‹ Œuvres politiquesChapitre 7 sur 19 · QUATRIÈME ARRONDISSKMKXT DE PARU · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ARRONDISSKMKXT DE PARU

Juillet 1846.

Messieurs ,

Plusieurs électeurs de votre arrondissement m'ont fait l'honneur de me désigner à vos suffrages. Sans me connaître, ils ont vu en moi un homme qui ayant professé publiquement, dans l'éducation nationale, les principes de nos deux révolutions, a été réduit au silence par le pouvoir issu de ces révolutions. Ils ont pensé qu'il était bon de montrer qu'il ne suflit pas d'être condamné par le pouvoir pour être renié ])ar l'opinion. Quel que soit votre jugement à cet égard , une telle initiative prouve que l'on n'a pas réussi à faire prévaloir les seules considérations de personnes, et que les principes conservent parmi vous la force que l'on voudrait, ailleurs, placer dans les seuls intérêts.

Qui suis-je, messieurs? un homme nouveau , qui , toujours associé à la défense du progrès, ne l'a jamais cherché que par le travail régulier de l'intelligence, de l'éducation. Isolé au milieu des fractionnements des partis , libre du joug des individus , je suis lié par des engagements indissolubles envers les choses , envers les grandes questions qui intéressent l'indépendance, l'honneur du pays, les franchises publiques et privées, les réformes nécessaires et urgentes. Sur tout cela, je n'apporte pas des prom.esses, mais des actes, des écrits, un enseignement public. Si je voulais faire un pas en arrière, tout mon passé se lèverait contre moi. Indépendant des personnes, je suis enchaîné par ma vie entière à la cause que soutient aujourd'hui l'opposition.

Aussi ma profession de foi est-elle aisée. Elle peut se résumer en un mot.

Je crois que les institutions font l'éducation d'un peuple; que celles qui nous régissent, si elles étaient loyalement développées et réformées , pourraient garantir le progrès de tous; en les faussant, on travaille à fausser la conscience publique et à corrompre jusqu'à l'avenir.

Je crois que les trois journées de juillet , si belles , si désintéressées, suivies d'une confiance si magnanime dans le gouvernement qu'elles ont fondé , ne devaient pas enfanter de si longues années de réactions, ni tant de calculs personnels et cupides, ni une corruption si ouvertement avouée, ni tant de lois de violences, de traités complaisants pour l'étranger, injurieux au pays;

et je soutiens qu'il est temps que les honnêtes gens s'entendent pour rappeler au pouvoir son origine qu'il est tout près d'oublier.

Je crois que le ministère qui, dans le vote Pritchard, a soldé noire honte à l'Angleterre, doit du moins rendre cet immense service de réveiller les plus indifférents et d'ouvrir les yeux aux plus aveugles.

Pourquoi , messieurs , sommes -nous faibles au dehors? parce que l'esprit de 1830 est renié au dedans.

Pourquoi a-t-on pu dire que la France est descendue au rang de seconde puissance? parce que le chemin où l'on nous mène est , en effet , celui de tous les peuples qui vont à leur déclin ; parce que nous ne représentons plus dans le monde le principe d'une liberté progressive ; parce qu'un pouvoir sans foi met son habileté à rabaisser la France pour la dominer; parce que l'immobilité systématique est le contraire du génie national qu'elle stérilise , en amoncelant les difficultés et les périls dans un avenir prochain.

A ces maux, quels remèdes? Le premier de tous, et celui qui est le plus loin de nous , la vérité. Nos institutions faussées risquent d'être bientôt réduites à l'apparence; il faut les redresser. Notre drapeau n'a plus de couleurs , il faut le retremper. Les promesses de 1830 sont oubliées; il faut les rappeler par les moyens pacifiques d'une représentation large et sincère, si l'on veut éviter les voies menaçantes des révolutions inconnues. En rentrant avec sincérité dans l'esprit

libéral de 1850, nous rentrerons dans l'ordre réel qiic le ])ouvoir compromet et détruit, sous prétexte de l'établir.

Quel que soit, messieurs, le résultat qui se prépare, je ne pouvais manquer de répondre avec reconnaissance et dévouement à l'appel qui m'est fait au nom des principes que j'ai professés et publiés. Si, par une confiance insigne, vous m'appeliez à l'honneur de défendre ces principes à la tribune, je continuerais là, sous vos yeux, la tâche qui a été et qui sera, dans tous les cas , celle de ma vie entière.

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