VAI.PRIN
Est-il possihie que je me sois nhusé à ce point '
1RS ti;ivi;i:s i'(»sTiii"Mi>
M aiu;i;f;iutk.
Ali, Dieu ! j'ai «mi bien |)eiir, toiijtniis!
Pli l'; VANNES.
Vous iKiiis (''<«iiili«'/ (lonr?
MMMil'EItlTi:.
Oui, .(lui. \
LA CO.MTESSi;.
J'ai de giaiids torts envers vous, monsieur de Valbrun. Votre ami m'a donné un méelianl eonseil, cl je vous demande pardon de Faxciir suivi.
l'HKV.VMSKS.
Pas si méchant, madame. Vous eonviendrez t\u moins que je vous ai tenu |»iii()lc.
A Wilbnin.
Mon ami, pardtume-moi aussi, en raveni de tontes les injures que tu m'as dites.
VAi.iuu:>.
.\li! madame, je suis seul nnipalile d'avoir pu douter un instant de vous.
Il lui ImJm' I:i ni:ilii.
ri'.K VA>'NKS, ;i MinjiuiMilc.
Va nous, Margot, nous |)ardonnoiis-nons ".'
MARGUKUITK.
Si j'y consens, c'est par l)onté d'àiiie.
l'IîKVAN.NKS.
Kl moi, »• l'sl pure compassion. .. .Allons, làclioii> de nous consoler d(> tout le chagrin ipic nous nous sommes l'ail.
A \l. I' Ml. FOIK.HF.I: , A PAlilS.
Non, mou vieil ami, je ne I ai pas oulilié: lemalheurs ne m'ont pas éloigné de toi, et tn mr trouveras toujours prêt à te répondre, ([ue lu demandes des pleurs ou des ris, que tu aies à mr l'aire partager ta joie ou ta douleur. As-tu pu croire un instant que ton amitié me fût importune? — Tn as eu tort, car je n'aurais pas eu, à ta place, une semblable idée. — Et, dailleurs, me crois-tu plu< favorisé que toi de la l'orlune? Ecoute, mon clier ami, écoute ce qui m"arrive.
.lavais à |)eine expédié mon examen, que je pensais aux |)laisiis (|ui m attendaient ici. Mon diplôme de bachelier rencontra dans ma poche mon billet de diligence, et 1 un n'attendait que I autre. Me voici au Mans; je cours chez mes belles voisines; tout s'arran^^e à merveille, On m'emmène
IflO ŒUVRES POSTIIIMES.
(hiiis 1111 vioiix rliAlojiii. — lu maudit calnnlif (Uililir (lo|iiiis six iiniis roproiid ma ifraiidnièro. Jo rcrois une loflro (|iii m aniionco (|u oIIp ost pu danger, et, huit jours après, une seconde lettre vieil! m'avcMtir de prendre le deuil. — Voilà doin à quoi tient le |daisii' et l(> lionlienr de cette vie! Je ne puis le dire quelles affreuses réilexious ma fait faire cette mort arrivée si vile. Je l'avais laissée (piiu/c jours auparavant dans nue grande Itergère, causant avec esprit et jileine de sauté; et maintenant, la terre recouvre son corps. Les larmes (jue sa mort fait répandre à ceux (pii lentouraient seront liientôt sèches: et voilà pourtant le sort (|iii m attend, (pii nous attend tous! Je ne veux point de ces regrets de commande, de cette douleur ([iie Ton quitte avec les habits de deuil. Jaime mieux (jue mes os soient jetés au vent; toutes ces larmes feintes ou trop proniptement taries ne sont qu'une affreuse dérision.
Mon frère est reparti pour Paris. Je suis resté seul dans ce château, où je ne puis parler à personne qu'à mon oncle, qui, il est vrai, a mille hontes pour moi ; mais les idées d'une tète à cheveux blancs ne sont pas celles d'une tète blonde. C'est un homme excessivement instruit; quand je lui parle des drames qui me |)laisent ou des vers (pii m'ont frappé, il me répond : « Est-ce que tu n'aimes j)as mieux lire tout cela dans quehjue hou historien? Cela (^st toujours plus vrai et plus exact. »
LETTRES. l'Jl
Toi qui as lu VHamlet de Sliakspean', lu sais (|uel ellel produit sur lui le savant et érudil l*olouius ! — Et pourtant cet homme-là est bon ; il est vertueux, il est aimé de tout le monde; il n'est pas de ces gens pour qui le ruisseau n'est que de l'eau qui coule, la l'orèt que du bois de telle ou telle espèce, et des cents de l'agots. — Que le ciel les bénisse! ils sont peut-être plus heureux que toi ei moi.
Je m'ennuie et je suis triste. Je ne te crois pas plus gai que moi ; mais je n'ai |)as même le courage de travailler. Eh ! que ferais-jc? Retour nerai-je quelque })osition bien vieille? Ferai je de l'originalité en dé|)it de moi et de mes vers? Depuis que je lis les journaux (ce qui est ici ma seule récréation), je ne sais pas pourquoi tout cela me parait d'un misérable achevé ! Je ne sais pas si c'est l'crgoterie des commentateurs, la stupide manie des arrangeurs qui me dégoûte, mais je ne voudrais j)as écrire, ou je voudrais être Shalispeare ou Schiller. Je ne fais donc rien, et je sens que le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme qui a les passions vives, c'est de n'en avoir point. Je ne suis point amoureux, je ne lais rien, rien ne me rattache ici. Je donnerais ma vie pour deux sous, si, pour la quitter, il ne fallait point [)asser par la mort.
Voilà les tristes réllexions cpie j'eufretiens. Mais j ai l'esprit francjais, je le sens. — (Ju'il arrive une jolie femme, j'oublierai tout le système amassé
102 iKUVHES l'USTIIUMKS.
pendant un mois de misanthropie. — Oiielli' me lasse les yeux en coulisse, et je l'adorerai pendant, — au moins pendant six mois. — l> àf^e me u\ùriia, j'espère, car je suis hon à jeter à Peau.
Je donnerais vingt-cinq francs pour avoir une pièce de Sliakspeare ici en anglais, (les journaux sont si insipides, — ces critiques sont si plats! laites des systèmes, mes amis, établissez des règles ; vous ne travaillez que sur les froids monuments du passé. Qu'un homme de génie se piésente, -<;t il renversera votre échafaudage; il se rira de vos poétiques. — Je me sens, par moments, une envie de prendre la plume et de salir une ou deux feuilles de papier ; mais la piemièrc difliculté me rebute, et un souverain dégoût me fait étendre les bras et fermer les yeux. Comment me laisset-on ici si longtemps! .J'ai besoin de voir une femme; j'ai besoin d'un joli pied et d'une taille line; j'ai besoin d'aimei'. — J'aimerais ma cousine (jui est vieille et laide, si elle n était pas pédante et économe.
Je t'écris doue poui' le faire part de mes dégoûts et de mes ennuis. Tu es le seul lien qui me rattache h quelque chose de remuant et de pensant; tu es la seule chose qui me réveille de mon néant et qui me reporte vers un idéal que j'ai oublié par iuq)uissance. Je n'ai |dus le courage de lien })enser. Si je me trouvais dans ce moment-ci h Paris , j'étein Irais ce qui me reste d'un peu noble dans le punch cl la bière, et je me senliiai<
LETTl'.ES. lltô
soulagé. — Un eiitlort bien un malade avec de Topium, quoiqu'on sache que le sommeil lui doive être mortel. — J'en agirais de même avec mon à me.
N'y a-t-il pas ici (juelque vieille tête à perruque cl à svstènie, pour me dire : « Tout cela est de votre âge, mon cnl'ant. J'ai été comme cela aussi dans ma jeunesse. Il vous faut un peu de distraction, pas trop ; et puis vous ferez votre droit, et vous entrerez chez un avoué, » — Ce sont ces gens-là que j'étranglerais de mes mains. La nature a donné aux hommes le type de tout ce qui est mal : la vipère et le hiliou sont d'horribles créalions ; ii;ais qu'un être qui pourrait sentir et aimer, éloigne de son àme tout ce qui est capable de l'orner, et apjjclle aimer un i)asse-temps, — et faire son droit une chose importante! — anatomistes qui disséquez les valvules triglochines , dites-moi si ce n'est pas là un polype?
Tu vois que je t'écris tout ce qui me passe par la tête ; fais-en autant, je l'en prie. J'ai besoin de tes lettres; je veux savoir ce qui se passe dans ton àme, comme tu sais tout ce qui se passe dans la mienne. Sans doute, elles se ressemblent beaucou}). — Nous sommes animés du même souftle. — Pourquoi celui qui nous l'a donné le laisse-l-il si imparfait? Je ne puis souffrir ce mélange de bonheur et de tristesse, cet amaUjame de faïuje et de ciel. — Où est l'harmonie, s'il maïKjue des touches à rinslrinnent? Je suis ,so«, las, assommé
l'.i.J Œl Vlll> l'UM III MK>.
de mes propres pensées : il ne me icslc jilii> {|iriiiie ressource, c'est de les écrire. — Mais je partirai peut-être daus fjuelqn(>s jours. Où irai-je'.' je n'eu sais lieu. — Si je relouriic au Mans, je m'cii vais Uouvoi' tuiil le monde dans la tristesse; ma grand'mère morte, toule la lamille eu jilcurs, maman, mon ouele (Desherbiérs) ; et, au milieu de loul cela, mon grand-père demandant à chaque inslaiil : « Où est ma femme? » et ajoutant : « J'espère qu'elle n'est pas indisposée. »
A propos, j'ai obtenu, à ce (pi'il parail, chez -M. Caron, les honneurs du liionijihe ! Heureux, dois l'ois heureu.x celui (pi'une pareille jouissance [lourrait occuper un momenl ' Pourcjuoi la nature m'a-t-elle donné la soi! d'un idéal (pii ne se réalisera pas? — Non, mon ami, je ne peux pas le croire ; j'ai cet orgueil : ni toi ni moi ne sommes destinés à ne faire que des avocats estimables ou des avoués intelligents. J'ai an fond de ràiiic un instinct qui me crie le conlrairi'. Je crois encore au bonheur, quoicjue je sois bien malheureux dans ce moment-ci. J'attends ta réponse avec impatience, et je souhaite de tout mon cœur pouvoir l'entendre de vive voix.
Adieu, mon cher ami.
Tout à toi.
Aiji;ll».
Au thiitcau tic l'-ot;iici>, le 23 fîptenibn.' 1X2 J.
LETTRES. lOfi
A M. riEsiiKnr.iEns au m ans.
Jo tVnvoio, mon cher oncle, ces poëmes donl In as entendn nne partie. Lire et entendre sont denx, comme tu sais; mais tn ne seras pas poni eux plus sévère (pie moi, et je te demande toute la franchise possihle.
Je te demande grâce pour des phrases contouinées ; je m'en crois revenu. Tu verras des rimes faibles; j'ai en un but en les faisant, et sais à quoi m'en tenir sur leur compte ; mais il était important de se distinguer de cette école r}memi\ qui a voulu reconstruire et ne s'est adressée qu'à la forme, croyant rebâtir en replâtrant.
Ma préface est impertinente ; cela était nécessaire pour l'effet; mais elle n'attaque personne et il est très-facile de lui prêter différents sens.
Quant aux rhythmes brisés des vers, je pense là-dessus qu'ils ne nuisent pas dans ce que Ton peut appeler le récitatif, c'est-à-dire la transition des sentiments ou des actions. Je crois qu'ils doivent être rares dans le reste. Ce])endant Racine en faisait usage.
Je te demanderai de l'attacher [dus aux com|iosilions qu'aux détails; car je suis loin d'avoir mie
1% (KIIVHKS l'OSTIIIMES.
manière arrôlro. .l'fMi chaiii'erni prolialtlenioiil pliisieurs l'ois enroio.
,1'ai retranché du dernier j)utMue plusieurs choses un peu trop matériaHsles, et y ai laissé doniiner le (Jandijsme^ ipii est moins «langereux. Je cherelie à éviler les ennemis, et n'y réussirai Irès-prohahlenicnl pas; mais je crois que jusqu'à présent, mon jx're, (jui lit les journaux très-exactement, a |)lus peur que moi. La critique juste donne de l'élan et de Tardeur. La criti(|ue injuste n'est jamais à craindre. Lu tout cas, j'ai résolu d'aller en avant, et de ne jias répondre un seul mot.
Tout cela d'abord est assez amusant ; je ne peux pas m'empécher de rire toutes les fois que je nu' rencontre étalé.
J'attends tes avis. Mes amis m'ont l'ait des éloges (pie j'ai mis dans ma ])0che de derrière. C'est à quatre ou cinq conversations avec toi (pie je dois d'avoir réformé mes opinions sur des points trèsiin|iortants; et depuis j'ai fait bien d'autres réflexions. Mais tu sais qu'elles ne vont pas encore jusqu'à me faire aimer Racine.
Adieu donc, mon bon oncle. Aime-moi toujours,
et crois que je le le rends du meilleur de mon
C(eur. Je n'ai qu'un regret; c'est de ne l'avoir j)as
auprès de moi pour me servir de guide et d'auii.
Ton neveu
Ai.iiîKi) DK Musset.
Jnnvifr 1S"iO
ETTi'.F.S U»7
A SON FUÈIiK, A A I \ EN SAVOIK.
3I()ii cher ami, Hier matin, j'ai été chez notre voisin Alfred Belmont, faire nne partie d'impériale. H arrivait d'Ai.K, on il l'avait laissé, m'a-t-il dit, sonffrani d'nn rlinme qne tn as gagné en allant à la Chaitrense. Je te reconnais bien là. Garde-toi, en écrivant à ma mère, de Ini parler de ce rhnmc. Elle est déjà assez inqniète dès que tu bouges de la maison. Tn me demandes à quoi j'emploie mon temps, je ne l'emploie pas, je le passe ou je le tue ; c'est déjà assez difticile. Ce|iendant je dois dire que nous discutons beaucoup, je trouve même qu'on perd trop de temps à raisonner et épiloguer. J'ai rencontré Eugène Delacroix, un soir en rentrant du spectacle; nous a\ons causé jieintnre, en pleine rue, de sa porte à la mienne et de ma porte à la sienne, jusqu'à deux heures du matin ; nous ne pouvions pas nous séparer. Avec le bon Anlony Deschamps, sur le boule vart, j'ai discuté de huit heures du soir à onze heures. Quand je sors de chez Nodier ou de chez Achille (Devéria), je disent** tout le long des mes avec l'un ou l'autre. En sommes-nous plus avancés? En l'era-t-on lui vcis
»!»M (KUVFtFS l'dSTIMMES.
meilleur dans un |>n(Miic, lui trnit mcillour dans un tableau? Clianui de nous a dans le ventre un cerfain son (ju'il peut rendre, eomme un violon ou une clarinette. Tous les raisonnements du monde ne pourraient faire sortir du gosier d'un merle la chanson du sansonnet. Ce (ju'il faut à l'artiste ou au poëte, c'est l'émotion. Quand j'éprouve, en faisant un vers, un certain battement de c(eur (juc je connais, je suis sûr que mon vers est de la meilleure qualité que je puisse pondre.
Dimanche, après le dîner, je bâillais comme une huître dans la grande allée des Tuileries, quand j'ai aperçu les demoiselles *** assises au pied d'une caisse d'oranger. Je les ai abordées et je me suis assis près de la plus jeune. Elle avait un petit chaj)eau Idanc avec des iul)ans verts. Tout ce (|u'clle disait était charmant d'ignorance. On sent <lans ses regards je ne sais quoi de frais et de lendre dont elle ne se doute pas. Elle ne connaît pas plus l'amour qui est en elle qu'une fleur ne connaît son parfum. La beauté d'une jeune fdle a (|uelque chose d'indéfinissable. Je suis resté une heure à côté de celte enfant ; il me semblait (jue je m'étais glissé à l'abri sous les ailes de son ange gardien. En quittant ces dames, parce que la retraite sonnait, je suis allé au café de Paris. J'y ai trouvé M... en train de parier qu'il fumerait deux cigares à la fois jusqu'au bout sans les ôter de sa bouche et sans cracher. Ce pari m'a paru si bète que je suis parti, Horace de V... m'a accompagné
jusqu'à ma porte. Il m'a appris une chose que je ne savais pas, c'est que depuis mes deruicrs vers*, ils disent tous que je suis converti, converti à quoi? s'imaginent-ils que je me suis confessé à l'abbé Delisle ou que j'ai été frappé de la grâce en lisant Labarpe? On s'attend sans doute que, au lieu de dire : « Prends ton épée et tue-le, » je dirai désormais : « Mrme ton bras d'un glaive homicide, et tranche le (il de ses jours. » Bagatelle pour bagatelle, j'aimerais encore mieux recommencer les Marrons du feu et Mardoche.
Adieu, mon cher ami. Je sais qu'il v a beaucoup de jolies baigneuses à Aix, M""" de V..., M""' d'A.,., etc., et que tu fais le coquet avec ces dames. Je t'autorise à les embrasser toutes pour moi.
Ton frère et ami
Alf. m,
.IpiKli 4 iioiit 18511.
A M. KMII,E nrSCHAMPS.
17 il'comliro {iR--i].
Monsieur, Si les mauvais vers ne vous font pas jieur el que la veille de Noël ne vous trouve pas engagé ' Los Vœii.r ftf/rHrx ,-\ Orlair.
•J(H» n:i VliKS l'dSTIII MIS.
(hnis ()iic|(|ii(' it'vcilloii, vous série/. Mon Ixtii el hieii aiiiial)lo iJo venir «'coutor des poënies qui ont hesoin plus que, |iprsoniio qu'on ne les al)andonne pas. Je vous doniaude deux elioses Ition faciles à vous : eomplaisance et indulgence.
Je vous ai promis. — Ne me ("ailes pas (iéianl, non pluscju'à cette bonne camaïaderie ipii honore tant les uns et désole tant les autres.
.le \i)\\< plie (le ci'oii'e à mon entiei' dév(nieinenl.
A. i>i; MnssKT.
\ M. MAXIM i; .1 \ riii: ht.
Monsieur,
J'ai essayé ce matin de changer quelque chose à la strûj)he que vous m'avez, donnée el dont NOUS n'êtes pas conteiil. Après Tavoir retournée de loutes les façons, je trouve que je n'y sain^ais lien faire de mieux, et qu'il faudrait simplement la conserver. Cependant je vous soumets ce que jai pu faire et dont, à voire lour, vous ferez ce (\uv vous voudrez.
S'il est nécessaire, pour le sens général, de conserver le premier vers, comme liaison avec la shoplie prc'Cf'denle, on ponirnil nietlre :