DEPARTEMENT DE L ' A 1 X
Compatriotes ,
Enfant du (lépartement de l'Ain, je vous demande vos suffrages ; car le moment est venu où chacun doit s'offrir à la patrie , et j'ai refusé toutes les chances qui m'ont été offertes d'être nommé par d'autres que par vous.
Ma profession de foi est dans ma vie passée. Si, pour représenter la République , il faut des hommes (jui l'ont préparée, je crois pouvoir dire que je suis du nombre de ces hommes. Le gouvernement déchu en a jugé ainsi, puisqu'il m'a persécuté et qu'il m'a fermé la bouche. Depuis que je me connais, j'ai soutenu la cause des peuples ; j'ai souffert pour elle. Vous vous en êtes souvenus aux dernières élections, quand vous m'avez spontanément honoré des votes de l'opposition dans l'arrondissement de Bourg.
.l'ai combattu par la parole et par la plume, tant que
celle liille a été la seule possible; quand le tocsin a sonné, j'ai pris les armes. J'étais de ceux qui ont franchi les premiers le seuil du palais du dernier roi de France ; le lendemain , j'inaugurais la République dans la chaire de M. Guizol.
J'ai vu de mes yeux briser le trône; il n'y reste plus de place que pour asseoir la justice de Dieu.
La royauté travaillait à faire de nous deux peuples ennemis ; hâtons-nous de rejeter cet héritage de discordes. La République seule est assez grande, assez magnanime pour nous réunir en une même famille de frères.
Révolution consommée par les masses au profit des masses, avènement de tous à la souveraineté, respect des propriétés et de la famille, droit pour tous de vivre en travaillant, amour sincère des peuples, ce sont là les gages de paix dans le nouvel ordre social. Ayons foi dans la révolution, si nous voulons, en la sauvant, sauver la génération qui l'a faite.
Que l'éducation nécessaire à chaque homme soit gratuite! Notre révolution ne doit pas seulement à tous le pain du corps; il faut aussi qu'elle assure le pain nécessaire à toute intelligence. J'ai accepté d'avance la tâche de contribuer à répandre l'esprit républicain dans l'enseignement national.
Respect des croyances et des cultes; ils sont la propriété inaliénable des âmes. La liberté de conscience est la pierre de fondation de la société moderne.
Cultivateurs, j'ai passé une partie de ma vie au milieu de vous ; je connais vos souffrances et je les ai partagées. Puissé-je servir à alléger votre fardeau ! Je sais de quelle sueur vous baignez les sillons qui nous font vivre.
Concitoyens de toutes classes, nul ne peut aujourd'hui songer à profiter tle la révolution sans que tous n'en profilent. Ce que nous voulons, ce n'est pas seulement la réforme d'une province, mais la réforme de la France tout entière , qui doit servir de modèle à l'Europe et au monde. Regardons l'intérêt de la France; là est l'intérêt de notre foyer, de notre famille et du point le plus écarté de la République. De quoi s'agit-il? de constituer une société où se réalise endn, au profit de tous, la justice sociale que, depuis dix-huit siècles, l'évangile a promise à la terre.
Ce moment est unique dans l'histoire; la France fait appel au désintéressement, aux sacrilices de tous. Le pays qui a enfanté Joubert a entendu cet appel, il y répondra en envoyant à l'assemblée de fidèles serviteurs de la République, depuis longtemps nourris dans les traditions du héros de Novi.
Le 3 avril 184S.
DISCOURS
PRONONCÉ