‹ Œuvres politiquesChapitre 6 sur 19 · UNE DÉPUTATION DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

UNE DÉPUTATION DES ÉCOLES

Messieurs ,

Si l'on a pensé me ruiner moralQraeut, votre lucsence m'aide à croire, que l'on n'y a pas réussi.

La démarche éclatante que vous faites en ce moment, jointe aux démonstrations de la presse, prouve de plus qu'il s'agit ici bien moins de ma personne, que d'une cause générale.

J'ai toujours trouvé en vous, messieurs, non pas seulement des esprits sympathiques, mais permettezmoi de le dire, de véritables amis. Les belles journées de ma vie, celles qui compteront pour moi, se sont passées au milieu de vous. On a pu croire que la crainte d'être arraché à des succès que vous me rendiez si faciles, m'entraînerait à une concession. La douleur

d'être séparé de vous, je l'éprouve en cet instant; et pourtant il faut que j'y résiste. Si j'eusse fait un pas dans la voie qu'on m'ouvrait, d'un côté je me brisais contre une contradiction, et de l'autre, on poussait mon auditoire à une effervescence que l'on n'eût pas manqué de transformer en désordres. Ma résolution était donc arrêtée par la nécessité même qu'on m'imposait; je ne pouvais, sans me manquer, décider autrement. L'opinion en a jugé ainsi. Mieux cent fois ne vous revoir jamais, que vous revoir avec la moitié de mes principes.

Je ne pouvais consentir non plus à ce que l'on eût le droit de dire en Europe que le haut enseignement de France effaçait de ses programmes, sans protester, le mot institutions , et qu'une sommation aussi extraordinaire était acceptée, parmi nous, bouche close.

Sans parler de mon honneur, celui du collège de France m'imposait la conduite que j'ai tenue. Eh ! remarquez encore que l'on m'ôtait jusqu'à la possibilité de la modération. Après le conflit elle eut paru faiblesse.

Je ne sais, si comme on l'a dit, quelqu'un a voulu tendre un piège, mais, en l'admettant, il me semble que ce n'est pas moi qui y suis tombé. J'ai de mon côté, dans cette affaire, le bon sens et la logique; on n'a jamais vu en France que l'on puisse blesser impunément l'un et l'autre. Joignons, à cela, messieurs, le calme et la modération d'une bonne cause. Car, ayant pour nous , sans qu'il soit possible d'en douter, la jus-

tice et la raison , tout l'espoir de mes adversaires est que je leur abandonne au moins l'apparence.

L'enseignement, messieurs, n'est pas tout entier dans les paroles; il faut aussi qu'il soit confirmé par les actions et par la vie. En vérité, je ne pense pas que rien de ce que j'eusse pu vous dire dans ma chaire , eût été plus instructif, que ce qui se passe depuis huit jours. J'avais deux genres d'adversaires, les uns religieux, les autres politiques. Je crois avoir prouvé aux premiers que, dans la religion, ils ne veulent pas du christianisme. Quant aux seconds , je les ai amenés à cet étrange aveu, qu'ils ne peuvent plus tolérer sur un programme le mot d'institutions.

Qu'importe au fond la cause d'une personne? Le germe est semé, le cri du réveil a été jeté. La génération nouvelle l'a entendu, elle ne s'endormira pas. Vous honorerez notre pays et ce sera la récompense de mes efforts, si, en effet, ils en ont mérité une. Promettonsnous donc encore une fois ici de persévérer, quoi qu'il advienne, dans l'alliance de la science et de la liberté. Quelles que soient les circonstances où nous soyons jetés, ne cédons jamais rien de la dignité de l'esprit, ni des droits de la vie morale. Ce doit être là le salut de chacun de nous en particulier, et de notre pays lui-même.

Maintenant, messieurs, si c'est là ma dernière parole, je vous demande de la suivre. Retirez-vous en silence et avec ordre, nos adversaires vous regardent.

A MESSIEURS LES ÉLECTEl RS

DU

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