I.KTTl'.ES
Oiifi régoïsnie seul au chajiriii soil on jiroïc, Quand le sage au hanquol s'abandonne à la joie, Que sur le flol qui passe il réj)ande son pain, Il le retrouvera dans un jour de misère. f.e niallieur porte un voile, el mil lionuue sur terre N'est sur du louleriniiii.
Cette strophe serait jieut-ètre une imitation jilus oxacle du passage de l'Ecclésiaste. L'expression qu'il répande soit pain est celle du texte français. Il ne faut pourtant pas trop s'y fier; car an verse! suivant, qui fournit l'idée des deux derniers vers, il y a, dans Louiaistre de Sacv, un contre-sens positif. Le texte dit : quia ignoras quid fittnntm sit mali super terram ; et le français dit : « parce que vous ignorez le mal qui doit venir sur la terre. » — C'est tout autre chose; il aurait fallu, je crois : « quel ma\ peut venir. »
Si une autre paraphrase de ces deux versets |)ouvait entrer dans le morceau sans premier vers, on pourrait mettre encore :
Nul ne sait de quels numx son destin le menace. Jette un morceau de i)ain dans le llenve qui passe ; Les flots qui sont à Dieu ne l'engloutiront pas. Laisse-les l'emporter sur la rive étrangère, Et, dans longtemps peut-être, eu un jour de misent Tu l'y retrouveras.
Si vous ne voulez prendre que le sens philosophique du ])assage de l'Ecriture, et le développer sous ce rapport, peut-être alors pourrait-on dire encore :
Qui peut prévoir les maux suspendus sur sa tète?
■Wî (KlIVrtES l'OSTIIUMES.
fjnniul vous scu'z assis an liaii(|iicl d'iint! l'rlc, .Icfoz dans IVau qui passe nn peu de vntro jjain. QiK' le |taMvre ail sa part de ce (pie Dieu vous dojine. Afin que, quelque jour, celui qui fait l'aumône Vous ouvre aussi sa main.
Mais à force de retourner le texte, il finirait par n'en rien rester. Ainsi voilà (jui prouve (|ne le mieux est l'ennemi du mal , comme vous me le disiez l'autre jour; ajoute/ à cela que le bien est l'ennemi du mal, comme je vous le disais aussi, el vous en serez au même point que moi , c'est-àdire dans le même cas que ces courtisans qui, api es avoir délibéré pendant trois jours à quel endroit ils couperaient le nez du roi, décidèrent qu'il (allait le couper au premier endroit venu.
Coupez donc, monsieur, et biffez ce que bon vous semblera dans ce (|ue je vous envoie. Vous finirez par prendre dans ces stroi>hes la meilleure ({ui est la vôtre; el cest mon avis (jue vous la cboisissiez. Ne voyez, je vous prie, dans ce griffonnage, que le désir de vous être agréable; je m'en tirerai peut-être mieux une autre fois, si vous voulez bien me mettre à contribution quand je pourrai vous être bon à quelque cbose.
Votre l)ien dévoué Ai.i'. de Musset.
Mororodi.
Voici lo l(>xlo l;iliii dos iliMix vi-rspls qui rf>mpo?aiont coWr ^Iropho :
« MiUf p.'inem tinim super Irnnsoimtrs ;iqiias : rpiin posi d'mjwia milita iiivonios illiim. »
« Da partem soploin, nocnon cl oHo ; ipiia ifrnoras ijuid fuliinim -il mali siipor lorram. « (Eccl/'^iaslc, di. xi.
LETTULS. 20:
A SA M Ali 11 A KM-:.
Vous avez eu grand tort, luadaine, de iTelie jias venue ee soir au Tliéàtre-Franrai^. Rosnie n'a pas été espiègle, mais elle a été spirituelle et assez coquette, Tort coquette même. Il y a eu une sortie charmante. Voici comment : elle vient de lire le billet de Lindor ; l'acte linit ; elle est seule en scène. Le billet lu, et le dernier mot dit, l'actrice n'a plus qu'à s'en aller; elle s'en va donc. L'orchestre se meta jouer une valse. Or, au lieu de sortir coujnie on sort, c'est-à-dire de laisser le théâtre vide pour l'entr'acte, voici ce qu'a fait Rosine ce soir :
Elle s'en est allée à pas lents, tenant à la main le billet de Lindor, le relisant, tournant sur la scène, seule, sans mot dire, cela a duré près de cinq mhmtes. Le parterre n'a pas bougé ; il a suivi des yeux la demoiselle, qui n'en a pas été plus vile, tournant et relisant toujours, en dépit de l'entr'acte et de l'orchestre. Enfin elle est sortie et on a applaudi. Que dites-vous de cela? Comme c'est hardi, calculé, "affecté et parfaitement vrai! et comme c'est féminin !
— Mais, direz-vous, c'est une liadition ; cela se lait peut-être tous les jours.
— Non, madame; j'ai vu, Dieu aidanl, une cen-
'J(i4 (KUVUES l'USTIIUMES.
tiiiiie de lois le Barbier de Seuilh', cl je iiiii j;imai> Ml cette sortie.
— Eiiltieii, (lii('/-V()iis ('[icoio, c'est nue idée de M"' Mais.
— Kli! (|iic m'iiii|>orle '.' c'esl cliaiiiiaiil. \A soiii;!'/, (|ne d'oser le l'aire, ij'oseï' leiiir ainsi le spcclah'iir en lialeiiic, an moment on i'enti'acte eoni menée, d'user rester (|nand lonl le monde va se lever, qnand on n'a pins rien à dire, <|nand les jargons de; ealV' hrnleiit de crier lenr limonade, ma loi, oser cela, le l'aire et rénssir, e est fjnelijne chose.
CclU* Iclli'c, i[iii ii'csl j);is iliit'o. osl ciM'diitii-iiu.-iil <li' l8."(i, puisqu'il y csl (lucslioii de niaiieiuoisellc l'icssy, qui joiui |ioui- la |>ii'niière l'ois le rôle de lîosine à la Coiiiédie-Franrai>e le '20 mai de celle nièiiie année.
A SA MAliliAIM-:.
Madame, Voici le tait. La princesse nrécritcju elle ne [)ent me hàtir nn snjet avec l'histoire dont je vons ai parlé, et dil-elle, voici ponrtpioi : « Le tond de l histoire n'est ni extiaoïdinaire ni y^ai. Les détails sont, en revanche, dn meilleur comi(jne ; mais < omnienl donner les détails sans démasquer les
LETTRES. 20j
[X'isoiiiiages? — H tant y leiioiicei", coiiclut-cllo à moins que M""' J ... ne Iroiive un moyen. »
Vous êtes déjà, madame, conseillère par dioil de conquête, sovez-le encore, je vous en prie, par amour des belles-} et ires. Pour ma part, je ne vois (jn'un moyen, et je lai |)r(ij)osé : ifest de garder les laits, autant «jiic possil)l(', les earaclèi'es <f/t'»/, it de changer les hommes en remmes, et récipro- (juement. (jnen |)cnse/-vous'.' Je l'ai déjà l'ait, et m'en suis hien trouvé. Les viais lidicules, comme les vrais sentiments, ont peu ou point de sexe. Mais vous trouverez mieux, si vous voulez ; et si grâce à vous, l'alfairc |)eut s'arranger vous rendrez un véritahle service à voti'e Irès-toussaiit cl eiichiriené serviteur
Alf. m.
-7 lévriur 1857.
A SA .MAllIiAliSE.
Madame, Mon arrangement de loge a manqué ce soir. Il n'y a rien de tel que de eom|iter sur les autres. Au lieu d'être au concert^, me voilà eu l'accu de ma cheminée. Donnez-moi, je vous en jtrie, des nouvelles, alin (pie je [>uisse en |>arler sans mentir.
' I.' lueiiiicr Loiiccrl |iuljlic (If iiuKk'iiicii.sc'llc Gaii;i:i.
20li ŒUVRES l'USTIH'MKS.
Jr suis Uos-iéellcnienl làcliô de n'y pas ètie, |)our deux raisons. La prciniéic, c'est que je m'y serais plus qu'amusé ; la seconde, c'est que, tant l)ien que mal, vers ou prose, j'en aurais dit quehjuc chose. On l'aurait lu comme un ricochet de mon article sur Racliel. Il m'auiait beaucbui» plu de parler en même tenq)s de toutes les deux : l'une sachant cin(| on six langues, s'acconq)agiiaiit ellemême avec cette aisance adniiiahle, celte grande manière, ce génie lacile, etc.; — l'autic toute d'instinct, ignorante, vraie princesse hohémiemie,
— nue pincée de cendre où il y a une étincelle sacrée, etc. — Entre elles (Jeux une parenté évidente, le même point de départ et deux routes si diverses, le même but et deux résultats si diflérents! — Tout cela eut été curieux à sentir, à exprimer de mon mieux. La loge a manqué, et je n'avais pas pris de stalle, comptant à moitié sui' cette loge. A moitié!!! voilà bien le mot plus bétel et pourtant la grande raison de bien des choses.
— Compliments littéraires.
Saiiiodi soir (15 décembre 1838).
A SA MAIW'.AIxNL.
Vous vous Ironqtez, ma chère niariaine, en croyant (|ue c'était sur \ous (pie je conqttais. Je
n'avais vu, non plus que vous, dans la proposition (lu conseiller qu'une bonne volonté sans résultai possible. C'était mon ami Tattet qui devait retenir une loge, et il n'en a pas pu trouver. J'avais présumé ce que vous me dites du concert, d après le récit de mon frère. — J'en aime encore moins Bériot, que je n'aimais pas, d'avoir sacrifié la jeune fille. Mais c'était à parier qu'il en arriverait ainsi.
Puisque mon idée de comparaison vous plail, tâchez de réaliser votre bonne intention de ine Taire voir encore un fois Paulette (je tiens à l'aj)peler ainsi et non Pauline). Vous comprenez que, pour que ces choses-là signifient quelque chose, il faut que ce ne soit pas une amplification rimée sur une thèse qu'on devine. Il l'aut que ce soit senti à fond. Vous savez, d'ailleurs, que j'ai et aurai toujours la bêtise d'être consciencieux làdessus. — J'aime mieux faire une page simple, mais honnête , qu'un poëme en fausse monnaie dorée.
Pour la petite, comme on l'appelle au Théâtre- Français, je la connais passablement. Je voudrais croiser le fer avec Paulette pendant un quart d'heure, après quoi je rêvasserais à mon aise. — Très-réellement, je crois qu'il y a, dans ce moment-ci, un coup de vent dans le monde artiste. La tradition classique était une adorable convention, le débordement romantique a été \m déluge, au milieu duquel il y avait de bons côtés. Nous
'iOX ŒUVRES l>()ST HUMES.
voilà tTujounrimi ;i la vc'iili' |tiirp, ol df'jjraf^ée de lout. Jo (IdiiiKMais l)i(Mi ccul nus, (Muniiic dit Vtrnet, pour n'avoir (|ue vingt ans, à l'heuro (|u'il est, fit pouvoir m'en voler, dans cfitte bourrasque, en compagnie de Paillette et de Racliel, quitte à me perdre dans les nues avec elles. Je suis bien vieux pour un tel voyage, et l'on ma passablement brûlé les ailes en temps et lieu. Mais n'importe : si je ne les suis pas, je puis, du moins, les regardeipartir, et boire à leur santé le coup de l'étrier. Nous trinquerons ensemble, n'est-ce pas, macbère marraine?
.le linis ma nouvelle; c'est ce qui m'empécbe d'aller vous voir. Mille remercîmcnts comme toujours, et mille amitiés à toujoius.-
Alf. m.
l.iiiicli 17 ((Irrpitilirp 18")Si.
A SA M Mil! AI m:.
Comment alle/.-vous, ma clicro marraine, et (jue laites-vous? J'ai besoin d'avoir de vos nouvelles (Pune manici'c qucIcoïKpie et de savoir ce (pie l'ont ceux (jiii vivent. Je suis dans le moment le |>lus ennuyeux d'une maladie. J'ai le tort d'être guéri, ce qui l'ail qu'on ne me traite plus en malade, cl en même temps, je ne suis pas encore(le force à
l.ETTP.KS. 20it
agir romnio ceux qui se [•oitonl bien. Mn religieuse est partie, en sorte que je suis en tète-à-tete avec la vertu et le lait d'amande. Je ne m'ennuie pas, parce que je travaille ; mais j'ai un petit fonds de tristesse.
Sans compter cette bonne fille à laquelle je m'étais habitué, vous m'avez tant et si bien gâté, tous et toutes , pendant ma maladie , qu'il me \)vcnd des envies de me recoucher pour vous ravoir. J ai pourtant, du reste, de grands sujets de tranquillité ; mes affaires qui me tracassaient s'arrangent lentement, mais elles s'arrangent. Mes projets de sagesse sont plus fermes que jamais. 11 ne me manque qu'un peu plus de force et un rayon de soleil qui dégourdisse ce vilain temps.
En attendant, vous qui vous souvenez de vos amis dans les mauvais jours , ne m'oubliez pas lr(»(), je vous en prie, dans ma prospérité.
Compliments au sirop de gomme.
SaiiiPili rie la fin de mars 1840).
A SON FBKCE, AU CHATEAU DE I OREV l'|{f:S PACY-SUn-EIIRE.
Homme plus rusé que (iribouille, est-ce que tu (lois (pie je HP vois pas où tu veux en venir avec
•210 (KUVIiES POSTIII'MKS.
Ion (h'Iiripiix paysaj^o i\\\o In ro^ianlos par la oroiséo? Sous tes llciirs do rlu'-toiifpje, il y a un sormon |)our matliror à la caiiipaj^ue. Eh bien, je l'ai quitté, cet ennnven\ Paris (|ne j'adore. J'ai éfr à Bnrv ; j'ai revu les l)ois (|uc j'aimais tant il y a deux ans. Je me suis abreuvé de venlure. Nous avons pris le café en plein air et joué au loto; ipi 'est-ce que tu veux de plus innocent? Parce que mes dettes vont être |)ayées, tu en conclus que je dois éprouver le besoin de faire ma malle. Ce raisonnement est trop fort pour moi. Je connais beaucoup de gens qui ont payé leurs dettes el (pii n'iront jamais de leur vie à Pacy.
Je finirai mes vers à la sanir .Marceline' un de ces jours, l'année procbaine, dans dix ans, quand il me plaira et si cela me plait ; mais je ne les publierai jamais et je ne veux pas même les écrire. C'est déjà trop de te les avoir récités. Jai dit tant de choses aux badauds et je leur en dirai encore tant d'autres, que j'ai bien le droit, une fois en ma vie, de faire quelques strophes pour mon usage particulier. Mon admiration et ma reconnaissance pour cette sainte (ille ne seront jamais barbouillées (l'encre par le tampon de l'imprimeur. C'est décidé, ainsi ne m'en parle plus. M'"' de Castries m'approuve; elle dit qu'il est bon d'avoir dans lànie un tiroir secret ; pourvu qu'on n'y mette que des choses saines.
Dis à nos cousins que j'irai peut-être les voir à
' F.a sœur do non-S»coiiis i[ui l'aviiit soijrné pend.inl sa inalatli€.
l'aiitomno. Ma iikto à (ITi tViivoyor doux lettros liier. Il y en a nne de Barre, qui est venu encore passer' quelques soirées avec nous à dessiner. Adieu, mon cher ami; ne reste pas trop longtemps à l.orey.
Ton frère qui t'nime,
Alf. m.
[.midi juin |S10\
NI
Voilà comme vous èfes, vous autres l'emmes : vous vous imaginez, parce qu'on n'écrit pas, qu'on est amoureux, c'est-à-dire heureux; il me semble qu'on pourrait en conclure le contraire.
Si je m'appuyais sur mon coude gauche, et si je vous disais : « Je suis allé mardi dernier chez M"'" de C. Il y avait là M'"^ G. d'abord, et ensuite M'"*" S. — On a assez coqueté, et le pnëte fut reconduit en calèche découverte. «
Mais ce n'est rien. L'autre jour, il v a eu, vers l'heure du clair de lune, une promenade à la Lamartine, avec lac, ombrage, marronniers, travestissements, etc.
— Bah! avec les mêmes initiales.
— Xon, madame, avec d'autres initiales.
Mais ce nVst rien du tout. Si je vous disais
•IV> (KIIYI'.ES l'OSTIIIMES.
(jiM'llo taille ronde, (|iu'll('s iiiarM;lios plalos, fjiwllc pudeur, (juelle mélancolie, (|nelles dentelles, (jnel sinijçulicr hasard ! Doiilcrie/.-voiis du eliapifre de roman f|iic je pourrais vous l'aire? ef tout eela (lan> un escalier, la souuelle à la main !
Mais ce n'est lien de rien. Si je mmis disais ipie cette fière jeune lille a l)ra(pié ses veux sur le lilleul, et de |)cui' (pTil iTen iiiuoràf, le lui a l'ail savoir !
Mais c'est moins (jue rien, ^i je me |>eiuliai> sur l'autre coude, et si j'ajoutais : « Ma loi, elle était bien iicntille sur le soj)lia hieu, avec ses cheveux hloiuls et ^es yeux noirs. »
— F.h ! qui donc?
— Ou'est-ce que cela vous fait? El la ])reuve qui\ c'est que le mari m'aime. Oui, il m'a pris en affection, et il m'a arrêté sur le hoidevard, moi étant très-pressé, lui m'ayant parlé trois fois au plus auparavant, et le hon Dieu nous envoyant de la j)luie sur la tète pendant ce temps-là. Kl poitfuées de main, et invitations tombant des nues, etc. Ne vous scrie/.-vous pas dit comme moi, en jtareil cas : « Voilà un lioiumc que je ne connais pas beaucoup, mais qui m'aime véritablement, et dent la femme est fort aimable? »
Mais ne vous lifiure/, pas cpu' tout cela soit quelque chose.
Kh bien, qui sait si toutes ces folies, ces fatuités, ces cancans ne vous amiiseraienl pas, et si vous ne mo trouveriez pas e\cusabl(! d'avtiir lai>se
LETTRES. 2\7y
mon oncre sôcher pendant que tous ces vents soiiltlaient?
Et si je vous disais tout bonnement, ou pour mieux dire , fort bêtement : « Je suis seul , et triste. Ces rêves ne sont rien que des rêves, et après tout, je ne vis que quand un Cd'ur bat sur le mien? »
Je vous envoie une drôle de lettre. Il me souvient, en la relisant, d'un élève du collège Henri IV (pii, pour se moquer du professeur, avait fait une amplification de rhétorique dont tous les paragraphes commençaient ainsi : « Je ne vous dirai pas que, etc. — Je pourrais vous dire que, » etc. L'élève s'appelait Evrard; il fut chassé de la classe. Je puis vous dire pourtant que je suis votre trèshonoré tilleul.
Yours for ever and something more.
.loiuli soir jiiillt't ISill .
xni
A SA MAIUIAI.NE.
Si vous savez pourquoi vous répondez vite et bien, vous comprendrez aisément pourquoi je réponds lard et mal. Prenez d'abord votre bon sens, puis votre tranquillité, puis votre gaieté naturelle, votre petit farniente toujours occupé à propos, puis, que dirai-je? tout ce qu'il y a en vous de
■m iF.UVRF.S l'OSTHI'MKS.
1)011 ol (lo toujours prôf, notonmoz toiif cela, roinmc on rcto\irne son Itas pour le innttro. Voilà ma position y comme dit un de mes amis. Soyez sûre que, quand je ne vous dis rien, ce n'est ni (Uibli, ni paresse, ni distraction ; mais c'est que je ne peux rien dire.
Merci d'abord de l'histoire musicale et dentifrice. Hélas! marraine, ces riens charmants (jui viennent de vous me sont bien chers. Ils me rappellent le temps où je savais jouir de toutes ces petites ])erles qui vous tombent des lèvres quand vGjs riez ou qui pendent au bout de votre j)lume à chaque goutte d'encre que vous prenez. Je perds tous les jours l'esprit (ju'il faut pour être au monde.
Vous demandez un commentaire, ce que vous appelez « un titre de chapitre. » J'admire le flair (ju'ont les ienunes comme vous. De toutes les folies (|ue je vous ai écrites, l'histoire de Vescalier serait la moins folle ou la plus sérieuse, si c'était quelque chose ; mais malheureusement ce n'est et ne sera rien. Quant à l'histoire sainte, elle passe un peu à l'état d'ancien testament. Je ne peux pas vous faire l'histoire de Vescalier, parce que c'est si jieu de chose, si rien (\ui\ faudrait, cpiinze pages pour la raconter.
Elle est revenue ! cet affreux capilaiuf Ta icueontrée. Kt ce (pii est triste, c'est la pièce nouvelle de rOpéra-Comique '. Ht j'y étais pres«pu' enccnv
' L'Opéra ii In cour. i'S|U'Cf <li^ pol-pninri .li;imnli((iit>.
quand j'ai rencoiitrû Clavaioclic par une (iluiobattaate, car j'en sortais.
Figurez-vous : Se il padre niabbandotia, chanté en français, en costume de fantaisie écossais, avec des guêtres, des jupes qui viennent à mi-jaudie, el chanté très-vite, probablement pour ne ressembler ni à la Pasta, ni à la Malibran, ni à etc.
Oui, madame, elle est revenue, cette brune dont le portrait à la mine de plomb me pend au-dessus de la tète en ce moment même. Est-ce ([ue vous croyez que je l'aime là, vraiment? Est-ce (jue vous supposez qu'il reste quelque chose de cette fantaisie que j'ai cru avoir? Bah ! je suis parfaitement guéri ; et quand le lilleul de ma marraine sera à son tour dessiné à la mine de plomb sur son propre tombeau, on écrira au-dessous :
ÉPlTAl'liL o'UiN lISCONiMJ.
« Cit-git un homme qui a été à l'Opéra-Comique le 50 juillet 1840. Il avait l'idée d'y aller le 28; mais le théâtre était fermé à cause des fêtes, c'est pourquoi il s'y est rendu le surlendemain. 11 s'est mis dans une avant-scène fort sombre, où il était tout seul. Et il a aperçu en face de lui, — à peu près, — une jeune femme brune. C'était la seconde fois de sa vie qu'il allait à l'Opéra-Comi([ue; et il lui est impossible d'expliquer pourquoi, avant ce théâtre en horreur, il lui avait pris, dès le 28, une. telle envie d'y aller, que, le 50, il a emprunté à monsieur son frère de quoi s'y rendre, neaevant
'210 IKIVKES POSTHUMES.
avoii" d'argeiil (|iie le Iciidemaiii. Et dans c»'lte avaiilsci;nc(jui rsl ('iiorinc, s'cniiuyant l'oit tout seul, il a ref^ardé dans la salle, et il a cru reconnaître dans une loge celte même jeune lille brune ; mais il lui -il été impossible de croire (|ue ce IVil elle, vu (lu'il l'a croyait cn«ia,uéc à Milan pour VAulumnino^ c'est-à-dire la Mu <raoùl. Sortant de là, el Tort ciuu, il a rcucoutré par la pluie u]\ capitaine avec liMpiel il était loil lié. lie capitaine lui a allirnié (pTil a\ait, peu de jours auparavant, icncontré cette UM'Uie bruue à Paris, et (pTaiusi donc c'était Itien elle, et non j)as une lialluciualion produite par la musique. Kt alors l'infortuné est rentré chez lui : et il a l'uiué nu uraud nombre de cigarettes.
« Prie/ |iour lui ! »
•le vous serre la main en désesjiéré.
">l juill.t iSiO.
A M. M.FliKI» TAIT I. T.
Je piirs, uioii cher ami , di'Uiaiu malin (>our .\ugerville avec mon l'rère. Nous y passerons probablement huit ou dix jours; ajirès (puji, si vous ne vous envole/ pas de votre coté, nmis nous retrouverons, j'espère, siii' cet ennuyeux et adoré