A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
LE 6 SEPTEMERE 1S4S
SIR LE PRÉAMBULE DE LA CO>iSTlTLTIO.\.
il/. le président. — M. E. Quinet a la parole pour développer l'amendement qui lui est commun avec M. V. Hugo.
M. Quinet. — Peu d'instants suffiront pour marquer le but de l'amendement que M. Victor Hugo et moi proposons à l'Assemblée. Nous nous sommes rapprochés, autant que possible, de la rédaction de l'amendement qui a été adopté par la commission.
Le nôtre est conçu dans les termes suivants :
« La France s'est proposé de poursuivre plus librement le progrès de la civilisation et de l'humanité. »
Ce que nous voulons surtout, c'est d'insérer dans le préambule un mot qui nous semble indispensable ; car il résume mieux que tout autre l'esprit de la révolution de février et l'esprit de notre époque; ce mot est humanité. Il n'en est pas qui marque mieux le caractère
général et civilisateur de la révolution de février; il servira à dater notre siècle et à lui donner son empreinte.
La révolution de 1789 à 4800 a dit : liberté, égalité, fraternité. Nous devons ici ajouter une parole à ces grandes paroles; il ne suffît pas de répéter la devise de nos pères, il faut montrer qu'elle est entrée assez profondément dans nos esprits pour que nous soyons capables de la résumer dans une expression qui nous soit propre.
Le génie de la France, c'est de s'intéresser aux peuples étrangers, aux. civilisations étrangères, non pas comme à des abstractions, mais comme à des êtres réels, à des personnalités vivantes : et c'est là ce que le mot humanité exprime par excellence.
I^a révolution de février est la révolution de l'humanité. Dès le lendemain , toute la société européenne a tressailli du môme esprit. Consacrons donc ce caractère dès le commencement de la constitution. Osons prononcer le mot qui sort de toutes. les bouches; et que cette parole, humanité, soit écrite assez haut pour être visible de toute la terre.
DISCOURS