie qu'on m'en donne une seule raison valable.

Je me trompe, messieurs, il y en a une, une seule, mais celle-là on se garde bien de la donner : c'est le désir de remplacer à bref délai l'enseignement libre par l'enseignement de l'Etat.

294 DISCOURS: a la chambre des députés

Mais alors mieux vaudrait le dire tout de suite et ouvertement. Mieux vaudrait rétablir le monopole de l'Etat que de chercher à détruire l'enseignement libre par des voies indirectes et détournées. Vous ne le voulez pas? Vous ne voulez pas rétablir le monopole de l'Etat? Vous ne voulez pas supprimer renseignement libre? Eh bien, alors, laissezmoi vous le dire, je suis rassuré sur le sort de notre proposition, et j'espère trouver dans cette Chambre une majorité assez libérale pour voter un amendement qui, seul, peut assurer à l'enseignement libre, tant laïque que congréganiste, son existence et sa durée. (Applaudissements à droite.)

(séance du 25 juin 1881)

contre la suppression du crédit pour les bourses des Séminaires.

M. le Président. La parole est à M. Freppel.

Vn membre à gauche. La clôture!

M. le Président. Je rappelle à celui de mes collègues qui demande la clôture, qu'on peut toujours avoir la parole après un ministre. C'est une première raison.

Mais j'en donne une seconde : c'est que

296 discours

M. Freppel a déjà demandé la parole depuis longtemps, et qu'il ne serait pas convenable de ne pas l'entendre. (Rumeurs sur divers bancs à gauche.)

On peut faire une proposition 'i élémentaire disant qu'on ne pourra plus avoir la parole après un ministre; mais, jusqu'à ce qu'elle soit adoptée, on a toujours le droit, je le répète, de répondre à un ministre. (Très bien! Très bien!)

MGR Freppel. Je ne tiens pas, messieurs, à prendre la parole. (Parlez! à gauche.) Je voudrais ajouter simplement quelques détails historiques aux considérations si justes et si élevées qui viennent de vous être présentées par M. le sous-secrétaire d'État.

Je n'avais aucunement l'intention de prendre part au débat engagé entre M. Ballue, d'une part, la commission et le gouverne-

ment, de l'autre, relativement aux bourses de nos séminaires.

Il m'est cependant impossible de ne pas relever certaines inexactitudes qui ont échappé à notre honorable collègue dans le cours de son argumentation.

M. Ballue paraît supposer que la concession d'un certain nombre de bourses dans nos grands séminaires est, de la part de l'État, uue pure libéralité, une mesure tout à fait gracieuse, n'ayant aucune espèce de fondement dans les principes de la justice et de l'équité. Cette opinion ne me semble pas justifiée par les faits.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé relativement aux bourses de nos séminaires, il faut absolument remonter à l'Assemblée constituante de 1789. (Rumeurs sur quelques bancs.)

298 discours

Oh! messieurs, si je remontais à Clovis ou à Charlemagne, je comprendrais vos réclamations»

Plusieurs membres à gauche. Nous ne réclamons pas! Parlez!

MGR Freppel. Permettez-moi donc de vous parler de l'Assemblée nationale de 1789, qui, par son décret du 22 octobre 1790, articles 1er et 2, ordonna, au profit de la nation, la vente des biens des séminaires diocésains. (Très bien! Très bien! à gauche.)

Je n'approuve ni ne blâme en ce moment, je constate un fait.

Mais, à l'instant même, et comme compensation des biens dont ces établissements venaient d'être dépossédés, elle commença par assurer un traitement aux supérieurs et aux directeurs des séminaires. (Article 11 .)

Par un décret du 22 décembre 1790, elle

porta leur traitement (article 1er), outre la nourriture et le logement, à 1,000 livres pour les supérieurs et à 800 livres pour les directeurs.

Jnutile de vous faire observer, messieurs, que ces dispositions n'ont plus^ de place dans notre budget. A cet égard, l'Assemblée constituante de 1789 s'est montrée plus juste et plus généreuse que n'importe quelle assemblée postérieure.

Quant aux élèves des séminaires dépouillés de leurs biens, elle statua dans les articles 5 et 6.

« Art. 5. — 11 sera accordé, sur l'avis des directoires du département, une somme annuelle à chaque séminaire pour les dépenses communes. »

Ici encore, je me permettrai de vous faire observer que si ces dispositions si équi-

tables de l'Assemblée constituante avaient été maintenues, chacun de nos séminaires se trouverait à l'heure présente doté par l'État.

Un membre à gauche. Après avis des directoires.

MGR Freppel. Voici maintenant pour les bourses :

« Art. 11. — L'Assemblée nationale se réserve de statuer sur les bourses ou places gratuites qui étaient établies dans plusieurs séminaires, après que le vœu des départements lui sera connu. »

Et, en effet, l'Assemblée législative qui succéda à l'Assemblée constituante statua sur ce point dans la loi du 8 août 1792 :

« Art. Les bourses ou places gratuites qui étaient établies dans plusieurs séminaires réservés par l'article 6 du décret du 22 dé-

cembre 1790, seront transportées provisoirement au séminaire diocésain de l'arrondissement établi par le décret du 12 juillet 1790, et les titulaires de ces fondations pourront continuer leurs études dans ces nouveaux séminaires jusqu'à l'organisation définitive de l'instruction publique. »

C'est donc, vous le voyez, à l'Assemblée constituante de 1789 et à l'Assemblée législative de 1792 que remonte la fondation ou, pour parler plus exactement, la continuation du service des bourses dans nos grands séminaires, comme compensation des' biens dont ces établissements avaient été dépossédés. Voilà ce que personne ne devrait oublier, ceux-là, surtout qui voient dans les actes de ces deux Assemblées l'origine de notre droit public actuel.

La concession d'un certain nombre de

bourses dans nos grands séminaires a son fondement historique, légal, dans les stipulations de l'Assemblée constituante de 1789 et de l'Assemblée législative de 1792. Et, en vérité, avons-nous tellement reculé dans les voies de la justice et de l'équité, que ce qui paraissait juste et équitable aux législateurs de 1789 et de 1792, c'est-à-dire, laissez-moi vous le dire, à Robespierre et à Danton, ne semble plus qu'une mesure arbitraire et de bon plaisir aux législateurs de 1881?

Voilà ce que je me permets de demander tout d'abord à mes honorables contradicteurs.

■ Il est vrai, messieurs, comme le disait tout à l'heure M. Ballue, que, pour des considérations purement pécuniaires et en raison du déplorable état des finances de l'État en 1801, — M. Thiers nous a rensei-

gnés à cet égard dans son Histoire du Consulat et de F Empire, — le premier consul ne voulut pas s'engager à doter les séminaires dans l'article 11 du Concordat.

Que telle ait été la vraie, Tunique raison de cette absence d'engagement, le témoignage de Portalis en fait foi; et vous ne sauriez désirer un meilleur commentaire de Tariicle 11 du Concordat :

« Les circonstances, dit Portalis, ne permettaient pas à l'État de doter soixante séminaires. »

Les circonstances, entendez bien ce mot. (Exposé des motifs du projet de loi présenté au Corps législatif, le 12 ventôse an XI.)

Mais trois ans ne s'étaient pas écoulés que le premier consul, devenu empereur, se rappelant les dispositions formelles, expresses des Assemblées constituante et législative,

s'empressa cTiastituer des séminaires métropolitains, et cette fois il s'engagea à les doter par la loi du 23 ventôse an XII, article 7 :

« Il sera accordé une maison nationale et une bibliothèque pour chacun des établissements dont il s'agit, et il sera assigné une somme convenable pour l'entretien et les frais des dits établissements. »

Et voici ce que disait Portalis dans l'exposé des motifs à l'appui de la dotation des séminaires métropolitains : ses paroles demandent à être méditées profondément :

« Aucun établissement ne peut exister sans dotation. Autrefois les lois de l'Etat autorisaient les évoques et leur enjoignaient même de doter ces établissements en y unissant des bénéfices. C'était la disposition formelle de l'article 24 de l'ordonnance de

Blois, de l'article 1er de redit de Melun, et de l'article 6 de l'ordonnance de 1629. Dans le moment actuel, cette ressource manque puisqu'il n'y a plus de bénéfices. La dotation des séminaires ne peut donc être qu'à la charge de l'Etat.

« Mais de toutes les dépenses publiques, cette dépense ne saurait être ni la moins utile ni la moins favorable. Les lois romaines plaçaient tout ce qui regarde le culte dans la classe des choses qui appartiennent essentiellement au droit public et qui intéressent d'une manière publique les mœurs d'une nation et le bonheur des hommes. »

On pouvait objecter que, de cette manière, les métropoles, c'est-à-dire les archevêchés, seraient seuls à profiter de la dotation de l'État. Voilà pourquoi le gouvernement impérial rendit le décret du 30 septembre 1807 :

« Voulant faire prospérer rétablissement des séminaires diocésains, favoriser l'éducation de ceux de nos sujets qui se destinent à Tétat ecclésiastique et assurer aux pasteurs des églises des successeurs qui imitent leur zèle et qui, par leurs mœurs et l'instruction qu'ils auront reçue , méritent également la confiance des peuples, nous avons décrété, etc. :

« Art. 1er — A dater du 1er janvier prochain, il sera entretenu à nos frais, dans chaque séminaire diocésain, un nombre de bourses et de demi-bourses, conformément au tableau ci-joint.

Art 2. — Ces bourses et demi-bourses seront accordées par nous sur la présentation des évoques. »

Voilà le décret-loi qui est resté en vigueur jusqu'à nos jours. En le supprimant, vous

%ii — 1 mm

ne détruiriez pas seulement l'œuvre constituée par tous les gouvernements qui se sont succédé dans ce pays depuis quatrevingts ans, mais vous vous mettriez en contradiction, comme je viens de le démontrer, avec les dispositions expresses, formelles de l'Assemblée constituante de 1789 et de l'Assemblée législative de 1792.

C'est tout ce que je voulais établir; et maintenant, permettez-moi un dernier mot, et ce mot sera la confirmation de ce que vous disait tout à l'heure M. le sous-secrétaire d'État. Pour peu que M. Ballue veuille bien y réfléchir, il n'aura pas de peine à comprendre que sa proposition est tout ce qu'il y a de moins démocratique. A qui profitent, en effet, les bourses des séminaires? Ce n'est pas aux enfants des riches, assurément.

A gauche. Non, ils n'entrent pas dans le clergé.

MGR Freppel. C'est aux enfants du peuple, des ouvriers, des cultivateurs peu aisés; car personne n'ignore que la grande majorité du clergé de France ne se recrute ni dans la noblesse ni même dans la bourgeoisie (C'est très vrai! à droite), mais dans le peuple.

C'est donc aux enfants des classes ouvrières, des classes laborieuses que vous fermeriez l'accès du sacerdoce en supprimant les bourses des séminaires.

Il suffit d'énoncer de pareilles conséquences pour être certain d'avance que le principe ne saurait être accepté par cette Chambre. (Très bien! très bien! applaudissements à droite.)

La clôture de la discussion est mise aux voix.

Deux épreuves sont déclarées douteuses; en conséquence la discussion continue.

Le chapitre 6 (bourses des séminaires catholiques), dont M. Ballue demande la suppression, est mise aux voix, et, à la majorité de 295 voix contre 171, sur 466 votants, est adopté.

(séance du 27 juin 1881)

en réponse aux attaques de M. I*érin contre les missionnaires.

MGR Fkeppel. Messieurs, je n'ai pas l'intention de revenir sur les faits qui viennent d'être discutés à cette tribune. J'avais demandé la parole au moment où j'entendais dire que l'activité des missionnaires ne profitait en rien à l'influence française...

Voix à gauche. C'est très vrai!

MGK Fkeppel. Cette assertion m'a paru tellement excessive, que j'ai voulu apporter

dans ce débat quelques renseignements nouveaux.

Je me bornerai à deux congrégations :

celle des Lazaristes et celle des Missions étrangères.

Personne n'ignore, en effet, à quel point l'activité des Lazaristes est profitable à l'influence française dans tout le Levant : leurs écoles, leurs collèges, leurs orphelinats 9 leurs hôpitaux, sont autant d'établissements où Ton apprend à connaître, à respecter et à aimer le nom français. (Très bien! très bien! à droite.)

M. Périn parlait tout à l'heure d'écoles tenues par les missionnaires où Ton n'enseignerait pas la langue française; mais cette assertion est complètement inexacte : les Lazaristes ont à Constantinople dans leurs écoles 1 ,450 enfants et dans leur collège 11 5 ;

à Smyrne, dans les écoles 952 enfants, au collège, 1 1 0 ; en Syrie, dans les écoles 1 ,408, au collège 145; en Grèce, dans les écoles 980 enfants, au collège 130...

Pour ne pas fatiguer la Chambre, à cette heure avancée de la séance, je ne veux pas vous donner le relevé complet, qui embrasserait en outre la Perse, l'Abyssinie, la Chine, etc.

M. Georges Périn. Voulez-vous me permettre une observation?

Plusieurs membres. Laissez parler l'orateur.

MGR Freppel. Il résulte de ce relevé qu'en 1875, grâce aux établissements dirigés par les missionnaires lazaristes, plus de 100,000 enfants avaient appris la langue française à Smyrne et à Constantinople, et autant en Syrie et en Egypte.

M. Georges Périn. Ajoutez que le gouver-

nement français subventionne ces écoles.

(Exclamation à droite.)

M. Keller. Il a bien raison.

MGB Freppel. Vous avez dit que l'activité des missionnaires ne profite pas à l'influence française...

M. Georges Périn. Je le maintiens.

MGR Freppel... Eh bien, je suis monté à la tribune pour démontrer le contraire.

Je dis, messieurs, que ce sont là des faits dont l'importance ne saurait être contestée par personne; j'ajouterai qu'il n'y a pas un ambassadeur près la Porte-Ottomane qui n'ait rendu hommage aux services des Lazaristes dans le Levant, et si M. le ministre des affaires étrangères était présent à la séance, il ne me démentirait certainement pas.

M. le Président. Il me semble, en effet,

que si vous vouliez ajourner vos observations... (Rumeurs à droite.) C'est dans l'intérêt de tout le monde. Je ferai observer que le débat, tel que l'entend l'honorable orateur qui est à la tribune, se rattache plutôt aux affaires étrangères, et la preuve, c'est qu'il regrette que M. le ministre des affaires étrangères no puisse l'entendre. (Interruptions à droite.) Par conséquent, je crois qu'il serait préférable de renvoyer la suite de la discussion au budget des affaires étrangères.

MGR Freppel. C'est M. Périn qui a engagé la discussion d'une manière générale.

M. Georges Périn. Je rappellerai à notre collègue que je n'ai pas parlé des Échelles du Levant, et cela avec intention.

M. le Président. Vous avez même dit que vous renvoyiez l'examen de cette question

à la discussion du budget des affaires étrangères (Interruptions à droite.)

A gauche. Parfaitement.

M. Charles Floquet. Il s'agissait seulement maintenant des missions des colonies!

MGR Freppel. J'avais compris qu'il s'agissait des missionnaires en général et voilà pourquoi je voulais ajouter...

A gauche. Mais vous êtes sorti de la question!

MGR Freppel. Permettez! On a dit que l'influence des missionnaires était inutile et même funeste à la politique française. C'est ce que j'ai entendu dire, et voilà pourquoi je suis monté à la tribune dans l'intention de démontrer le contraire . Pourquoi les missionnaires seraient-ils plus soucieux des intérêts français dans les Échelles du Levant

que dans l'extrême Orient? Voilà ce qu'il m'est impossible de comprendre.

Eh bien, lors des affaires de Méhémet-Ali, en 1840, — je parle des missionnaires, — à qui M. Thiers, alors président du conseil, s'adressa-t-il pour avoir des renseignements exacts et précis sur l'état des choses en Orient? A un missionnaire lazariste, à M. Etienne, que plusieurs d'entre vous ont eu l'honneur de connaître. J'ai là, sous les yeux, le rapport qu'il adressait au gouvernement français à la suite de la mission politique que M. Thiers lui avait confiée.

La Chambre me paraît fatiguée... (Mais non! mais non!) Je lui demanderai cependant la permission de lire quelques lignes de ce rapport si remarquable...

M. Cantagrel. Ce n'est pas la question!

MGR Freppel. Je suis absolument dans la question...

A gauche. Mais non!

M. le Président. Je crois que la question est très intéressante, et elle gagnerait, — vous en avez la preuve dans l'attitude de la Chambre, — à être portée sur son véritable terrain, qui est celui des affaires étrangères. (Très bien ! très bien ! à gauche.)

Je dirai à M. Freppel que, dans l'intérêt même de la thèse qu'il soutient... (Murmures adroite),.. Mais permettez, messieurs, ce que je dis est dans l'intérêt de l'ordre de nos discussions.

A gauche. Parfaitement !

* M. le Président. M. Freppel, en venant traiter une question qui n'a pas été engagée par l'orateur précédent et qui ne se rattache

pas au ministère de la marine, place une question à côté d'une autre.

M. Bourgeois. C'est une réponse à M. Périn.

Si quelqu'un a déplacé la question, c'est M. Périn.

M. le Président. Mais pas du tout; M. Périn n'en a pas dit un mot.

MGR Freppel. Puisqu'on ne me permet pas de rester dans l' Asie-Mineure, je vais aller en Chine. (Très bien! — On rit.)

M. le Président. Là, vous êtes sur le terrain du débat actuel.

MGR Freppel. Je dis donc que,- lors de la guerre de Chine, en 1860, le gouvernement impérial, qui n'était pas exempt de préjugés à cet égard, avait donné pour instructions à M. le baron Gros qui allait traiter avec ce pays, de négliger les missionnaires et de ne pas employer leurs services.

M. LE comte Douville-Maillefeu. Il a bien fait!

MGR„ Freppel. Mais le baron Gros ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'il ne pouvait absolument rien sans le secours des missionnaires, et ce fut l'évêque lazariste de Pékin, Mgr Mouli qui, servant à la fois d'interprète et de négociateur pour le traité conclu avec la Chine, rendit en cette occasion à la France les services les plus signalés. (Très bien! très bien! à droite. )

Je suis bien dans la question, j'espère. Eh bien, messieurs, j'en dirai autant de la communauté des Missions -Étrangères.

Lorsque dernièrement — je ne quitte pas l'extrême Orient, puisque l'on ne me permet pas de prendre pied ailleurs, — lorsque dernièrement votre nouveau ministre au Japon fut reçu pour la premièrefois par le

Mikado, qui est-ce qui lui servit d'interprète? Ce fut un membre de la communauté des Missions-Étrangères de Paris, sans lequel votre envoyé n'aurait même pas pu se faire comprendre, dans l'ignorance où il était de la langue du pays, lui avec toute sa suite. (Rumeurs diverses.)

C'est là, entre autres services, un service indispensable, que les missionnaires seuls peuvent vous rendre, parce que seuls ils connaissent la langue, et ce qui n'est pas moins important, les coutumes, les habitudes et les traditions des contrées de l'extrême Orient.

M. Périn a parlé de services scientifiques. Notre collègue est trop versé dans la question pour ignorer que les membres de la communauté des Missions-Étrangères ont rendu et continuent à rendre les plus grands

services aux sciences, à la géographie, à la linguistique pour tout ce qui concerne l'extrême Orient. Cette année même, ils ont imprimé à Yokohama un dictionnaire et une grammaire d'une langue presque inconnue, la langue coréenne.

L'an dernier l'un deux recevait de la Société géographique de Paris une médaille d'or pour ses travaux. Mais je ne veux pas insister sur ce genre de services, pour m'en tenir uniquement à l'influence politique. Eh bien messieurs, vous avez là depuis le Japon jusqu'à la presqu'île de Malacca, à travers la Corée, la Mantchourie, la Birmanie, la présidence de Madras, vingt -cinq évoques et six. cents missionnaires, tous Français, tous partis du séminaire des Missions - Étrangères de Paris, et dans chacun de ces missionnaires, — quoi qu'on puisse en

dire, — vous comptez un représentant de la France à l'étranger, de son nom, de son esprit, de ses idées, de ses intérêts. (Applaudissements à droite. — Interruptions à gauche.)

M. le comte Douville-Maillefeu. Pas du tout, ce sont des soldats du Pape.

MGR Freppel. Des soldats du Pape et de la France. (Très bien! à droite.)

M. le comte Douville-Maillefeu. Jamais !

MGR Freppel. Voulez-vous, messieurs, que cette grande influence, qui est toute à votre profit, soit contrebalancée, paralysée, neutralisée et finalement remplacée par l'action de nationaux italiens, américains et prussiens?

Non, messieurs, vous portez trop haut le sentiment de l'honneur français pour vou-

loir un pareil résultat; et c'est pourquoi j'espère que vous n'adopterez pas les conclusions apportées à cette tribune par M. Périn. (Approbation à droite.)

(séance DU 9 JUILLET 1881)

contre la suppression de l'aumônerie de l'Ecole normale supérieure

J'ai demandé la parole sur le chapitre VI, pour vous prier de vouloir bien maintenir le crédit de 4,000 fr. , affecté jusqu'ici au traitement de l'aumônier de l'Ecole normale supérieure... (Exclamations sur divers bancs à gauche), traitement que la commission du budget vous propose de supprimer, contrairement à la demande du gouvernement. L'aumônerie de l'Ecole normale supérieure remonte à l'origine même

326 discours

de cet établissement, du moins tel qu'il existe sous sa forme actuelle. Elle a été instituée par les lois et règlements qui, en 1808 et en 1810, ont organisé la haute école où se recrute l'élite des professeurs de l'Université. À partir de ce moment-là, et malgré tous les changements que les divers régimes se sont plu à y introduire, l'Ecole normale a toujours conservé son aumônier, conformément à la pensée de ses fondateurs. Sur ce point, M. Cousin et M. Duruy n'ont pas été d'un autre avis que M. de Fontanes et Tévéque d'Hermopolis, Mgr Frayssinous. A tous ces hommes d'Etat qui, à des époques et avec des idées bien diverses, ont eu à mettre la main au régime intérieur de l'établissement dont je parle, il avait paru que si la religion doit avoir sa place quelque part, c'est dans l'institution où se forment et se

préparent les maîtres les plus distingués de la jeunesse française.

Et, en effet, quel moyen pour ces jeunes esprits d'éliminer la religion du cadre de leurs études? La religion! mais ils la rencontrent partout, dans la littérature, dont ils étudient les chefs-d'œuvre pour les interpréter plus tard; dans l'éloquence, dans l'éloquence française surtout, qui doit à la religion plusieurs de ses modèles les plus achevés; dans l'histoire, où elle apparaît à chaque page; dans la philosophie, avec laquelle la religion a des rapports si intimes et si profonds. Ailleurs, on peut se contenter d'une connaissance plus ou moins élémentaire des vérités de la religion ; mais à l'Ecole normale, précisément parce qu'on y approfondit davantage les questions de la vie et de la destinée humaines, l'enseignement

religieux, sous une forme plus élevée, avait paru une nécessité de premier ordre. Ainsi, du moins, l'avaient compris tous les ministres de l'instruction publique qui se sont succédé dans ce pays depuis 1808. (Très bien! à droite.) De là ces conférences religieuses données par les aumôniers de l'Ecole normale jusqu'à ces derniers temps, avec quel sérieux et quel éclat! Ceux-là ne l'ont pas oublié dans l'Université, qui ont eu la bonne fortune de suivre les instructions de l'abbé Gratry, de l'abbé Flandrin, pour ne parler que des morts.

Pourquoi rendre impossible à l'avenir un enseignement auquel, si tel était votre désir, aucun élève ne serait tenu de prendre part, que chacun suivrait bénévolement, mais qui permettrait à tous ceux qui le voudraient d'acquérir en matière de religion une ins-

truction supérieure , en rapport avec le degré de culture, avec la science et les aptitudes d'hommes destinés à occuper un jour les plus hautes chaires de nos lycées et de nos facultés?

Je ne vois aucun motif de supprimer un pareil enseignement devenu facultatif; en profitera qui voudra, mais n'allez pas, sous prétexte de liberté de conscience, en priver les élèves catholiques de l'Ecole normale qui voudraient y chercher le terme et le complément de leurs études. (Rumeurs à gauche. — Très bien! très bien! à droite. )

A ce premier motif, vous me permettrez d'en ajouter un second; car à côté d'un enseignement dont la nécessité, ou du moins la haute utilité ne me paraît pas contestable, il y a, messieurs, ce qui n'est pas moins important, il y a la direction spirituelle et

morale, il y a la direction des consciences. La commission du budget a-t-elle bien envisagé ce côté de la question avant de vous proposer la suppression de l'aumônene de l'Ecole normale? Comment! messieurs, voilà 127 jeunes hommes, tous distingués, admis à la suite d'épreuves très sérieuses, les voilà, je puis bien le dire, à l'âge le plus difficile, le plus critique de la vie, de dix-sept à vingt ans, les voilà sans guide, sans conseil, sans direction dans les choses de la conscience! Personne à l'intérieur de l'établissement, personne en l'absence du prêtre qui puisse résoudre leurs doutes, répondre à leurs difficultés, réfuter leurs objections, s'il s'en présente à leur esprit, et remettre au besoin l'ordre et la paix dans une âme inquiète! Vous n'avez pas le droit de leur créer une pareille situation. (Approbation à

droite.) Vous n'avez pas le droit de les placer dans un isolement qui pourrait devenir pour quelques-uns d'entre eux une source

K d'inquiétude et de souffrance morale. (Nouvelle approbation à droite.)

Et, d'ailleurs, vous êtes liés par une obligation stricte et rigoureuse envers les familles chrétiennes qui vous confient leurs fils. (Très bien! à droite.) Car, messieurs, il ne faut pas l'oublier, la très grande majorité, la presque unanimité des élèves de l'Ecole normale appartiennent à des familles catholiques: et nul n'est autorisé à prétendre qu'ils ont renoncé à leur foi ; par conséquent, ils ont droit à tous les moyens spirituels qui peuvent la soutenir et la conserver, (Très bien! très bien! à droite.)

11 ne s'agit pas de les renvoyer un peu cavalièrement, un peu dédaigneusement ,

332 discours

passez-moi le mot, aux prêtres des paroisses qu'ils ne connaissent pas et qui ne sont pas tenus d'avoir l'expérience particulière, les aptitudes spéciales que réclame un ministère si délicat et si élevé. Je pourrais, messieurs, vous citer tel évêque, ancien élève de l'Ecole normale, qui a dû au ministère de l'aumônier, M. l'abbé Gratry, d'être ce qu'il est devenu pour le bien de son diocèse et pour l'honneur de l'épiscopat . (Très bien ! à droite.) Eh bien, m'appuyant sur cet exemple et sur beaucoup d'autres, que je passe sous silence par pure discrétion, je demande qu'il reste au milieu de l'Ecole normale un prêtre constamment au service des élèves et pouvant leur donner, selon qu'il leur plaira, les lumières et les conseils dont ils croient avoir besoin. C'est un droit, c'est une liberté que je réclame pour eux hautement. (Applau-

dissements à droite. Rumeurs à gauche.)

M. Dethou. 11 faudra aussi y mettre un rabbin et un marabout. (Rires à gauche.)

MGR Freppel. Je demande encore que les élèves de l'Ecole normale supérieure — et c'est là mon troisième motif — ne soient pas réduits à aller chercher, chaque dimanche matin, dans les paroisses de la capitale, pour remplir leurs devoirs religieux, une messe qu'ils trouvent aujourd'hui dans l'intérieur de l'établissement.

M. Langlots. Ils iront à Saint-Jacques-du- Haut-Pas !

MGR Freppel. Car enfin, messieurs, à côté de l'enseignement, de la direction spirituelle et morale, dont je viens de parler, il y a encore le ciilte, il y a les exercices religieux.

M. le rapporteur de la commission du

budget croit avoir levé toutes les difficultés

334 discours

en faisant observer que les élèves de l'Ecole normale , pouvant sortir deux fois par semaine, sont libres de remplir leurs devoirs religieux dans leurs paroisses respectives . Absolument parlant, sans doute : mais pourquoi leur imposer cette gêne, cette entrave, cette contrainte? Pourquoi les obliger à chercher au dehors ce qu'ils trouvaient avec tant de facilité dans l'intérieur de l'établissement? Êtes-vous bien sûrs, d'autre part, que l'heure des sorties coïncide exactement avec l'heure des messes dans les paroisses environnantes? Et puis, messieurs, le personnel de l'établissement, le directeur, les maîtres, les employés, les domestiques, c'est également dans les paroisses de la capitale que vous les envoyez remplir leurs devoirs religieux? Tous ces déplacements , tous ces dérangements dans les services et dans les

emplois, vous ne les comptez donc pour rien? L'essentiel pour vous, c'est d'avoir réalisé une économie de 4,000 francs! En vérité, messieurs, vous n'êtes pas généreux envers l'Ecole normale supérieure. (Très bien ! très bien! à droite.)

M. le Rapporteur ne manquera pas de répéter ce qu'il a dit dans son rapport; il viendra sans doute m'opposer l'exemple de l'École polytechnique. Eh bien, je lui répondrai franchement que cet exemple ne me touche en aucune façon. De ce que le gouvernement de Juillet a mal fait en supprimant l'aumônerie de l'Ecole polytechnique, il ne s'ensuit pas que le gouvernement de la République doive l'imiter en supprimant celle de l'École normale. (Très bien! très bien! à droite.)

C'est en vérité une étrange façon de mettre

336 discours

à profit l'expérience des régimes antérieurs que de laisser là leurs qualités pour ne prendre que leurs défauts. (Très bien! à droite. — Interruptions à gauche.) Et d'ailleurs il y a une très grande différence entre l'École polytechnique et TÉcole normale supérieure. Ce n'est pas à l'École polytechnique que se forment et se préparent les hommes dont Lakanal disait dans son rapport du 9 brumaire an III : « Ils sont les premiers maîtres d'école du peuple français. » Les élèves de l'École polytechnique ne se destinent pas aux fonctions de l'enseignement; ils ne seront pas chargés, comme les professeurs sortant de ce séminaire philosophique. . . (Oh ! oh! à gauche) de ce séminaire de l'Université, ainsi que le nommait Sainte-Beuve, ils ne seront pas chargés, comme les élèves de l'Ecole normale, de faire l'éducation

d'une grande partie de la jeunesse française. Il n'y a donc pas de parité à établir entre les deux institutions.. (Très bien! très bien! à droite.)

Enfin, messieurs, — et c'est par là que je termine mon discours, — je voudrais vous rendre attentifs aux conséquences de la mesure que Ton vous propose d'adopter. Elle produira, soyez-en bien convaincus, dans une partie du pays, une impression fâcheuse et voici pourquoi : (Très bien! à droite. — Bruit à gauche.) On y verra un premier pas vers la suppression d'autres institutions similaires. (Marques d'assentiment à gauche.) Les interruptions qui se produisent en ce moment montrent bien que j'ai touché juste. (Oui! oui! à gauche.) Après l'École normale supérieure, ce sera le tour des Ecoles normales primaires.

338 discours

Quelques membres à gauche. Pourquoi pas? — Et la laïcité ?

MGR Freppel, Laissez-moi, je vous prie, conduire comme je l'entends, le fil de mon argumentation.

On ne manquera pas de reproduire, au sujet des écoles normales primaires, l'argument de la commission, à savoir que les élèves de ces écoles, étant libres de sortir le dimanche, peuvent accomplir leurs devoirs religieux dans les paroisses. (Assentiment à gauche.) Dès lors, pour les futurs instituteurs comme pour les futurs professeurs de nos collèges, de nos lycées et de nos facultés, plus d'enseignement religieux, plus de direction spirituelle et morale, plus d'exercices du culte dans l'intérieur de l'école. (Très bien ! à gauche.)

Ce n'est pas tout, messieurs. A tort ou à

raison, — et selon moi avec infiniment de raison, — les parents chrétiens verront dans la suppression de l'aumônerie de l'École normale supérieure un coup d'essai pour arriver à la suppression de Taumônerie dans tous les collèges et lycées de l'État... (Très bien! très bien! à gauche.) Car, une fois le principe admis, on pourra prétendre à égal droit que les élèves des collèges et lycées de l'État sont libres de remplir leurs devoirs religieux dans Jeur paroisse, qu'on peut les y laisser aller, et même les y conduire, s'ils sont internes, sans excepter les exercices de la première communion. Dès lors, à quoi bon des aumôniers? Pourquoi un enseignement religieux spécial? Pourquoi une direction spirituelle et morale? Pourquoi des exercices du culte dans l'intérieur du collège ou du lycée?

A gauche. Mais oui! pourquoi?

MGR Freppel. La conséquence logique, rigoureuse, inévitable de la mesure qu'on vous propose d'adopter, c'est la suppression, à bref délai, de l'aumônerie dans tous les établissements universitaires.

A gauche. Parfaitement.

M. le Ministre. Il n'y a aucune assimilation possible !

MGR Freppel. Eh bien, messieurs, voulezvous en arriver là?

A gauche. Oui ! oui!

M. le vicomte de Kermenguy. Voilà de la franchise, au moins.

MGR Freppel. Voulez-vous ouvrir de telles perspectives devant les familles chrétiennes? Voulez-vous semer de pareilles défiances dans l'opinion, au risque de mettre en péril le recrutement de vos collèges et de vos

lycées? Vous êtes assurément libres de le faire; mais permettez-moi, pour le moment, d'être plus universitaire que vous-mêmes et de prendre en main la défense des véritables intérêts d'une institution qui, malgré les défauts qu'on peut lui reprocher, ne laisse pas d'être Tune des forces intellectuelles et scientifiques de la France...

Un membre à gauche. Que vous vouliez détruire !

M. Alphonse Gent. Elle préférerait un autre avocat !

MGR Fkeppel. On me dit que l'Université préférerait un autre avocat ; il me sera permis de répondre à mon interrupteur que j'ai eu l'honneur de professer pendant douze ans dans une faculté de l'Université et qu'il n'en peut pas dire autant. (Applaudissements et rires à droite.)

Je me résume et je conclus. L'École normale supérieure, privée de son aumônier, privée de tout service religieux, serait à mes yeux une institution amoindrie, mutilée, découronnée! Aussi, j'espère que le Gouvernement, soucieux de l'honneur et de la dignité de nos établissements scolaires, voudra bien joindre ses efforts aux nôtres pour demander et obtenir le maintien du représentant de la religion au sein de la première école de l'Université. Compromettre de si graves intérêts pour le vain plaisir de réaliser une mesquine économie de 4,000 fr. ne serait digne ni de cette Chambre ni de ce pays. (Vifs applaudissements à droite.)

(séance DU 19 JUILLET 1881)

contre une proposition tendant à supprimer les Chapelains de Ste-Geneviève et à enlever l'église au culte.

MGR Freppel. Messieurs, je suis absolument aux ordres de la Chambre. Je me permettrai cependant de lui faire observer que l'heure est assez avancée...

A gauche. Non! non! — Parlez! parlez!

MGR Freppel. ... Et que les bancs sont fort dégarnis. (Parlez !)

J'ai commencé par déclarer que j'étais aux ordres de la Chambre ; néanmoins, elle ne trouvera pas mauvais que je lui demande

344 discours

la remise de la discussion à une prochaine séance.

A droite. Oui! oui!

A gauche. Parlez ! parlez !

M. Benjamin Raspail, rapporteur. Il y a longtemps que cette question est à Tordre du jour.

M. le Président. Je consulte la Chambre sur la remise de la discussion à une prochaine séance.

(La Chambre, consultée, décide que la discussion aura lieu immédiatement.)

MGR Freppel. Messieurs, parmi toutes les entreprises auxquelles peut se livrer l'esprit de parti, je n'en connais pas de moins sérieuses que celles qui consistent à s'attaquer aux monuments de l'histoire.

Quels que soient les événements qui amènent au pouvoir les uns ou les autres dans

un pays profondément troublé par les révolutions, le respect du passé devrait s'imposer à tous comme une règle invariable.

Se venger sur des édifices... (Bruit de conversations.)

Ah! si vous m'interrompez dès le commencement, nous en avons pour longtemps. . . (Parlez! parlez! à droite), se venger, dis-je sur des édifices pour dénaturer leur caractère et changer leur destination, m'a toujours paru l'abus le plus frivole que Ton puisse faire d'une victoire politique. Et quand ces monuments rappellent l'un des souvenirs les plus touchants de la vie nationale, quand la religion, d'accord avec la patrie, les a marqués de son sceau, on ne saurait y porter atteinte sans ajouter au mépris des convenances l'idée d'un sacrilège et d'une profanation.

346 discours

Ces réflexions me viennent tout naturellement à l'esprit devant la proposition de loi sur laquelle vous êtes appelés à délibérer. Ce qu'on vous demande, c'est de vous attaquer, sans aucun motif sérieux, à l'un des monuments de l'histoire du pays; c'est de détourner l'église Sainte-Geneviève de sa destination primitive; c'est d'effacer de la pierre du moins, — car vous seriez impuissants à l'effacer d'ailleurs, — l'une des grandes pages de notre histoire; c'est de

blesser au vif le sentiment religieux et le sentiment national; et cela, je le répète,

sans l'ombre d'un prétexte, dans le seul et

unique but de satisfaire un vain ressentiment

contre les pouvoirs qui vous ont précédés.

Les expressions si amères du rapport de

M. Raspail ne permettent aucun doute à cet

égard.

Tels sont, messieurs, les différents points que je dois établir devant vous, et quand je les aurai démontrés, comme je l'espère, vous me permettrez de penser que vous repousserez une proposition aussi contraire à la justice, et à l'équité qu'au vrai patriotisme. (Très bien! à droite.)

Et d'abord, messieurs, il ne saurait y avoir aucune espèce de doute sur la destination primitive de l'édifice dont il est question. Quand j'entends parler de restitution ou d'usurpation à propos d'une basilique affectée, dès le premier moment et dans la pensée de son fondateur, au culte de sainte Geneviève, je ne puis m'empêcher de Voir dans une telle assertion une des contre-vérités le? plus audacieuses qu'il soit possible d'imaginer.

M. Achard. Je demande la parole.

MGR Freppel. Dans le cours du débat sur la prise en considération de la proposition de loi, M. le Rapporteur en est convenu luimême. « La pensée de la fondation de l'église Sainte-Geneviève, disait-il, émane, en effet, de Louis XV, qui, malade en 1754... » — M. Achard aurait dû dire en 1744 — « fit vœu, s'il guérissait, d'élever et de consacrer un temple à sainte Geneviève. Les travaux, commencés en 1757, étaient, en ce qui concerne les œuvres extérieures et les ornementations sculpturales, terminés en 1791. »

Là-dessus, messieurs, il n'y a donc pas de contestation possible : c'est bien en l'honneur de sainte Geneviève, patronne de Paris et de la France... (Rires ironiques à gauche. — Très bien! à droite)

Permettez-moi, messieurs, de vous dire

que vous devriez être satisfaits d'entendre parler de sainte Geneviève aujourd'hui, après les étranges récits que Ton a portés hier à cette tribune... (Exclamations ironiques à gauche.)

A gauche. Quel rapport ces choses ont-elles?

MGR Freppel... et l'honorable M. Benjamin Raspail ne devrait pas m'en vouloir de brûler un peu de camphre sur tout cela. (Rires et exclamations en sens divers.)

M. Achard. Nous n'avons pas l'intention de confondre sainte Geneviève avec Mme Eyben.

M. le Président. N'interrompez pas, monsieur Achard. Vous avez demandé la parole : quand vous serez à la tribune, vous me demanderez de vous protéger contre les interruptions de droite; si la réciprocité n'a

pas eu lieu, je serai impuissant.

MGR Freppel. Je disais donc, et personne n'osera me contredire, que c'est bien en l'honneur de sainte Geneviève, patronne de Paris et de la France, que Louis XV fit construire la basilique dont il s'agit; et c'est à cette intention que, le 6 septembre 1764, le roi lui-même posa solennellement la première pierre de la nouvelle église destinée à remplacer l'ancienne, qui tombait en ruines, et dont elle devait être la suite et la continuation. Ne parlez donc pas de rendre l'édifice à sa destination; sa vraie destination, sa destination primitive > la voilà : elle est tout entière dans la pensée de son fondateur, qui, par l'érection d'un monument splendide, voulait rappeler douze siècles d'histoire.

Cat» c'est là, sur ces lieux mêmes, que s'élevait depuis 506, c'est-à-dire depuis les

origines de la France, l'antique église où tout Paris était venu, pendant douze cents années, vénérer le tombeau et les reliques de sainte Geneviève.

M. Riban. Où sont-elles, les reliques?

MGR Freppel. Vous ne connaîtriez plus l'histoire de la capitale si vous aviez pu oublier que le culte et la mémoire de sainte Geneviève se sont attachés constamment à cette montagne qui a pris et gardé son nom jusqu'à nos jours.

Là, s'élevait cette célèbre abbaye de Sainte-Geneviève dont vous avez recueilli les trésors littéraires dans une bibliothèque que vous vous êtes bien gardés d'appeler bibliothèque du Panthéon, que vous avez appelée avec raison bibliothèque de Sainte- Geneviève, par respect pour la vérité historique. (Interruptions à gauche.)

Là, autour de l'église Sainte-Geneviève, étaient venues se grouper à partir du treizième siècle les grandes écoles qui composaient l'Université de Paris, dont l'abbé de Sainte-Geneviève était le chancelier.

Quoi donc de plus naturel, quoi de plus conforme à la tradition et à l'histoire que d'avoir choisi cet emplacement pour y élever en l'honneur de la patronne de Paris un monument digne d'elle? Changer le caractère de ce monument, l'enlever à sa destination religieuse, ce serait un contre-sens historique; ce serait le mépris de tous les souvenirs qui, depuis le sixième jusqu'au dix-huitième siècle, ont fait de la basilique de Sainte-Geneviève, ancienne ou nouvelle, le mémorial d'un passé à jamais glorieux pour Paris et pour la France. (Très bien ! à droite.)

M. Talandier. Vous nous prenez toujours pour des catholiques! (Rires approbatifs à gauche.)

MGR Freppel. Voilà pourquoi j'ai ajouté qu'en cherchant à effacer cette grande page d'histoire, écrite sur la pierre d'un monument célèbre, vous blesseriez au vif et du même coup le sentiment religieux et le sentiment national. (Interruptions.)

Vous avez beau vous récrier, par suite de je ne sais quelle prévention, vous ne contesterez pas raisonnablement ce que sainte Geneviève a été pour Paris depuis le sixième siècle et ce qu'elle est aujourd'hui encore pour la capitale de la France.

Dans le cours du débat sur la prise en considération, on a parlé de contes, de fictions, de légendes dorées à propos de cette question. Je ne sais môme pas si l'hono-

rable président de la Chambre ne s'est pas servi à son tour d'expressions pareilles.

Un membre à gauche. Il en est bien capable.

MGR Freppel. Eh bien, ces qualifications ne s'appliquent en aucune façon aux faits dont il s'agit. La vie et les actions de sainte Geneviève... (Exclamations à gauche, t— Très bien! très bien! à droite.)

Messieurs, je vous expose les motifs pour lesquels vous devez conserver à sainte Geneviève l'église qui lui est dédiée.

Un membre à gauche. C'est de la fable!

A droite. Parlez pour vous.

MGR Freppel. On a contesté le caractère historique de la vie de sainte Geneviève; je suis monté à cette tribune pour l'établir, et les plus difficiles vont être convaincus. La vie et les actions de sainte Geneviève, les

services éclatants qu'elle a rendus à la ville de Paris en la sauvant de l'invasion et de la famine appartiennent au domaine de l'histoire la plus strictement... (Dénégations à gauche.) Attendez donc mes arguments, messieurs!

M. le Président. Messieurs, je vous invite au silence. Que prouvent vos interruptions? Pas autre chose que votre intolérance; et vous devriez être doublement tolérants à l'égard de l'orateur qui est à la tribune.

Un membre à gauche. Il nous prend pour des imbéciles.

M. Beauquier* Il n'est pas devant un auditoire de bedeaux?

M. le Président. Vous avez, messieurs, le droit de venir à la Iribune exposer vos opinions, mais votre devoir est d'écouter votre collègue.

356 discours

MGR Freppel. La vie et les actions de sainte Geneviève appartiennent au domaine de l'histoire la plus strictement, la plus rigoureusement véridique. Ce n'est pas à une distance plus ou moins longue des événenements qu'ils ont été consignés par écrit. Ce n'est pas même à Grégoire de Tours, le père de notre histoire nationale... (Oh! oh ! à gauche.)

Alors vous ne connaissez pas même Grégoire de Tours?... Ils ne savent rien!

(Bruit.)

Oh ! du reste, vous ne m'intimiderez pas.

Ce n'est pas même à Grégoire de Tours, le père de notre histoire nationale, qu'il faut demander la première relation de cette merveilleuse carrière.

Dix-huit années après la mort de sainte Geneviève, en 530, paraissait déjà sa pre-

mière vie, écrite en latin par l'un de ses contemporains. (Interruptions.)

M. le baron Reille. C'est de l'histoire! En voulez-vous donc, vous, faire une nouvelle?

MGH Freppel. Depuis ce moment, les témoignages se succèdent, plus nombreux, plus rapprochés des faits que pour n'importe quel autre personnage de l'époque mérovingienne.

Ecoutez M. Amédée Thierry, l'un des chefs de l'école historique moderne. Vous ne direz pas que M. Amédée Thierry a collaboré à la Légende dorée, qui, du reste, a une valeur historique bien plus grande que vous ne le pensez.

Voici ce qu'éciivait à ce sujet le savant auteur de l'Histoire d'Attila :

« La ville de Paris doit sa conservation

358 discours

à l'obstination courageuse d'une pauvre et simple fille; si ses habitants se fussent alors dispersés, bien des causes eussent pu empêcher leur retour, et, selon toute apparence, la petite ville de Lutèce, réservée à de si hautes destinées, serait devenue, comme tant d'autres cités gauloises plus importantes qu'elle, un désert dont l'herbe et les eaux recouvriraient aujourd'hui les ruines, et où l'antiquaire chercherait peut-être une trace d'Attila. » .

Erasme n'était pas non plus, que je sache, un esprit bien crédule. Or, tous les érudits connaissent le poème qu'Erasme composait, en 1493, en actions de grâces pour sa guérison qu'il attribuait à l'intercession de la patronne de Paris.

Et Voltaire...

A gauche. Ah ! ah !

M. le Président. Messieurs, n'interrompez pas Voltaire! (On rit.)

MGB Freppel. Messieurs, je choisis parmi les autorités, non pas les plus imposantes, mais celles qui peuvent le mieux vous convenir.

Et Voltaire, qui ne passe pas davantage pour un grand amateur de légendes, qu'estce qu'il pensait de la question qui nous occupe? « J'éprouve, ëcrivait-il à la marquise de Créqui, une émotion d'enfant sitôt qu'il est question de sainte Geneviève. »

Et dans un style que je me garderai bien d'appliquer à M. Benjamin Raspail, il parlait d'arracher les yeux à quiconque médirait de celle qu'il appelait sa bergère et sa bonne vierge. (Exclamations et rires à gauche.)

En parlant de la sorte * Voltaire s'exprimait

en véritable enfant de Paris. C'est, qu'en effet, le nom de sainte Geneviève et celui de la capitale sont restés inséparables dans l'histoire. 11 n'y a pas un événement tant soit peu considérable dans leur passé auquel les Parisiens n'aient associé leur dévotion et leur reconnaissance envers l'héroïque vierge de Nanterre; il n'est pas de fléau, pas de calamité, pas de nécessité pressante et extraordinaire qui ne leur ait fourni l'occasion de témoigner publiquement leur confiance dans la patronne de la cité.

M. Cantagrel. Et leur superstition! (Exclamations à droite.)

M. de la Rochefoucauld, duc deBisaccia.

Cela prouve bien votre ignorance! (Rires approbatifs à droite. — Rires ironiques à gauche.)

MGR Fkeppel. Les processions solennelles

A LA CHAMBRE DES DÉfUTÉS 361

de la châsse de sainte Geneviève, dont vos annales font mention, et qui se sont succédé* depuis* le neuvième siècle jusqu'à Tannée 1765, date de la dernière, ont été autant de manifestations nationales, où Ton voyait se confondre dans un même sentiment de respect et de vénération tous les rangs, toutes les conditions et toutes les classes de la société... (Rumeurs à gauche. — Très bien ! à droite). Et vous savez si aujourd'hui les neuvaines de sainte Geneviève ont perdu quelque chose de leur éclat et de leur popularité. (Nouvelles interruptions à gauche. — Très bien! à droite.)

II n'est peut-être pas de ville au monde où le culte d'un saint, protecteur de la patrie, soit célébré chaque année avec un élan plus général et plus spontané. Le jour des Morts,

le Vendredi saint, le 3 janvier, fête de sainte

362 discours

Geneviève, sont trois grandes journées où le peuple de Paris se retrouve tel qu'il est resté au fond, avec ses sentiments les plus élevés et les meilleurs; ceux qui dénotent son respect pour la religion et sa croyance en l'immortalité. (Applaudissements à droite.)

J'ai donc eu raison de dire que, en dépossédant sainte Geneviève de la basilique qui lui a été dédiée dès l'origine, vous blesseriez tout ensemble, dans le présent comme dans le passé, le sentiment religieux et le sentiment national.

Mais, me dira-t-on, nous ne songeons aucunement à porter atteinte au culte de sainte Geneviève; il pourra se continuer tout à son aise dans l'église voisine, l'église Saint-Etienne-du-Mont.

Comment! Messieurs, ce n'est pas porter atteinte au culte de sainte Geneviève que

de le reléguer dans une église qui ne porte même pas le nom de la sainte, qui n'a jamais été consacrée à sa mémoire, dans laquelle son tombeau n'a été transféré en 1803 qu'accidentellement, provisoirement, et pour le seul motif que tous les travaux n'étaient pas encore entièrement terminés dans la basilique. Comment! ce n'est pas porter atteinte au culte et à la mémoire de sainte Geneviève que d'effacer son nom de sa basilique pour y substituer un nom païen, celui de Panthéon...

A gauche. Oh! oh!

MGR Freppel... d'en bannir ses prêtres, sa châsse, ses reliques, tout ce qui peut rappeler sa mémoire, et cela après trente années paisibles et non interrompues de prédications, de pèlerinages, d'offices et de services divins? Par suite de la spoliation

que vous méditez... (Réclamations à gauche.)

M.. Henri Villain. Vous avez violé les tombeaux de Voltaire et de Rousseau qui s'y trouvaient!

M. le Président. N'interrompez pas!

A gauche. Et les frères Puymorin? Vous les oubliez aussi!

MGR Freppel. Les frères Puymorin n'ont rien à faire dans ce débat. (Nouvelles interruptions à gauche.)

M. de la. Rochefoucauld, duc de Bisaccia. Ces interruptions sont inconvenantes.

M. le Président. S'il est au-dessus des forces des interrupteurs de prêter leur attention à l'orateur qui est à la tribune, ils ont un moyen très facile de simplifier la situation. Je ne l'indique pas davantage. (Très bien! très bien! à droite.)

MGR Freppel... Je vais répondre immé-

diatement à l'interruption. Je ne vous propose pas, messieurs, de confier la garde du Panthéon aux frères Puymorin ou à leurs descendants, et je vous dirai que si, en 1814, le clergé avait eu la garde des caveaux de Sainte-Geneviève, — dont d'ailleurs il n'était pas chargé, car le décret de 1806 était resté à peu près lettre morte, — le fait dont vous vous plaignez, sur la foi du journal l'Intermédiaire, fait dont je n'admets ni ne repousse l'authenticité, n'aurait certainement pas eu lieu.

A gauche. Allons donc! allons donc!

MGR Freppel. J'ai peut-être eu tort de répondre à l'interruption; aussi ai-je hâte de reprendre la suite de mon discours.

Je disais, Messieurs, que, par suite de cette dépossession, — puisque le mot de spoliation semble vous avoir blessés, — seule, la

366 discours

patronne de Paris, l'illustre vierge dont le nom, je le répète, est inséparable de celui de la capitale, n'aurait pas d'église qui portât son nom, qui lui fût spécialement dédiée. Et vous n'appelez pas cela porter atteinte au culte et à la mémoire de sainte Geneviève ! Mais le voudriez-vous, messieurs, que vous ne le pourriez plus..,

A gauche. Eh bien, alors?

MGR Freppel. Oui, je n'hésite pas à le dire, alors même que vous voudriez effacer de la basilique dont je parle le nom et la mémoire de sainte Geneviève, vous ne le pourriez plus dans l'état présent des choses. Je ne vous parlerai pas de l'architecture même de l'église qui, formant une croix grecque, comme tout le monde sait, a protesté, dès 1791, et continuerait de protester, par le symbolisme chrétien de sa construction, contre le vo-

cable païen dont on voudrait la couvrir. Je ne rappellerai pas cette magnifique apothéose de sainte Geneviève peinte par le baron Gros sous la voûte de la coupole, comme pour faire resplendir au sommet de l'édifice la figure de celle qui en domine tout l'ensemble; mais il y a plus. Vous ne pouvez pas ignorer que depuis sept ans, grâce à l'initiative des pouvoirs publics — et je les en remercie bien, quoique je ne les trouve pas présents sur ces bancs (on rit) — grâce à l'initiative des pouvoirs publics, la peinture et la sculpture française travaillent à reproduire sur les murs et sous les voûtes de la basilique les épisodes les plus saillants de la vie de sainte Geneviève.

Et c'est quand /os artistes les plus éminents ont déjà exécuté ou sont en train d'exécuter autant de chefs-d'œuvre se rappor-

tant à la vie et aux actions de la patronne de Paris; c'est an moment où les murs de Sainte-Geneviève sont déjà tapissés de peintures religieuses, de peintures génovéfaines qui immortaliseront les noms des Puvis de Chavannes, des Hébert, des Meissonier, des Cabanel, des Baudry, des Delaunay, des Blanc, pour ne parler que des plus célèbres, c'est à ce moment-là que vous venez nous proposer de chasser sainte Geneviève de son

temple, d'en bannir son nom, son histoire,

son culte!

Mais, messieurs, c'est un non-sens que

vous nous proposez ! Vous venez trop tard.

(Interruptions à gauche.) Mais oui ! Il y a dix

ans qu'il fallait faire cette proposition, avant

tout ce grand travail qui sera l'une des

gloires de l'art français! (Applaudissements

à droite.)

Un membre à gauche. Oh! non, par exemple, c'est affreux! (Rires à gauche.)

MGR Freppel. Car enfin de deux choses l'une : ou vous laisserez subsister dans l'enceinte du temple cette magnifique glori- fication, quoi qu'en ait dit l'artiste que je viens d'entendre... (Sourires.) Cette glorification de sainte Geneviève par les merveilles de la palette et du ciseau, et alors, pour me servir d'une expression bien connue, les murs mêmes prendraient la parole pour protester contre la désaffectation que vous auriez décrétée... (Très bien!) ou bien vous ferez disparaître ce poème de la religion écrit sur la pierre par la main du génie. (Interruptions à gauche.)

M. le baron Reille. C'est vrai!

MGR Freppel. Nierez-vous par hasard qu'il

y ait des hommes de grand talent parmi

les artistes qui ont décoré l'église de Sainte- Geneviève? Si vous le contestez, vous viendrez me démentir à cette tribune. Ou bien, disais-je, vous ne voulez pas conserver les chefs-d'œuvre consacrés à la mémoire de sainte Geneviève, et dans ce cas, vous commettrez un acte de vandalisme... (Rumeurs à gauche), qui n'aura eu son égal que le 21 novembre 1793, jour où la Commune de Paris faisait brûler en place de Grève la plus grande partie des reliques de sainte Geneviève, s'imaginant follement qu'on détruit par la violence les grandes mémoires auxquelles Dieu et les hommes ont décerné les honneurs de l'immortalité ! (Vifs applaudissements à droite . — Interruptions à gauche.)

Un membre à gauche. Vous, vous brûliez les hérétiques!

M. le Président. N'interrompez pas, messieurs! Veuillez écouter dans le silence et le recueillement,

MGR Freppel. Monsieur le président, du recueillement, c'est plus que je ne demande en ce moment. Ce serait certes pour moi un grand honneur, mais je me contenterai facilement du silence.

La question n'est donc plus la même qu'en 1830. Une longue possession paisible et non interrompue a valu à la basilique de Sainte-Geneviève, avec un redoublement de piété, de ferveur de la part des fidèles, la consécration de l'art, et de l'art chrétien dans ce qu'il a de plus beau et de plus élevé.

Mais reprenons, si vous le voulez, la question telle qu'elle se présentait en 1830, puisque vous cherchez dans ce passé un

argument en faveur de votre proposition.

Eh bien, oui, au lendemain de la révolution de 1830, dès le 26 août, le gouvernement de Juillet enlevait de nouveau à sainte Geneviève le temple que Louis XV lui avait élevé, que Napoléon 1er et Louis XVIII lui avaient restitué. Mais ce que vous oubliez d'ajouter, c'est que le gouvernement de Juillet s'en est repenti amèrement.

A gauche, ironiquement. Comme de bien d'autres choses !

MGR Freppel. ... comme d'une faute, comme d'un acte des plus impolitiques, et voici ce qu'écrivait plus tard dans ses Mémoires le ministre de l'intérieur qui avait eu la faiblesse de contre-signer l'ordonnance du 26 août, M. Guizot. (Exclamations à gauche.)

Un membre à gauche. Vous pourriez choisir,

même dans votre intérêt, une autorite plus orthodoxe !

MGR Freppel. Je vous prie, messieurs, de méditer ces remarquables paroles :

« Parmi les monuments dont on reprit alors les travaux, un seul, le Panthéon, fut pour moi l'occasion d'une faute, et faillit amener d'assez graves embarras. Qu'une nation honore avec éclat les grands hommes qui l'ont honorée, c'est un acte juste et un sentiment généreux; mais on n'honore pas dignement les morts si la religion n'est pas là pour accueillir et consacrer les hommages qu'on leur rend ; c'est à elle qu'il appartient de perpétuer les souvenirs et de prendre sous sa garde les tombeaux.

« Les morts les plus illustres ont besoin de reposer dans les temples où l'immortalité est proclamée tous les jours ; et leur culte

374 discours

est bien froid et bien précaire quand on le sépare du culte de Dieu. Ce fut, en 1791, une fausse et malheureuse idée d'enlever l'église Sainte-Geneviève aux chrétiens pour la dédier aux grands hommes, et le nom païen de Panthéon, auquel vint bientôt s'accoler le nom odieux de Marat, fit tristement éclater le caractère de cette transformation. Elle était achevée en 1830. Le grand esprit de Napoléon 1er... » (Murmures et exclamations à gauche.)

En vérité, messieurs, on ne peut pas nier que l'empereur Napoléon n'ait été un grand esprit. (Très bien! très bien! adroite.)

Allez-vous, par hasard, supprimer l'histoire de France en môme temps que l'église Sainte- Geneviève?

« ... Le grand esprit de Napoléon Ier en avait compris le vice, et, en laissant les

grands hommes dans l'église Sainte-Geneviève.,. — c'est ce que nous vous proposons de faire... » — il avait décidé qu'elle serait rendue au culte chrétien. Le roi Louis XVIII avait poursuivi cette pensée de réparation intelligente et morale.

« En fait, l'œuvre n'était qu'imparfaitement accomplie, mais, en principe, elle était décrétée. Nous rentrâmes dans la mauvaise voie. Le Panthéon fut rendu aux seuls grands hommes. Ce fut, au milieu de notre résistance générale aux prétentions révolutionnaires, un acte de complaisance pour une fantaisie élevée, mais déclamatoire, et qui méconnaissait les conditions du but auquel elle aspirait.

« J'avais, en commettant cette faute, un secret sentiment de déplaisir; et pour en atténuer les conséquences, l'ordonnance

376 discours

porta qu'une commission serait chargée de préparer un projet de loi pour déterminer à quelles conditions et dans quelles formes ce témoignage de la reconnaissance nationale serait décerné au nom de la patrie. » Voilà dans quels nobles termes M. Guizot confessait Terreur où était tombé le gouvernement de Juillet relativement à la basilique de Sainte-Geneviève. Ne rentrez donc pas à votre tour dans la mauvaise voie, ne sacrifiez pas, vous aussi, à une fantaisie déclamatoire, comme l'appelait l'illustre homme d'État ; conservez à Sainte-Geneviève son double caractère de monument national et d'édifice religieux, car l'un s'accorde parfaitement avec l'autre; l'église Sainte-Geneviève peut et doit servir, tout à la fois, au culte de la patronne de Paris et à la sépulture des grands citoyens. En séparant ce qu'il faut

unir, en reprenant à votre compte les fautes que regrettait le gouvernement de Juillet, vous ne feriez pas acte d'hommes politiques, car y a-t-il quelque chose de plus impolitique que de contraindre trente millions de catholiques à associer désormais dans leurs vœux la rentrée de Sainte-Geneviève dans son temple et la chute du régime qui l'en aurait chassée? (Interruptions à gauche. — Applaudissements à droite.) Oui, messieurs, ce serait absolument impolitique. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Permettez -moi maintenant, messieurs , d'ajouter quelques mots sur la communauté des Chapelains de Sainte-Geneviève, que la commission vous propose de supprimer en même temps qu'elle voudrait enlever l'édifice a sa destination religieuse.

A vrai dire, les deux questions ne sont pas

378 discours

absolument connexes, et le culte de la patronne de Paris pourrait fort bien se continuer dans la basilique qui porte son nom, alors même que la communauté des Chapelains de Sainte-Geneviève aurait cessé d'exister,

11 suffirait, à cet effet, que le gouvernement, dont je regrette toujours l'absence sur ces bancs, voulût bien se concerter sur ce point avec l'autorité diocésaine.

Mais, messieurs, tout en accordant à l'une de ces questions plus m d'importance qu'à l'autre, je n'en regarde pas moins comme un devoir de vous demander le maintien d'une institution que son caractère et son but protègent suffisamment contre toute pensée de destraction.

L'idée de l'institution des Chapelains de Sainte-Geneviève ne remonte pas au princeprésident de la République, à Louis-Napo-

léon, comme on le prétend à tort, mais à un prêtre éminent que plusieurs d'entre vous ont eu l'honneur de connaître. Après que le décret du 6 décembre 1851 eut rendu l'édifice à sa destination religieuse, tout en lui conservant l'affectation à la sépulture des grands citoyens, — car je ne sépare jamais ces deux choses, — il fallait bien y régler l'exercice du culte.

Plus d'un, je m'en souviens, inclinait vers l'un ou l'autre de nos grands ordres religieux. Tel ne fut pas l'avis de M. l'abbé Bautain, alors vicaire général de Paris, et il avait raison. Esprit élevé, orateur remarquable, ancien élève de M. Cousin, condisciple et émule de Jouffroy et de Damiron, l'abbé Bautain — et ici, messieurs, per-

I mettez-moi d'ouvrir une parenthèse : j'ai

trente ans, il ne se soit pas trouvé de ministre pour désigner un tel prêtre aux fonctions de Tépiscopat; — M. l'abbé Bautain, dont tout le monde connaît le mérite philosophique et littéraire, se préoccupait avant tout de mettre à profit la réouverture de l'église Sainte-Geneviève pour les intérêts de la science et de l'éloquence sacrée. Il partait de ce fait avéré, incontestable, que l'éloquence de la chaire est une de nos plus belles gloires nationales, celle de toutes qu'on peut le moins nous contester. Dans toutes les autres branches de la science et de l'art, en philosophie, en littérature, en poésie, les nations étrangères peuvent nous disputer la palme; mais des noms qui aient marqué dans l'éloquence de la chaire à l'égal de Bossuet, de Bourdaloue, de Fénelon, de Massillon, en dehors de la France on n'en

citerait pas un. Leur supériorité est assurée et leur gloire est sans rivale. (Très bien! très bien! à droite.)

Pourquoi ne pas reprendre ces nobles traditions? Pourquoi ne pas ouvrir au clergé de France une grande école, une école centrale, une école normale d'orateurs sacrés? Pourquoi ne pas établir des concours où l'on ferait appel à tous les talents, à toutes les aptitudes, pour faire refleurir une branche si importante de la littérature nationale? Avec sa large enceinte, avec ses vastes auditoires, avec ses grands souvenirs religieux et patriotiques, la basilique de Sainte-Geneviève semblait tout naturellement marquée pour un tel but; ce que serait à l'égard du clergé de France l'école des Carmes pour l'érudition profane, la Sorbonne . pour la théologie, Sainte-Geneviève allait le devenir

pour l'éloquence sacrée. Et cette trilogie de la science, de la théologie et de l'éloquence sacrée permettrait de continuer des traditions qui sont une partie intégrante de notre patrimoine national. Ainsi raisonnaient réminent penseur que je viens de nommer et ceux qui ont eu la bonne fortune de collaborer à son œuvre. Eh bien, messieurs, je défie qui que ce soit, dans cette enceinte et au dehors, voire même M. Benjamin Raspail, de dire que ce n'était pas là une grande et belle pensée, une pensée éminemment chrétienne et patriotique. (Vifs applaudissements à droite.)

Et maintenant, cette pensée a-t-elle été féconde? L'institution des Chapelains de Sainte-Geneviève a-t-elle produit des résultats?

Mon Dieu! messieurs, je ne ferai aucune

difficulté d'en convenir, il n'en est pas sorti, dès les premiers jours, des Bossuet ni des Massillon, par la raison bien simple que les hommes de génie sont rares en religion comme en politique (marques d'adhésion à droite); et, quoi qu'en ait dit le poète, il ne suffit pas d'un regard de Louis pour enfanter des Corneille. Le génie a ses temps d'arrêt, et la nature semble se reposer aujourd'hui plus que jamais (Ah! ah! à gauche), des efForts qu'elle a faits dans les temps passés* (Rires.) Si l'on ne voit pas surgir des Bossuet et des Massillon, je ne m'aperçois pas davantage que les Berryer et les Mirabeau soient très nombreux, soit dit en passant et sans vouloir blesser aucun orateur de cette Chambre. (Mouvements divers.)

La seule chose que nous ayons le droit de demander à l'institution des Chapelains

384 discours

de Sainte-Geneviève est celle-ci : A-t-elle été utile? A-t-elle produit des hommes qui ont honoré les lettres françaises et rendu des services à l'Eglise et à l'Etat? Voici le relevé des ecclésiastiques qui sont sortis depuis trente ans de l'institution des Chapelains de Sainte-Geneviève :

Six archevêques et évêques, quatre vicaires généraux, un chanoine de Saint-Denis, un chanoine titulaire, un curé de Paris, trois premiers aumôniers de l'armée en 1770-71, six docteurs es lettres, sept licenciés es lettres, un docteur en droit, seize docteurs en théologie, deux supérieurs de collège, neuf professeurs à la Sorbonne et à d'autres facultés de l'Etat, plusieurs lauréats de l'Académie française ou de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Lorsque, dans l'espace de vingt ans, une

institution a donné de pareils résultats, on peut dire qu'elle a fait ses preuves pour quiconque a quelque souci des intérêts de la science et de la religion, Et, bien loin de songer à la détruire, il est permis d'ajouter que, si elle n'existait pas, il faudrait la créer î (Oh ! oh ! à gauche. — Très bien ! très bien ! à droite.)

Vous avez supprimé les crédits qui assuraient son existence; nous ne vous avons pas demandé de les rétablir; mais, du moins, ne supprimez pas- l'institution elle-même; laissez-la vivre à ses risques et périls : c'est tout ce que nous vous demandons. (Très bien! à droite.)

Aussi bien, messieurs, la commission ne vous propose- t-e lie la suppression de la communauté des Chapelains de Sainte-Geneviève que pour déchristianiser l'église elle—

même, pour en faire un temple païen, sous le nom de Panthéon; voilà le but auquel on voudrait vous entraîner : faire disparaître ]a croix du dôme de Sainte-Geneviève; la croix, ce symbole auguste de la délivrance et de la civilisation chrétienne ! (Très bien ! très bien ! à droite.)

Eh bien, messieurs, le jour où vous ferez descendre la croix du dôme de Sainte-Geneviève sera un jour de deuil pour tous les catholiques de France...

A droite. C'est vrai! c'est vrai!

Un membre à gauche. Ils ne sont pas nombreux.

MGR Freppel... Parce qu'ils y verront quelque chose qui ressemble fort à une apostasie.

Il peut y avoir d'autres actes qui atteignent plus profondément la vie religieuse en

France; il n'en est pas un que le peuple comprendra davantage et auquel il attachera un sens plus expressif et plus frappant. (Très bien! très bien! à droite.)

Lorsque des divers points de la capitale on ne verra plus, comme on était accoutumé à le voir, le signe de la rédemption au faîte de Téglise patronale de Paris, on en conclura que le jour est proche où Ton cherchera également à faire disparaître ce signe rédempteur de toutes les autres églises de la capitale et de la France.

A droite. Vous avez raison.

MGR Freppel. On y verra le signal d'un retour aux plus mauvais jours de notre histoire. Oh! quant à nous, nous sommes sans inquiétude pour l'avenir.

Cette croix que vous aurez abattue du dôme de Sainte-Geneviève, à l'exemple de la

388 discours

Commune de 187 J , qui l'avait sciée en deux, elle y remontera un jour triomphante et radieuse. (Applaudissements à droite).

Nous l'y replacerons plus tard, soyez-en convaincus...

A gauche. Oh! oh!

MGR Freppel. Sainte-Geneviève reprendra possession de son temple comme elle Ta déjà fait deux fois, et le seul résultat que vous auriez obtenu, — je parle dans l'hypotèse de la spoliation, — et le seul résultat que vous auriez obtenu en vous attaquant pour la troisième fois à la patronne de Paris et de la France, ce serait d'avoir sonné ce jour-là le glas funèbre de la troisième république. (Rires bruyants à gauche. — Applaudissements sur quelques bancs à droite.)

M. Georges Perin, s'adressant à la droite. — Vous devriez voter la proposition alors.

M. de ia Rochefoucauld, duc de Bisaccia. Nous ne pouvons pas, sans cela nous le voudrions bien.

M. le Président. Messieurs, n'échangez pas vos confidences à haute voix, le pays vous entend.

MGR FREPrEL. Pour moi, qui aurai eu cette douleur, Tune des plus grandes de ma vie, de voir profaner une église où se sont passées les meilleures années de ma jeunesse sacer- 'dotale, j'irai dans ce temple dont vous aurez fait un désert sans âme et sans vie; j'irai au milieu de cette résurrection du paganisme prier la patronne de Paris d'obtenir de Dieu qu'il épargne à la France les malheurs que pourrait lui attirer une pareille profanation. (Vifs applaudissements à droite.)

Page 1